« Lou patois, ina brava linga k da pa creva »
C'est une passion née de l'enfance. Michel Rousset, aujourd'hui âgé de 59 ans et président de l'association « Lu z'Arpelauds », à la Chapelle de Surieu, a toujours entendu et parlé patois. Lorsqu'il était enfant, la moitié des clients de la petite épicerie tenue par sa mère s'exprimait en franco-provençal, tout comme la majorité de ses amis. « Nous étions bilingue sans le savoir », reconnaît cet ancien enseignant en histoire-géographie. Les années ont passé et si la langue ne fait plus partie de l'usage courant, Michel Rousset s'investit pour que ce patrimoine ne soit pas perdu. C'est la raison qui l'a amené à créer, avec quelques amis, en 1990, cette association, qui œuvre pour la promotion du patois et qui organise, tous les deux ans, des spectacles mêlant traditions et actualité. Une façon d'agir pour sa transmission. « Car le problème de cette langue est qu'elle n'est que parlée. Il n'y a pas d'écrit », regrette-t-il. Alors que, selon lui : « Lou patois, ina brava linga k da pa creva * ».
« A la rigolade »
Le groupe d'amis de longue date s'est étoffé. Bénéficiant de l'intérêt croissant que les gens portent à leurs racines, l'association compte aujourd'hui 92 membres de 22 communes du Pays roussillonnais. Et pas que des anciens comme on pourrait le penser. Certes, elle rassemble de nombreux retraités, mais aussi des quadras et même des collégiens. Ainsi Bruno Fanjat, 43 ans, a rallié la cause de Michel Rousset, et a entraîné dans sa sillage son jeune fils, tout juste âgé de sept ans. « J'ai toujours aimé les langues et je suis très attaché à ma région et à mon village d'Assieu. Durant les 30 années que j'ai passées à Lyon, en raison du travail de mes parents, j'étais malheureux. Je passai mes semaines à attendre le week-end pour revenir chez mes grands-parents, où j'écoutais ma grand-mère qui parlait patois », explique Bruno Fanjat, qui a intégré la troupe de « Lu z'Arpelauds », en jouant le rôle d'un poilu. D'un naturel réservé, il a dû se laisser convaincre pour monter sur les planches et reconnaît que, lors de sa première représentation, « il ne brillait pas ». Mais aujourd'hui, « il y a pris goût ». Si l'ambiance est « à la rigolade », personne n'est dupe. C'est l'histoire, le patrimoine, de chacun qui est en jeu et ce serait dommage qu'il soit perdu. « Si on veut savoir où on va, il faut savoir d'où l'on vient », assure Bruno Fanjat.
« Lu Z'Arpelauds ensorcela ? »
Des petits sketchs préparés modestement lors des premières éditions des « Nuits du patois », l'association - dont le nom de « Lu z'Arpelauds » signifie joyeux drille, personnage atypique, qui refuse de suivre la mode du moment - a donné, au fil des années, de l'ampleur a ses spectacles. « Nos représentations évoquent la vie d'autrefois, mais aussi des sujets plus actuels. Nous ne sommes pas des passéistes », assure Michel Rousset qui conçoit les spectacles. Le prochain, qui aura lieu les 6, 7 et 8 octobre à Péage-de-Roussillon et s'intitule « Lu Z’Arpelauds ensorcela ? » donne l'occasion aux Arpelauds de revenir à leurs fondamentaux, « à savoir la vie quotidienne d’une communauté paysanne au sein d’un village, parlant qui en patois, qui en français, comme ce fut longtemps le cas. Une vie quotidienne, émaillée de faits divers de plus en plus étranges, d’interrogations de plus en plus nombreuses, de tensions plus ou moins vives, de phénomènes extraordinaires, voire surnaturels, de plus en plus en inquiétants », annonce l'association.
* Le patois, une jolie langue qui ne doit pas disparaître.