Les Vals du Dauphiné, laboratoire d'une agriculture citoyenne
« Merci de m’avoir permis de mieux comprendre quel était mon rôle ! » C’est avec une pointe d’humilité teintée d’humour que Thomas Michaud, le nouveau sous-préfet de la Tour-du-Pin, a conclu sa visite de l’antenne turripinoise de la chambre d’agriculture, le 1er mars. Visite en clôture de laquelle Didier Villard, vice-président de la chambre et président du comité de territoire TerraVal’D, a remis au représentant de l’Etat le livre blanc des Vals du Dauphiné, un document publié dans le prolongement des assises de la ruralité de l’an dernier. « Ici, ce que je vois, c’est autre chose que la crise agricole, a salué le sous-préfet à l’adresse de Didier Villard et de ses collègues, Jean-Luc Annequin et Sébastien Poncet. Ce que je trouve intéressant dans les échanges que nous venons d’avoir, c’est de voir une agriculture citoyenne qui prend son avenir en main. »
En effet, après avoir brossé un tableau sombre de la conjoncture actuelle, les agriculteurs ont présenté les différentes initiatives engagées avec le comité de territoire pour « s’adapter », « rester dans la course » et entretenir une « ruralité vivante », tout en tenant compte de réalités de terrain faites de coteaux, de zones vulnérables, d’urbanisation galopante et de trésoreries à sec. « Tout n’est pas perdu, nous avons encore des atouts à valoriser. Mais seuls, on ne peut rien faire », insiste le président de TerraVal’D.
Chantiers fédérateurs
Projet de méthaniseur, assises de la ruralité, création d’un espace-test au lycée agricole de la Tour-du-Pin, réflexion sur le développement de la production fermière, forum des professionnels : les chantiers conduits par le comité de territoire sont nombreux et, pour la plupart, « fédérateurs ». C’est ce qu’a fort bien démontré Sébastien Poncet, président d’Aoste Métha Terre, en retraçant le parcours de ce collectif d’agriculteurs constitué en association pour discuter d’égal à égal avec GEG, maître d’ouvrage de la future unité de méthanisation d’Aoste. « Le méthaniseur, c’est un vrai projet de territoire qui implique beaucoup de monde, mais c’est long. Heureusement les élus nous soutiennent. » Il a effectivement fallu des heures de réunion et de travail d’animation pour aboutir à un projet cohérent, satisfaisant toutes les parties, y compris les riverains. Un point délicat que relève le sous-préfet : « Les unités de méthanisation utilisent des techniques qui sont très bien, mais il faut savoir les « vendre » aux habitants. » Il faut leur expliquer que « c’est du gagnant-gagnant pour les agriculteurs et pour eux-mêmes », ajoute M. Michaud, rappelant l’importance de communiquer sur le fait que, « non seulement elles ne créent pas de nuisance, mais elles réduisent les nuisances actuelles, notamment celles liées aux épandages. Mais il faut l’expliquer ».
Marché local
Autre dossier vital pour les agriculteurs du territoire : le devenir de leur production. Faut-il se désengager d’une logique de filière pour se réorienter vers le marché local ? C’est une des pistes explorée par TerraVal’D. Car si, jusqu’à présent, les agriculteurs ont toujours trouvé des solutions pour s’adapter à un monde en perpétuelle évolution, la fin des quotas laitiers et, plus généralement, la dérégulation de nombreux secteurs, les conduisent à « être en concurrence avec des pays du Nord qui produisent alors que les prix dégringolent ». Comment se positionner dans un tel contexte ? Raymond Landes, vice-président du comité local de développement, estime que la société civile - et notamment la population urbaine - doit réaliser que « le rôle de l’agriculture dépasse la seule fonction nourricière : elle valorise aussi un territoire. Les gens doivent prendre conscience de la nécessité de conserver une agriculture qui, sans le dire, entretient un grand capital social et culturel. Si on ne fait rien, il n’y aura bientôt plus que des ruines et des ronces. » Le sous-préfet en est convaincu et compte bien faire tout ce qu'il peut pour soutenir « une agriculture actrice de son destin ».