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Innovation

Méteil : les recettes sont multiples

Pour les éleveurs en recherche d'autonomie, le méteil ne manque pas d'intérêt. Visite dans l'exploitation de Serge Desvignes, agriculteur à Rochetoirin, qui a réalisé quelques essais.
Méteil : les recettes sont multiples

Même si les essais se multiplient, la démarche n'en est pas moins innovante. Car il reste encore de nombreuses expérimentations à mener pour obtenir un ensemble de préconisations fiables tant la variabilité des paramètres est grande. Pourtant, le méteil peut se révéler une alternative intéressante pour augmenter l'autonomie protéique des élevages. Serge Desvignes, jeune éleveur laitier à Rochetoirin, en recherche d'autonomie, mène ses essais. Depuis trois ans, il ne cultive plus un are de maïs dans son exploitation. Vendredi 13 avril, il accueillait un groupe d'agriculteurs pour un échange d'expériences.

Un mélange qui « a fait ses preuves »

Un méteil « classique » est un mélange de céréales, telles que le triticale, le blé, l'orge, l'avoine, de protéagineux, comme le pois fourrager, protéagineux ou la féverole, et d’une légumineuse, comme la vesce. La chambre d'agriculture de la Drôme a, depuis dix ans, réalisé de nombreuses expérimentations qui ont permis à ses techniciens de trouver un mélange qui « a fait ses preuves ». « Pour l'alimentation des bovins, nous préconisons un mélange composé de 60 kg/ha de triticale, de 20 kg de blé, de 50 kg d'avoine, de 20 kg de vesce commune et de 30 kg de pois fourrager. Au fil des années, nous avons constaté un rendement régulier, un fourrage qui fait ruminer et pas de verse de la récolte », assure Jean-Pierre Manteaux, technicien à la chambre d'agriculture de la Drôme. « La vesce et le pois assure la protéine, les céréales amènent la cellulose et les fibres, alors que l'avoine et la vesce favorisent l'appétence ».

Féverole

Selon les objectifs des éleveurs, les mélanges peuvent être modifiées. « C'est à chacun de trouver sa recette. Mais, dans un méteil, il faut accepter de ne pas avoir systématiquement le même résultat, car il sera différent d’une année sur l’autre à partir d'une même composition au départ selon la rigueur de l’hiver, et la pluviométrie du printemps ». La nécessité d'insérer une culture qui joue le rôle de tuteur pour éviter que les récoltes ne versent suite à un orage et ne puissent être reccueillies a largement été évoquée. « C'est une question primordiale, surtout si l'agriculteur veut récolter du grain », souligne Jean-Pierre Manteaux.

Serge Desvignes, dans son mélange implanté grâce à ses propres semences, a, lui, privilégié la féverole au blé pour son apport en protéine. « Par rapport aux mélanges déjà connus, c'est une culture nouvelle sur laquelle des références vont être produites petit à petit », explique le technicien. Il faut veiller à l'implanter assez profondément, à environ dix centimètres, et à l'intégrer dans une rotation. Chez Serge Desvignes, le changement de pratiques s'avère intéressant. L'été, ses bêtes pâturent dans les prairies. L'hiver, l'éleveur leur donne du foin et du méteil tous les deux jours. Durant cette période, elles absorbent toute la quantité qui leur est donnée. « C'est un gain de temps pour moi et en termes de rendement, elles font davantage de lait », se satisfait le jeune agriculteur.

Aujourd'hui, alors que nombre d'élevages réfléchissent à une conversion bio, la production de méteil peut présenter différents atouts. « En agriculture biologique, il faut accroître la place des légumineuses dans l'exploitation, car elles fixent l'azote de l'air et compensent l'ammonitrate qui ne sera plus mis », explique Jean-Pierre Manteaux.

Isabelle Brenguier

 

Expérience / Un sur-semis de chicorée

Serge Desvignes, éleveur laitier à Rochetoirin, a réalisé ce printemps dans une de ses prairie un essai de chicorée sursemée. Au moment de la visite, le 13 avril, les premières pousses étaient tout juste visibles. Selon Jean-Pierre Manteaux, technicien de la chambre d'agriculture de la Drôme, « l'implantation de cette plante diverse est une bonne idée. Agressive, elle crée sa place, elle monte, mais sur peu d'espace. C'est un avantage par rapport au ray gras d'Italie ». Pour réaliser un sur-semis, il faut veiller à ce que le couvert ne soit ni trop haut, ni trop dense, car, dans ces cas, les graines n'atteindront pas le sol. Il faut donc intervenir le plus tôt possible, soit dès que le tracteur peut entrer dans le champ. Comme la chicorée est une plante qui ne fixe pas l'azote, cela peut être intéressant de mettre du trèfle avec pour amener de l'ammonitrate. Une implantation d'1,5 kg de chicorée à l'hectare, combinée avec 1 kg de trèfle est un bon mélange.
« En matière de sur-semis, l'implantation de trèfle blanc et violet et de ray gras fonctionne bien aussi », note Jean-Pierre Manteaux.
IB