Méthanisation : avancer à couvert
Neuf unités mises en service en 2017, onze en 2018. La méthanisation en Rhône-Alpes prend de l'ampleur. Autour de la table, les porteurs de projets de l'Isère sont venus s'informer des dernières avancées lors du comité départemental méthanisation en avril dernier. En 2016, il y avait 16 unités individuelles à la ferme, trois unités collectives et une seule territoriale dans la région. En 2018, il y a eu 25 unités individuelles, dix unités collectives et cinq territoriales. Avec les premières installations réalisées, Guillaume Coicadan, spécialiste méthanisation à l'agence Aura-EE, tire déjà quelques conclusions. Tout d'abord, les premières unités étaient en co-génération en majorité, alors que les nouvelles construites sont plutôt à injection. Ensuite, « une exploitation récente ne coûte pas moins cher en investissement qu'une ancienne », explique Guillaume Coicadan. Enfin, celles installées sont en moyenne 8% en dessous des 8 000 heures moteurs à pleine puissance. « Cette faiblesse n'implique pas une baisse du chiffre d'affaires, rassure le technicien, les résultats économiques sont corrects, voire très bons selon les unités, mais il faut vraiment être vigilant et prendre des contrats de maintenance ». Si les questions techniques suivent, les interrogations portent aussi sur les financements. Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), financement régional et départemental : les opportunités sont toutes liées au dépôt de dossier au guichet unique à la Draaf. « En fonction de la puissance, le financement moyen est autour de 420 000 euros », rappelle Marie-Hèlène Darronat, conseillère territoire à la Région.
Effluents, cive, et biodéchets
Il faut aussi prendre en compte le régime alimentaire de la machine car les possibilités sont nombreuses. Les unités du département se dirigent vers un équilibre entre effluents et Cive (1). Ces dernières « apportent une sécurisation de l'unité et offre un bon potentiel méthanogène qui rassure les banques », explique Jean-Paul Sauzet, conseiller énergie à la chambre d'agriculture de l'Isère. « Il faut faire une étude des coûts de production. Pour se faire payer aux coûts de production, il faut pouvoir l'estimer », précise un porteur de projet. Et les cultiver : avec l'évolution du climat, la gestion de l'arrosage et l'équilibre entre les variétés à trouver, certains sont un peu découragés. « Je suis optimiste, on va y arriver. Nous, on essaie depuis 2017, ça devrait aller lors du lancement de notre méthaniseur », raconte Bruno Genin, agriculteur impliqué dans le méthaniseur d'Apprieu. Cive, effluents et aussi biodéchets ? Les communes sont intéressées, mais les plus petites ne peuvent pas s'équiper d'un méthaniseur individuel. « Les biodéchets, composés de déchets de l'industrie agro-alimentaire par exemple, ont une valeur méthanogène élevée. Mais il est difficile de sécuriser le gisement dans la durée. On touche au marché des déchets et non plus du domaine agricole », précise Jean-Paul Sauzet.
Selon quelques agriculteurs, le mieux serait de commencer avec les Cive car, produites par les agriculteurs, le gisement est sécurisé. Quand le méthaniseur montera en puissance, il sera temps d'intégrer les biodéchets et de diminuer la part de Cive, plus délicates à gérer en fonction du climat. Mais c'est à la discrétion de chaque groupement d'agriculteurs. « Il nous faut une garantie de la qualité des biodéchets à l'origine. Je n'ai pas envie d'avoir n'importe quoi dans mes parcelles au moment de l'épandage du digestat », souligne Bruno Genin.
Peur du gaz
Après l'amont, c'est l'aval qu'il faut considérer dans les études de faisabilité. Or, les projets isérois s'insèrent dans la période de définition du futur programme pluriannuel de l'énergie (PPE). Ce dernier définit les tarifs nationaux du gaz. « Les tarifs nationaux permettent la viabilité des projets. Mais la diminution de ces tarifs d'achat est débattue dans le PPE », explique Jacques Wiart, conseiller méthanisation à l'Ademe. « Les études de faisabilité menées aujourd'hui avec un certain prix d'achat ne seront peut-être plus valables », s'inquiète Matthieu Luc-Puppat, agriculteur dans le projet de méthaniseur de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. Monique Limon, députée de la 7e circonscription de l'Isère, s'était déjà exprimée sur la question : « Il n'y a pas encore de date fixée à l'Assemblée concernant le PPE. J'ai fait remonter les inquiétudes de terrain et conseiller que la baisse des tarifs soit plus progressive ». « C'est tôt pour baisser les coûts, confirme Jacques Wiart, cela va couper la dynamique ». D'un autre côté, le PPE appuie le développement des énergies alternatives et « le gouvernement a investi 100 millions d'euros dans le fonds de garantie BPI », confirme la députée. Le paradoxe devrait se résoudre à l'automne.
(1) Cultures intermédiaires à valeur énergétique