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Récolte

Maïs : fortes disparités d'un secteur à l'autre

Très contrastée en volumes et en rendements en fonction des zones, la récolte de maïs 2015 en Rhône-Alpes connaît une fin de campagne délicate sur un marché international toujours atone.
Maïs : fortes disparités d'un secteur à l'autre

« Là où j'ai irrigué, c'est très bien. Là où ça n'a pas été irrigué, c'est moins pourri que prévu. Les rendements pour le maïs semence sont corrects. Les écarts de résultat proviennent de la date d'implantation. » Martial Vial, céréaliculteur à Saint-Quentin-Fallavier, résume ainsi le climat de la campagne actuelle : des disparités fortes apparaissent dans la récolte de maïs grain alors que la plus grande partie de la production rhônalpine est déjà chez les stockeurs. « Les volumes sont forcément plus bas cette année qu'en 2014 où ils avaient été exceptionnels. Cela est dû à l'impact de la sécheresse et de la chaleur », confirme Philippe Lefèbvre directeur de collecte de La Dauphinoise. En fin de semaine dernière, la coopérative avait collecté 60% des surfaces prévues, alors que les battages avaient commencé précocement. « Cela avance moins vite que je ne l'aurais imaginé », constate le responsable. En Isère, la récolte s'achemine vers des volumes de 10 à 15% inférieurs à une moyenne annuelle.

Effet variétal

Dans le nord du département et dans l'Ain, la récolte semble plus avancée puisque Pierre Langlois, attaché commercial de Terre d'Alliances, annonce que 85% des volumes sont rentrés. Mais là aussi, du point de vue des rendements, « c'est très compliqué ». Ils peuvent en effet varier de 20 à 140 quintaux, d'un secteur à l'autre. « On observe même des écarts de rendement dans une même zone », confirme Philippe Lefèbvre. En tenant compte de cette hétérogénéité qui fluctue de 1 à 10, les collecteurs tablent sur une moyenne de 60 à 65 quintaux à l'hectare. « Là où les surfaces sont irriguées, il y a moins de disparités, poursuit Pierre Langlois. La précocité des semis a aussi joué. Ils ont pris le chaud plus tôt. On peut constater un effet variétal cette année avec des maïs plus rustiques qui ont mieux résisté, alors que le tendance est aux variétés orientées production, mais plus sensibles au chaud. » Les spécialistes confirment également le bon état sanitaire de la céréale, épargnée jusqu'à maintenant, en raison du temps sec, des mycotoxines de champ. De quoi satisfaire certains débouchés comme le marché des amidonniers.

Primes de précocité

Alors pourquoi attendre pour récolter ? s'interroge encore Philippe Lefèbvre. Il trouve le pari risqué : en cette saison, un coup de vent, de pluie peut endommager les cultures. « Il vaut mieux sécher quand il fait chaud, c'est moins coûteux en septembre qu'au mois de novembre ». Le calcul économique serait dangereux. Sans compter que pour le collecteur, ce sont des hommes et du matériel mobilisés, ce qui engage des coûts de fonctionnement. Pour inciter les céréaliers à récolter, La Dauphinoise, comme Terre d'Alliances, ont mis en place des systèmes de rémunération ou prime de précocité dégressifs. Au final, le prix payé au producteur est d'environ 130 à 135 euros la tonne. « Cela n'est pas suffisant pour couvrir les charges », reconnaît Philippe Lefèbvre. D'autant que les exploitants ont beaucoup irrigué cet été, engageant ainsi des dépenses de consommables.

Pression du blé

Le marché était reparti à la hausse en juin à l'annonce de la sécheresse avant que les cours ne s'effondrent en juillet. Les opérateurs observent un léger ressaut en septembre, mais « le marché français est atone et l'export très concurrencé », analyse-t-on à La Dauphinoise. « Le marché reste bas sous la pression de celui du blé qui est attractif », décrypte Pierre Langlois. Le maïs pâtit donc d'une récolte de blé qui a été exceptionnelle en volumes et en qualité cette année. « Or, il y a peu de débouchés, ce qui pèse sur le marché des céréales », reprend Philippe Lefèbvre. Quant aux exportations, elles sont plombées par les pays de l'Est qui affichent des prix d'environ 15 euros inférieurs à ceux du maïs national, lequel s'échange à environ 160 euros la tonne. Sans compter que des pays comme l'Ukraine négocient en dollar, ce qui accentue l'écart de compétitivité avec une céréale française vendue dans une monnaie euro qui reste forte. « Nous avons peu espoir que les cours remontent. Mais nous attendons les nouvelles campagnes de semis et la récolte de l'hémisphère sud. Le climat peut changer », indique Pierre Langlois. L'état des stocks et leur disponibilité, le lien avec les marchés spéculatifs joueront encore sur le marché export qui représente 50% de la commercialisation de Terre d'Alliance, principalement vers les pays d'Europe du Sud.
Sur le terrain, le climat semble tout aussi contrasté pour la récolte des autres céréales. « Pas si mauvais que ça dans l'ensemble, mais très moyen pour les semences de soja en non irrigué où je fais 20 à 22 quintaux à l'hectare », indique ainsi Patrick Sermet, exploitant à Beauvoir-de-Marc. Ou encore : « Ça ne se passe pas si mal... Pour les tournesols, il va en manquer, mais je suis assuré. Pour le soja, je suis bon », avance Jean-Luc Varnet à Saint-Savin

MB et ID