Mauvaise année pour le territoire
Les fortes pluies et le froid du mois de juillet ont marqué les esprits des vacanciers. Mais pas seulement. Les céréaliers aussi vont s'en souvenir. Et pour cause. Ce mauvais temps est à l'origine des mauvaises récoltes des grandes cultures de cet été. Si les quantités des céréales à paille ont été satisfaisantes, c'est leur qualité qui est pointée du doigt. En particulier celle des blés qui était tellement médiocres qu'une importante partie fait l'objet de déclassement en blés fourragers. « Chez Terre d'Alliance, seulement 50 % du volume a été valorisé en blé meunier », indique Jérôme Laborde, responsable grandes cultures. Les conséquences sont importantes, car vendus à bas prix, ils concurrencent directement les maïs qui commencent tout juste d'être récoltés. De difficiles discussions sont d'ailleurs en cours pour revoir à la baisse les niveaux de classification des blés meuniers. Mais la négociation pour rechercher les meilleurs débouchés en fonction des qualités est rude. « On essaie de valoriser ce qui peut l'être au mieux, mais il est certain qu'il y aura de gros différentiels de prix selon les qualités. Pour l'instant, les accomptes aux producteurs sont de l'ordre de 117 à 155 euros la tonne », précise Jérôme Laborde. Seules les récoltes d'orge et de colza, qui ont eu lieu avant les pluies, se sont mieux déroulées. Pour Philippe Lefebvre, responsable métier du grain à la coopérative dauphinoise, « c'est l'ensemble du marché qui est tiré vers le bas, avec, en moyenne 30 euros de moins sur toutes les espèces ». C'est aussi compliqué pour le triticale. Récolté en dernier, sa qualité s'en est trouvé bien dégradée.
Record mondial de récolte de maïs
La récolte des tournesols est plus ou moins avancée selon les territoires. On note cependant que les rendements sont très hétérogènes, particulièrement décevants dans le nord Isère (entre 20 et 22 quintaux à l'hectare, alors qu'on en attendait 30 quintaux). Ils ont souffert d'un manque de fécondité dues aux pluies du mois de juillet qui ont empêché les abeilles de jouer leur rôle de pollinisateur. Malgré cela, les niveaux de prix restent satisfaisants. De la même façon, les rendements des semences de tournesols ont été moins bons qu'espérés. Les producteurs de soja devraient tirer leur épingle du jeu, car, même si la récolte ne fait que commencer, quantité et qualité semblent être au rendez-vous. Quant à la récolte du maïs, elle ne fait que démarrer. Le retard de 15 jours dans son état d'avancement, dû au déficit de chaleur de l'été, a été rattrapé grâce aux températures agréables du mois de septembre. Si les rendements sont inférieurs de 10 % par rapport à l'accoutumée dans les parcelles irriguées (les maïsiculteurs ont fait les économies de quelques tournées), ils sont très bons dans les autres (entre 110 et 120 quintaux). La grande inquiétude porte sur les prix. « De façon générale, les récoltes s'annoncent bonnes en France, dans l'ouest de l'Europe et aux Etats-Unis. Ces volumes importants vont s'ajouter à la pression émanant des stocks de blés fourragers. Ces deux élèments conjugués vont faire davantage chuté les cours. Le prix du maïs va diminuer de 30 % par rapport à l'année dernière et il sera divisé par deux en deux ans », précise Jérôme Laborde. Et Philippe Lefebvre d'ajouter : « Nous sommes sur un record de récolte de maïs absolu. Habituellement, la planète produit aux environs de 930 millions. Cette année, les prévisions de récolte tournent autour du milliard. Cette production est bien supérieure à la consommation du monde », le responsable grande cultures.
En dessous des prix de revient
Pour Philippe Lefebvre, le moral des céréaliers est en berne puisque leurs prix de vente sont actuellement en dessous de leurs prix de revient. S'ils viennent de passer deux bonnes années, l'actuelle sera très compliquée. Les céréaliers sont dorénavant soumis à de fortes variations d'une année sur l'autre, qui complexifie la gestion de leur trésorerie. « Il faut maintenant qu'ils mettent eux-mêmes en place des mécanisme de régulation pour tenter de lisser les bonnes et les mauvaises saisons ».
Isabelle Brenguier