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Vie locale

Maires en transition

En raison de la crise sanitaire du Covid-19, les nouveaux maires issus du premier tour des élections municipales du mois de mars n'ont pu prendre leurs fonctions que deux mois après le scrutin. Cette période de transition, durant laquelle l'action municipale a été très sollicitée, a été gérée dans la continuité ou la rupture...
Maires en transition

Il s'est écoulé deux mois et demi entre le premier tour des élections municipales, le 15 mars, et l'installation des maires et de leurs conseils municipaux élus au premier tour, les 27 et 28 mai. C'est le cas d'un grand nombre de petites et moyennes communes. Pourtant, dans ce laps de temps, les élus, ancienne équipe et nouveaux entrants, ont fait face, ensemble ou pas, à une crise sanitaire sans précédent. Passation de pouvoir en douceur dans la plupart des cas, plus délicate dans d'autres. A situation inédite, les élus municipaux se sont adaptés.

On a encore besoin de lui !

Lorsque le premier magistrat change, le cas de figure le plus simple est celui où le maire élu est un ancien conseiller municipal issu de la majorité. Dans ces communes-là, la vie municipale s'est poursuivie au rythme du confinement, avec ses nouvelles règles et priorités.

A Nivolas-Vermelle Christian Beton, ex-conseiller municipal, a succédé à Michel Rival qui a été maire depuis 1995 et reste conseiller municipal. « C'est une passation de pouvoir dans de très bonnes conditions », reconnaît le nouveau maire. Il a mis à profit ces deux mois de tuilage imposés pour s'immerger dans les dossiers. « Michel Rival connaît tout, ce qui est loin d'être mon cas. On a encore besoin de lui ! »
Dans cette commune de 2 400 habitants, les conseils municipaux se sont déroulés en visioconférence. « C'était un peu compliqué au départ. Cela n'a rien à voir avec le présentiel, mais nous a permis d'avancer et de voter le budget », poursuit le nouveau maire. « Nous étions en contact avec les communes du coin afin d'avoir les mêmes pratiques, explique l'élu. Il s'est créé une bonne dynamique, notamment sur la question de la réouverture des écoles ou des marchés. Par exemple, nous n'avons pas de police municipale et nous avons obtenu une dérogation à la condition qu'un élu soit toujours présent sur le marché le samedi. C'était plutôt sympathique et c'est important pour les producteurs locaux d'avoir pu tenir ce marché. »

Afin d'assurer l'information aux administrés, le conseil municipal a mis en place dès le confinement l'outil de communication "PanneauPocket", une application consultable sur smartphone afin de faire bénéficier le plus grand nombre d'une information instantanée. « Il y a eu beaucoup de pics de consultation, parfois jusqu'à 800 personnes au même moment », raconte Christian Beton. Ouverture des écoles, des déchetteries, solidarité, distribution de masques, les sujets d'intérêt n'ont pas manqué et la petite application, si facilitatrice, pourrait bien perdurer dans le temps. « Rien ne s'est arrêté, ajoute encore le nouveau maire. Mais le plus embêtant, c'était pour ceux qui étaient élus et qui ne pouvaient pas siéger. »

Que personne ne reste isolé

A Saint-Bonnet-de-Chavagne, Jean-Claude Darlet, qui est aussi président de la chambre d'agriculture de l'Isère, vient d'être élu maire. En tant qu'ex-premier adjoint, il succède logiquement à Robert Pinet, maire durant 37 ans. « C'est une équipe rajeunie, dont tous les membres sont en activité », se réjouit le nouveau maire. « Durant cette période de confinement, nous nous sommes souvent appelés, notamment pour discuter de dossiers comme le regroupement pédagogique avec la commune de Montagne. »

S'il n'y a pas eu de rupture dans le rythme de l'activité municipale, le nouveau maire estime néanmoins qu'il est temps de relancer la machine. « Nous avons dressé un échéancier de ce qu'il y a à faire et en particulier voter les taxes avant début juillet. » Il énumère les dossiers à relancer comme celui de l'accessibilité de la mairie à laquelle il tient particulièrement car il se déplace en fauteuil roulant. Mais il y a aussi la révision, ou non, du PLU, la gestion du site classé du château de l'Arthaudière, et pourquoi pas un projet de centrale villageoise. « J'ai attendu vraiment d'être en place pour commencer à piloter, reprend Jean-Claude Darlet. Entre les élections et l'installation du conseil municipal, j'ai laissé faire le maire sortant. Nous avons communiqué avec les habitants via le site internet et avons fait preuve de bon sens paysan pour prendre les décisions pendant la crise. »

