Maladies rares : bientôt le bout du tunnel ?
Des maladies « rares », il en existe des milliers. Si la plupart ont en partage une origine génétique, elles recouvrent des pathologies extrêmement diverses : maladies neuromusculaires, métaboliques, infectieuses, auto-immunes... Elles ont cependant un autre point commun : chaque avancée réalisée par la recherche, chaque solution thérapeutique ou technique mise au point par les chercheurs ne bénéficie pas qu'aux patients souffrant de telles affections : à terme, ces solutions peuvent aussi profiter au plus grand nombre. C'est d'autant plus vrai en ce qui concerne les pathologies de la vision, domaine dans lequel les traitements sont, de l'aveu même des spécialistes, souvent limités. En effet, les pistes innovantes développées par les chercheurs peuvent améliorer la prise en charge de maladies fréquentes, telles que la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) qui touche près de 15% de la population.
Maladies « modèles »
A l'Institut de la vision, dans le XIIème arrondissement de Paris, on connaît bien la question. Installé au cœur de l'hôpital ophtalmologique des Quinze-Vingt, l'Institut est l'un des plus importants centres de recherche intégrée sur les maladies de la vision en Europe. Il réunit sur un même site les trois outils nécessaires à l'élaboration de solutions thérapeutiques : des équipes de recherche (250 chercheurs répartis en 17 équipes), un centre d'investigation clinique et un pôle de développement industriel, incluant un incubateur d'entreprises. Bien sûr, on ne s'y intéresse pas qu'aux maladies rares. Mais les progrès des chercheurs dans ce domaine ont une portée d'autant plus grande que les maladies étudiées sont souvent considérées comme des « modèles pour la thérapie génique ».

Pourquoi un « modèle » ? Parce que l'œil est un « organe cible » très particulier, bien adapté au développement de thérapies géniques. En effet, le traitement le plus efficace dans le cas d'une maladie génétique consiste à remplacer des gènes « défaillants », mutés ou manquants à l'origine de la maladie, par un « gène médicament ». En d'autres termes, il s'agit d'insérer au sein des cellules du malade une version « normale » des gènes qui ne fonctionnent pas, de façon à ce que les gènes « thérapeutiques » permettent aux cellules de produire les protéines modifiées qui vont corriger le trouble ou la maladie génétique.
Encore faut-il avoir identifié les gènes responsables de la pathologie et fabriqué les « gènes médicaments » ad hoc. Dans le cas de l'œil, les chercheurs ont permis d'importantes avancées en identifiant de nombreux gènes impliqués dans les maladies rares comme la neuropathie optique de Leber, le syndrome de Usher ou la choroïdérémie. De plus, compte tenu de sa petite taille, l'œil n'a pas besoin de grandes quantités de « gènes médicaments » pour être traité, contrairement aux pathologies du muscle par exemple. Enfin, sa position « isolée » par rapport au reste de l'organisme, et notamment au système immunitaire, fait de lui un modèle intéressant pour les chercheurs.
Réveiller les cellules dormantes
En partie soutenues par l'AFM-Téléthon, les équipes de recherche de l'Institut, connectées à de nombreux laboratoires européens, privilégient trois axes de travail : le remplacement de gènes défectueux, la protection des cellules restantes (pour stabiliser une situation ou l'empêcher de dégénérer) et la restauration d'une partie de la vision en « réveillant » des cellules dormantes. Plusieurs thérapies géniques innovantes ont ainsi été mises au point, concernant l'amaurose congénitale de Leber d'une part, la maladie de Stargardt et la DMLA d'autre part. D'autres pathologies, comme le syndrome de Usher, qui ne connaissait pas de traitement curatif ni de moyen pour stopper l'évolution de la dégénérescence rétinienne, sont en passe de connaître un début de solution : les essais cliniques sont en cours et le premier patient a été traité en novembre. D'où la grande fierté des équipes de recherche qui, en quelques années, ont obtenu des résultats souvent spectaculaires. « Pour certaines pathologies, nous sommes dans un retournement complet de situation, se félicite le professeur José-Alain Sahel, directeur de l'institut parisien, lui-même engagé dans des recherches sur les pathologies rétiniennes. Avant, nous expliquions aux patients que nous ne pouvions rien faire. Aujourd'hui l'espoir commence à naître. Pour la neuropathie optique de Leber par exemple, nous sommes passés en moins de dix ans de zéro solution à des essais thérapeutiques. » Grâce à l'audace des chercheurs... et au soutien des donateurs.
