Loi Macron : même pas peur !
Curieuse coïncidence : le jour où le « mandat de mobilité bancaire » mis en place par la loi Macron entre en vigueur, le Crédit agricole Sud Rhône-Alpes présente ses résultats. Les chiffres ne sont pas bons, mais l'optimisme de Jean-Pierre Gaillard, son président, est inébranlable. Car, dans « l'environnement très contraint et fortement concurrenciel » qui est le sien, la banque mutualiste affiche « une activité commerciale 2016 exceptionnelle », boostée par les renégociations de crédit habitat. Certes, le résultat net de l'établissement est en baisse (- 5,6%), mais les fondamentaux sont solides : des fonds propres consolidés à hauteur de 2,1 milliards d'euros (+ 35% en cinq ans) et un « fonds de commerce » qui s'enrichit de 4 200 nouveaux clients (+ 0,7%).
Pédagogue, Christian Rouchon explique que la banque ne vise pas la performance financière à court terme. Au contraire : « Nous acceptons une baisse du produit net bancaire pour conforter notre fonds de commerce, assure-t-il. C'est ce qui nous permet de garder nos clients. » Le directeur général du Crédit agricole Sud Rhône-Alpes a en tête le climat de concurrence très vif et surtout les banques en ligne, qui comptent profiter de la loi Macron pour faire valoir leurs tarifs imbattables et attirer de nouveaux clients.
Investir dans l'humain et la proximité
Face à cela, la sérénité du Crédit agricole est totale. « A nous de démontrer que nous sommes les meilleurs, lance le président Gaillard. La loi Macron peut en bousculer certains, mais nous ne sommes pas inquiets. » La banque mutualiste s'est fixé pour objectif de tripler son score de 2016 et vise 11 000 nouveaux clients en 2017. Sa botte secrète ? La qualité de service. Alors que ne nombreux établissements traditionnels réduisent la voilure, le Crédit agricole Sud Rhône-Alpes a recruté 90 nouveaux agents et développé son réseau d'agences, tout en investissant dans le digital et la montée en compétence de son personnel pour gagner en réactivité et en efficacité (spécialisation par métier : épargne, crédit, assurance...). « Nous croyons en la valeur ajoutée de l'humain et la force de la proximité », insiste le président Gaillard qui rappelle au passage que le Crédit agricole ne facture pas de frais de tenue de compte.
Suractivité bancaire
En dépit de l'atonie de l'économie française et d'une situation internationale compliquée (Brexit, crise bancaire en Italie, repli financier des Etats-Unis suite à l'élection de Donald Trump...), les dirigeants du Crédit agricole ont par ailleurs fait part de leur satisfaction concernant l'activité, voire la « suractivité » de la banque en 2016. Celle-ci a été en grande partie tirée par le « moteur du crédit habitat », qui a paradoxalement plombé les comptes de la banque : la renégociation des crédits habitat a représenté un réaménagement de 20% des encours en 2016, soit près de 2 milliards d'euros (autant qu'en 2015). Mais la banque, qui a les reins solides, assume. Et assure qu'elle a « largement financé le début de reprise économique via son réseau entreprises et la refonte de l'animation du marché des professionnels ». Pour les professionnels, la réalisation des crédits à moyen terme est en effet en hausse de 11,2 % et de 3,3 % chez les agriculteurs. On relèvera également les « bons résultats » de la Banque d'affaires, qui a - entre autres - débloqué 32 millions d'euros de crédit pour financer des projets d'énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien, hydraulique et méthanisation).
Marianne Boilève