« Même si je pars à la retraite je ne m’arrête pas »
Vous êtes actuellement le responsable du comité « Dombes, Saône, Dauphiné » chez XR Repro. Quel regard portez-vous sur votre carrière et l'élevage ?
J'ai intégré dans les années 80 la coopérative d'élevage et d'amélioration de la production laitière du bassin lyonnais (CEBL) devenue par fusion en 1994 Eliacoop, puis, en 2016 XR Repro. L'aire géographique de l'organisme a beaucoup grandi. Mais j'y ai toujours trouvé ma place. C'est toujours la même volonté depuis le départ : donner le meilleur service au plus bas prix à l'éleveur. L'enjeu aujourd'hui est d'améliorer la fécondation des animaux en utilisant la fécondation profonde. Les inséminateurs doivent s'approprier ces nouvelles techniques.
Vous êtes également devenu président de Isère Conseil Elevage (ex-Ciel). Que pensez-vous de la filière laitière aujourd'hui ?
Au niveau des exploitations, on sent les difficultés et la démotivation. Aujourd'hui, le prix du lait est un peu remonté par rapport à la récente crise, mais la grande distribution à la main mise, ça me fait un peu peur pour la suite. Certains pensent passer en bio. Le faire uniquement pour la prime à la conversion est un mauvais calcul. Pour ceux qui ont vraiment envie de passer au bio, ils faut qu'ils s'y retrouvent économiquement. Pour tenir, on doit être compétitif à l'international. On est dans l'Union européenne économique. L'Europe sociale n'a jamais existé. On doit penser à la rentabilité de l'exploitation avant de penser à la quantité produite. D'ailleurs, au sein d'Isère Conseil élevage, on essaie actuellement d'apporter aux exploitations une réflexion plus économique que technique.
Vous avez conseillé les agriculteurs en activité mais également les jeunes sur les bancs du lycée agricole de La Côte-Saint-André. Qu'avez-vous pensé de cette expérience ?
J'enseigne depuis 2001, certaines années furent à temps plein. J'aime enseigner car c'est un bonheur d'apporter une ouverture, une autre façon de réfléchir. J'ai enseigné la génétique aux jeunes. Cependant, la quatrième année de Bac Pro, supprimée lors de la réforme menée par Nicolas Sarkozy, permettait aux gamins de réfléchir à la maturité de projets plus lointains et aboutis.
J'enseigne également à des adultes en reconversion. Ils ont des niveaux d'études et des postes très différents. Ils ont envie de trouver le bonheur dans l'agriculture et ils ont peut-être une envie de réussir qui est supérieure aux jeunes qui débutent. A 30-40 ans, ils abordent leur vie professionnelle de façon différente. Ils veulent souvent revenir aux racines, au lien avec le patrimoine. Leur projet est souvent tourné vers l'accueil à la ferme et la vente directe. Normalement, je fais mon dernier cours cette année aussi.
Vous avez également été maître d'apprentissage...
En 2001, j'ai eu un souci de santé et j'ai dû pallier mon indisponibilité. J'ai mis le doigt dans l'engrenage de maître d'apprentissage. J'ai eu la chance d'avoir comme première apprentie une jeune femme de 28 ans en reconversion qui avait une énorme demande de connaissances techniques. Mais il faut que tout le monde joue le jeu ! Le maître d'apprentissage doit se rendre disponible pour l'apprenti afin que celui-ci apprenne des choses. L'exploitant ne doit pas croire que ce n'est qu'une main-d'œuvre moins chère. A l'inverse, les jeunes doivent savoir qu'on est loin des 35 heures et qu'il faut une implication à la hauteur de ce qu'un agriculteur doit fournir. Par contre si chacun y met ses tripes et son cœur, c'est gagnant-gagnant.
Que comptez-vous faire à l'avenir ?
J'ai pris du plaisir malgré les contraintes d'emploi du temps et de kilomètres. Je laisse ma place pour que les jeunes s'impliquent dans les organismes professionnels et j'espère qu'ils vont y trouver du plaisir ! Pour ma part, j'ai un projet dans ma ferme, je répondrais peut-être encore à des demandes d'enseignement... Même si je pars à la retraite, je ne m'arrête pas.
Virginie Montmartin