Marianne Boilève
Lexique
Amaurose congénitale de Leber : dégénérescence et/ou une malformation rétinienne congénitale précoce qui entraîne la cécité.Choroïdérémie : trouble héréditaire rare qui cause une perte progressive de la vue en raison d'une dégénérescence de la choroïde et de la rétine.
Maladie de Stargardt : affection de l'œil liée à une altération progressive de la région centrale de la rétine (macula). Elle se manifeste par la survenue rapidement progressive, chez l?enfant, d'une baisse importante et irréversible de l'acuité visuelle des deux yeux.
Neuropathie optique héréditaire de Leber : maladie qui entraîne une perte brutale et irréversible de la vision centrale du fait de la mort sélective des cellules de la rétine et de l'atrophie du nerf optique.
Syndrome de Usher : perte de l'audition chez l'enfant qui évolue en cécité à l'adolescence.
Rare ou orpheline ?
Une maladie dite « rare » n'affecte qu'un nombre réduit de personnes (moins d'une sur 2 000), d'où sa dénomination. Ce type de maladie n'est pas pour autant « orpheline » puisqu'il peut exister un traitement pour la soigner. Cependant, un grande majorité de maladies rares sont également des maladies sans solution thérapeutique et sont donc, à ce titre, orphelines.
L'efficacité thérapeutique au service de l'intérêt général
Dans le combat contre les maladies rares, tout n'est qu'urgence et priorité. Des vies, notamment des vies d'enfants, sont en jeu, ce qui pousse des associations comme l'AFM-Téléthon à faire émerger des projets de recherches pilotes tout en soutenant le développement de thérapies innovantes. « Comme nous n'avons rien à perdre, nous soutenons les projets qui mettent l'audace au service de l'innnovation pour trouver des solutions médicales et sociales bénéficiant à nos malades, mais aussi à des patholgies plus fréquentes », se plaît à rappeler Laurence Tiennot-Herment, qui coiffe la triple casquette de présidente de l'AFM-Téléthon, du Généthon (laboratoire dédié à la thérapie génique des maladies rares) et de l'Institut de myologie (centre d'expertise sur le muscle et ses maladies). C'est dans ce centre de recherche, créé par l'AFM en 1996 et situé à Paris, au cœur de l'hopital de la Pitié-Salpétrière, que les scientifiques cherchent à comprendre les mécanismes génétiques et cellulaires du système neuromusculaire tout en développant des stratégies thérapeutiques innovantes.Plateforme unique en France, l'Institut de myologie regroupe dix équipes de recherche clinique, appliquée et fondamentale, un centre de formation, ainsi qu'un centre de référence pour le diagnostic, la prise en charge et le suivi des malades. C'est à ce titre que l'Institut a monté un laboratoire de physiologie et d'évaluation neurosmusculaire, dont la mission est de développer des outils et des méthodes pour le diagnostic de la maladie et le suivi des performances motrices. Véritable antre à la Géo Trouvetou, ce laboratoire rassemble quantités de machines, dont certaines sont à l'état de prototype, qui permettent aussi bien d'évaluer l'équilibre d'un patient que de mesurer - au gramme près - sa force musculaire. Autant de dispositifs adaptés aux personnes atteintes de maladies neuromusculaires, mais aussi à d'autres situations telles que la chirurgie, le vieillissement, l'hypokinésie ou le reconditionnement. Avec un seul et même objectif : guérir.MB