Longechenal : pour le meilleur et pour le pire
A Longechenal, l'union des agriculteurs fait la force et la convivialité. Prim'holstein et montbéliardes ont défilé sur le ring durant le comice samedi 1er septembre sous le regard intéressé des enfants et des parents. « C'est une compétition conviviale. On aime comparer la génétique de nos animaux », raconte Simon Baratier, jeune agriculteur bénévole au comice et éleveur laitier à Saint-Siméon-de-Bressieux. Pour Alain Passinges, maire de Longechenal, l'évènement est un succès : « J'appréhendais un peu car je craignais une faible mobilisation. Mais quand un évènement relie l'ensemble du village, ça rassemble et ça marche ». « C'est important de montrer ce qui est fait et de mettre en valeur les agriculteurs. Il y a plein d'enfants présents, j'espère que le relais sera pris », répond Monique Limon, députée de l'Isère. Si les agriculteurs du canton de Grand-Lemps savent communiquer ensemble sur la passion de leur métier, ils ont aussi montré aux officiels présents qu'ils savaient se soutenir dans les difficultés de la profession. « On a un très bon groupe d'agriculteurs à Longechenal. On s'entend très bien et on peut acheter du matériel ensemble. Heureusement car je suis incapable d'acheter du matériel tout seul », explique François-Joël Lacroix, éleveur laitier à Longechenal venu présenter quelques bêtes.
Défendre les filières
« Onestabou », « Osecour », « Onenamarre » et « Onenpeutplus » attendent tranquillement leur tour dans l'enclos derrière leur propriétaire René Prudhomme. Il a nommé ses génisses ainsi pour faire réagir. « On a des investissements énormes, on étouffe ! On enchaîne les heures et on est accusé de maltraiter nos vaches, d'utiliser trop de pesticides... Alors qu'au bout les gens n'achèteront toujours qu'au prix. On va pouvoir la mettre la ferme des 1 000 vaches, car on ne sera plus là », explique l'éleveur-laitier, très ému devant les officiels présents et les collègues agriculteurs venus l'applaudir et le soutenir. « C'est un cri de détresse, confirme Yannick Neuder, vice-président au Conseil général, mais il pose les vraies problématiques. Avec trop de charges et trop de normes, il ne peut plus vivre de son travail ». Monique Limon a rappelé que la loi sur l'alimentation serait en deuxième lecture à l'Assemblée nationale le 12 septembre prochain. « J'ai bien entendu toutes les problématiques et le but de cette loi est bien d'avoir des propositions très concrètes », explique la députée. Pour Jacky Gros, président de la Société d'agriculture du canton de Grand-Lemps, la question est loin d'être réglée. « La crise est toujours là et bel et bien là. A Biol, là où se trouve mon exploitation, on écoule 2 millions de litres de lait. Si on passait tous en vente directe comme c'est devenu la mode, où on vendrait tout ce lait ? ».
Changer de stratégie
Certains exploitants présents durant le comice ont cherché de nouvelles stratégies. Pascal Douillet, éleveur allaitant à Colombe, a choisi d'élever des vaches de race Angus en plus de ses charolaises. « Je voulais trouver une petite niche et me diversifier. J'ai acheté des embryons au Canada et dans le Nord de la France », explique l'éleveur. Le prix de la viande Angus est plus élevé mais il faut pouvoir fournir l'investissement de départ pour faire venir ces embryons. Guillaume Robert-Michon a, quant à lui, choisi de changer de filière. Eleveur laitier, il a commencé à constituer depuis quelques mois un troupeau de vaches de race limousine. « J'ai investi dans mes vaches et un taureau pour avoir un bon troupeau. Dans le futur, je ne veux faire que de la viande », raconte-t-il. Il possède actuellement 50 montbéliardes et 30 mères limousines. L'an prochain, il souhaite atteindre les 50 limousines tout en vendant son troupeau de montbéliardes. Si ces transitions sont intéressantes, elles ne règlent pas réellement la question du coût du travail de l'agriculteur. Au-travers de ce comice, le but est avant tout pour Jacky Gros de « respecter ce que l'on fait ».
Virginie Montmartin