La commune de 650 habitants compte une trentaine d'agriculteurs. « Nous avons contribué à l'ouverture d'un marché à Chatte car celui de Saint-Marcellin était fermé. Nous avons aussi mis en place un drive fermier où les clients pouvaient passer commande aux producteurs du village par le site de la mairie. Nous avons cherché des solutions pour que personne ne reste isolé. » Le nouveau maire, issu d'une lignée d'élus - son arrière-grand-père était déjà maire - mettra son solide réseau au service de sa petite commune et toute son énergie pour sauvegarder le seul commerce du village. Enfin, il salue l'élection des agriculteurs en tant que maires, comme Franck Rousset, le président de Manger bio Isère, qui succède à son père, à Chevrières. Parmi les maires agriculteurs, Dominique Berger a également été réélu à Vaulx-Milieu et Hubert Farnoux à Saint-Hilaire-de-la-Côte. Philippe Guérin, directeur de la chambre d'agriculture a été élu pour sa part maire de Saint-Didier-de-la-Tour.

Une seule parole

Parfois, les cartes sont entièrement rebattues. C'est ce qui s'est passé à Vinay, commune de 4 250 habitants, où quatre listes étaient en lice. La maire sortante, Laura Bonnefoy, ne se représentait pas mais avait accordé son soutien à la liste conduite par Philippe Rosaire, composée d'élus de la majorité, de l'opposition et de nouveaux entrants, qui a été élue au premier tour. Le nouveau maire lui-même n'avait pas siégé au conseil municipal de Vinay depuis 12 ans. « Nous avons pris ensemble une décision rapide : madame Bonnefoy resterait en charge de toute la gestion de la commune. En revanche, nous prendrions quelques décisions conjointement, notamment en ce qui concerne les grandes orientations communales. Pour les contribuables, nous ne voulions pas semer un trouble complémentaire et désirions qu'il n'y ait qu'une seule parole. »  Le premier conseil municipal a eu lieu à la salle des fêtes. « Un lieu atypique avec des gens masqués et gantés », rapporte le nouveau maire. Depuis, il a repris la gestion de crise. Après les écoles, il se consacre à la réouverture des équipements sportifs et à la relance de l'économie. Dans les territoires, les entreprises et les commerces ont soufferts, constatent les élus. 

Armoires vides

Mais la transition peut aussi s'avérer singulière, ou inexistante. C'est le cas à Ruy-Montceau où Denis Giraud, dès sa prise de fonction en tant que nouveau maire qui se présentait face au maire sortant, a trouvé les armoires de son bureau entièrement vidées. « Cela a été long. Nous étions élus, mais pas installés », dit-il de cette période de transition. En l'absence de relation avec le maire sortant, le nouveau maire a cependant pu compter sur les conseillers municipaux réélus pour se tenir informé des décisions prises pendant la période de confinement, comme la reprise scolaire. « J'avance à la frontale », explique le nouveau maire très préoccupé par les dossiers immobiliers sur lesquels il n'a pas de visibilité. Sa priorité : inscrire la commune dans le respect de la loi SRU et revitaliser le centre-bourg « pour redonner une âme au village. Nous sommes aussi un secteur rural », plaide Denis Giraud qui souhaite se rapprocher des producteurs locaux.

La prise en considération du tissu agricole et de la solidarité a été manifeste durant la crise sanitaire. Si bien que tous ces nouveaux élus ont a cœur de valoriser les productions locales et le tissu associatif dont le rôle s'est révélé essentiel.

Reste l'étape importante du renouvellement des communautés de communes, qui ne pourra avoir lieu avant le deuxième tour des élections municipales fixé au 28 juin. Sur 520 communes, il reste encore 71 maires à élire. Les enjeux sont considérables et la machine est bloquée depuis trop longtemps. La crise Covid-19 est en passe de révéler de nouvelles priorités, tant en matière de fonctionnement que d'investissement. L'acte II de la représentation locale se jouera début juillet en interco.

Isabelle Doucet