Méthanisère est entré dans le paysage
Dossier test, site pilote, l'unité de méthanisation exclusivement agricole construite à Apprieu a pu sortir de terre grâce au soutien sans faille de la Région, du Département, de la députée de la 7e circonscription Monique Limon, de la FDSEA et de la chambre d'agriculture de l'Isère. Car l'opposition locale, très forte depuis le lancement du projet en 2012, fait aujourd'hui partie du passé. « Dans ce dossier, c'était surtout la peur de l'inconnu, en zone périurbaine, dans un secteur où il y a des problèmes de foncier », rappelle Max Gros-Balthazard, le président de Méthanisère.
Inauguré en octobre dernier par Monique Limon, le méthaniseur a bénéficié le 6 février, de la visite du président du Département, Jean-Pierre Barbier, du vice-président de la Région, Yannick Neuder, et du président de la FDSEA, Jérôme Crozat. La Région a investi 500 000 euros dans cette réalisation et le Département 200 000 euros pour un budget total de 5,7 millions d'euros. Les autres aides dont celle de l'Ademe s'établissent à 300 000 euros, les 11 agriculteurs associés ont versé 600 000 euros de fonds propres et le reste est financé par de l'emprunt bancaire.
1 500 foyers
Cette unité de méthanisation par injection présente une capacité de production de 876 000 Nm3 de biogaz, soit 9,4 GWh d'énergie par an transformée à partir de 15 000 tonnes d'intrants de proximité uniquement agricoles (fumiers, résidus de cultures, cultures intermédiaires à vocation énergétique - Cive). Ce biométhane, injecté dans le réseau GRDF, peut alimenter 1 500 foyers. Le site est entré en production au mois de septembre 2019. « Cet équipement présente l'avantage d'être là. On peut venir le voir. Le mythe de la méthanisation et de ses nuisances s'effondre », a lancé Jean-Pierre Barbier. « C'est un moyen de diversification pour l'agriculture », a rappelé pour sa part Yannick Neuder. La Région a lancé un plan de méthanisation et aide aujourd'hui 75 projets pour un montant de 20 millions d'euros dont 20% de l'enveloppe est dédiée à l'Isère. L'objectif est de parvenir à l'implantation de 600 méthaniseurs dans la région dans le cadre de la transition énergétique des territoires.
Conversions bio
En présentant le site, Max Gros-Balthazard a insisté sur les enjeux en matière de modernisation et de pérennité des exploitations que présente une telle installation. Par exemple, la fosse à lisier de 300m3 a permis, à ceux qui avaient des stockages devenus insuffisants, de se mettre aux normes. Par ailleurs, deux exploitations sont engagées dans une conversion en agriculture biologique. En effet, le digestat, qui sera épandu sur 750 ha alentour, sera utilisable en bio d'ici deux ans. Toutes les surfaces pourraient passer en bio d'ici 2023. Il faut dire que la longue maturation du projet a permis aux exploitants d'évoluer dans leurs techniques culturales, dans leurs connaissances du travail du sol et pour la réduction des intrants. Ils ont constitué un GIE afin de mutualiser leurs moyens et leurs compétences et de coordonner leurs chantiers. Cette nouvelle organisation du travail représente aujourd'hui un poste important pour les associés. Assolements, rotations, plans d'épandages, autonomie des élevages : « Il faut faire des choix, mettre en place une stratégie », explique Max Gros-Balthazard. D'ores et déjà l'implantation des Cive, l'épandage du digestat rapportent de la valeur ajoutée aux exploitations, même en tenant compte de la création de deux emplois et demi. Enfin, le site se veut aussi à vocation pédagogique pour les autres créateurs ou pour les étudiants des lycées et écoles d'agriculture.
Isabelle Doucet