Les viticulteurs font salon
Changement de lieu, changement de formule : le concours des vins de l'Isère, qui en est à sa neuvième édition, s'est enrichi cette année d'un salon professionnel. Le couvent des Carmes à Beauvoir-en-Royans a accueilli lundi 12 octobre cette double manifestation. « Nous souhaitions trouver un nouvel élan, une nouvelle dimension et apporter de la fraîcheur au concours », explique Wilfrid Debroize, le président du syndicat des vins de l'Isère. Afin de capitaliser sur la mobilisation des professionnels membres du jury du concours, les organisateurs (1) ont eu l'idée de ce salon, où le temps d'une demi-journée, sommeliers, cavistes, restaurateurs, influenceurs, œnologues pourraient à loisir déguster les vins du département. Quatorze vignerons isérois ont participé à cet événement qui a attiré plus d'une soixantaine de personnes. « Le concours est une vitrine, le salon permet aux vignerons de rencontrer les professionnels, de leur montrer que l'on existe », souligne le président du syndicat. Cette première revêtait également une dimension pédagogique en permettant aux élèves du lycée hôtelier Lesdiguières, partenaire du concours, de découvrir les vins locaux.
Bilan positif
« C'est une démarche collective mise en place par la chambre d'agriculture, le syndicat des vins de l'Isère et les cavistes à l'intention des acheteurs de vin », détaile Eric Esnault, caviste du Vin des Alpes et coorganisateur. Nous pouvons déjà en tirer un bilan positif au regard de la fréquentation. » Les vins de l'Isère gagnent à être connus au-delà de leur zone de production. « Les ventes débordent du département et un intérêt international commence à se manifester », constate le caviste. Façonnés par une nouvelle génération de vignerons les vins de l'Isère sont partis à la reconquête de leurs terroirs et cisèlent leur notoriété tout en conservant leur identité bien marquée. Ce sont le vins de l'Isère rhodanienne, des Balmes dauphinoises, des Coteaux du Grésivaudan, du Sud Grésivaudan, de la Bièvre, sans oublier le bastion savoyard, soit une trentaine de viticulteurs de Chapareillan qui embrassent à la fois leur AOC Vins de Savoie et leur département de production.
« Ce salon, c'est une bonne initiative, reconnaissait d'ailleurs Julie Portaz, viticultrice à Chapareillan en AOC vin de Savoie. Et encore plus en ce moment. » Les salons et les foires qui n'ont cessé de s'annuler depuis six mois ont porté un coup au moral des viticulteurs. Moins de ventes aux professionnels, davantage aux particuliers en direct et au domaine, le réseau, la relation commerciale leur manque. « On se demande si on ne se réunirait pas, avec quelques vignerons, pour louer une salle », s'interroge Mireille Cartier, productrice à Chapareillan également.
Isabelle Doucet
Concours / Avec 79 échantillons présentés, la 9e édition du concours des vins de l'Isère est à l'image de la dynamique de la filière.« Il se passe quelque chose en Isère »
« Ce n'est pas un petit concours de vins locaux. Il y a un jury d'une grande qualité car dans le milieu du vin, on sait qu'il se passe quelque chose en Isère », commente Eric Esnault, coorganisateur du concours des vins de l'Isère. Il fait valoir le record battu cette année avec exactement 79 échantillons présentés, soit le double par rapport à une poignée d'années en arrière. Le jury, composé de sommeliers, restaurateurs ou cavistes, dont Gaëtan Bouvier, meilleur sommelier de France, est toujours d'un haut niveau. « Ce n'est pas tant un concours pour les médailles destinées à la grande distribution, mais pour la mise en valeur d'une dynamique collective », reprend Eric Esnault. Le caviste décrit un niveau qui ne cesse de croître. « Nous avons de la chance sur les derniers millésimes où l'Isère démontre qu'elle peut prendre une place adaptée à l'évolution de la situation climatique. Ce sont des vins puissants, mais toujours en finesse, qui présentent une certaine fraîcheur et de bons taux d'acidité. Ils sont issus de cépages qui résistent à la chaleur. La vigne a un grand avenir en Isère. »Du Trièves à la SavoieLa participation inégalée des vignerons « prouvent qu'ils recommencent à trouver un intérêt à ce concours », se satisfait Wilfrid Debroize, le président du syndicat ds vins de l'Isère.Parmi les médaillés, Stéphanie Loup, du domaine Loup des vignes à Saint-Savin, dans les Balmes Dauphinoises, explique qu'elle « ne s'y attendait pas. Pour le blanc, nous avions eu une médaille à Paris, mais pour le rouge, il y avait beaucoup d'échantillons en lice. Cela fait plaisir ». Le chardonnay et le rosé décrochent une médaille d'argent tandis que le rouge "La meute", un assemblage syrha-mondeuse, est en or. « Le concours, c'est une dégustation à un instant T. Ce qui fait plaisir, c'est que des jurés de ce niveau se déplacent pour juger nos vins. » Un mois après les vendanges, la cuvée 2020 est aussi prometteuse que les précédentes. « Nous avons été agréablement surpris par la qualité comme la quantité », déclare la productrice.Un autre habitué du tableau, Thomas Finot, a raflé quatre médailles en IGP Coteaux du Grésivaudan (trois or en rouge et une argent en blanc), récompensant le travail de fond accompli par le chef de file du renouveau des vins de l'Isère.Samuel Delus et ses vins du Trièves (vins sans IG) a fait une entrée très remarquée par les jurés remportant trois mentions spéciales dans les trois couleurs.En Isère blanc, les Galets oubliés (viognier tardif) de Luc Métral connaissent toujours le même succès, aux côtés d'une valeur sûre qu'est le chardonnay du domaine Meunier dans les Balmes dauphinoises.Les vins de Vienne ont répondu aux attentes : la syrah des Serines d'or (IGP Collines rhodaniennes) remporte deux médailles d'or, celle d'Yves Cuilleron, une d'argent, de même que le tout jeune domaine Eymin-Tichoux. En blanc, le viognier de Christophe Pichon est ausi en or. A noter enfin, la participation des vignerons savoyards de Chapareillan qui obtiennent l'argent pour la jacquère de Jean-Marc Portaz ainsi que des mentions spéciales (les savoyards n'étant pas encore assez nombreux pour constituer des catégories) pour le rosé et le rouge du domaine Laurent Cartier, de même que pour la méthode traditonnelle et le blanc de Franck Masson.