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Agriculture de montagne

Mauvaise pente

A l'instar de nombreuses exploitations, le Gaec de Serpaton est en rupture d'équilibre. Des investissements amortis lui permettent de tenir encore. Marie-Noëlle Batistel, députée, a répondu à l'invitation de la FDSEA de l'Isère.
Mauvaise pente

C'est un dialogue courtois mais ferme qu'ont eu Pascal Denolly, président de la FDSEA de l'Isère et la députée Marie-Noëlle Batistel, à Saint-Paul-les-Monestier dans le Trièves. Accueillis par le  Gaec de Serpaton de la famille Girard, ils étaient entourés d'une petite quinzaine d'agriculteurs locaux. Avec cinq associés vivant de 450 000 litres de lait,  l'exploitation hôte se situe dans la catégorie des « bien gérées ». Mais les difficultés s'accumulent depuis l'année dernière et les associés ne se sont pas versé de rémunération au cours de mai, juin et juillet 2015. « Ici nous sommes dans une structure très bien adaptée à son environnement et qui arrive à passer juste. Les investissements ont été réalisés il y a 20 ans, l'outil est opérationnel et amorti », souligne Pascal Denolly, président de la FDSEA. Mais dans celles où les exploitants ont dû faire des investissements récemment (quelques années) pour être aux normes ou dans des conditions normales de travail, ça ne passe plus. « Il faut se rendre compte que certaines exploitations ont entre 100 et 300 000 euros d'encours chez des fournisseurs. En plus des crédits. C'est intenable ! », s'exclame le représentant syndical. Mais il reste lucide : « Tout ne dépend pas du Gouvernement. Nous n'avons jamais pensé que l'Etat pouvait décider des prix des productions. Mais certains sujets relèvent de sa compétence ou de celle du législateur au moins en partie : la régulation des productions, car tout a été cassé au nom d'un libéralisme à tout crin, l'étiquetage de l'origine des produits et les sur-transpositions des normes ». Et d'interpeller la seule députée présente à ce rendez-vous : « Prenez l'urgence en compte, Madame ! » Piquée au vif, l'élue a réagi en assurant des remontées permanentes qu'elle fait auprès des services concernées sur les difficultés d'application des différents textes, et rappelle que « le processus de dégringolade n'est pas récent ». Les crises ne datent pas seulement du dernier mandat présidentiel. Ce sont aussi des dossiers relevant de nombreux niveaux de décisions : « Le problème n'est pas que français. Quand on arrive à la Commission européenne pour discuter de la régulation, il faut arriver à convaincre, car la France et l'Italie ne sont pas majoritaires. »
L'étiquetage est encadré au niveau européen mais pourrait être amélioré, selon la FDSEA. « Il n'y a pas d'obligation d'origine pour la viande porcine et ovine et plus du tout lorsque la viande est transformée, souligne P. Denolly. Je crois le consommateur honnête vis-à-vis de cette exigence, mais aujourd'hui il n'a aucun moyen d'orienter ses choix.» Et de conclure : « Nous sommes sept mois après le début de la crise, ces sujets n'avancent pas assez vite. »

JME