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Manifestation

Méthanisère : la pédagogie fait bouger les lignes

Vendredi 2 et samedi 3 mars, les partisans du méthaniseur d'Apprieu ont bloqué une nouvelle fois la mairie pour expliquer en détail le projet à la population et faire signer une pétition.
Méthanisère : la pédagogie fait bouger les lignes

Malgré la pluie, la neige, le froid, la moisson a été bonne. Inespérée, même : plus de 700 signatures récoltées en moins de 24 heures. Vendredi et samedi matin, le comité de soutien et les porteurs du projet Méthanisère ont une nouvelle fois bloqué la mairie d'Apprieu, d'une part pour « dénoncer le recours abusif » de la municipalité, et d'autre part pour faire de la pédagogie auprès d'une population que les partisans du projet considèrent « désinformée ».

Calicots accusateurs

Tracteurs et téléscopiques positionnés en quinconce, les agriculteurs et leur partisans distribuent des tracts à la pelle. La mairie a été quelque peu relookée à grand renfort de balles rondes et de calicots accusateurs. « Fermée pour incompétence » peut-on lire à l'entrée de la maison communale. « La mairie participe au génocide des agriculteurs », proclame une banderole installée en façade. Les mots sont forts, à la mesure du désarroi des porteurs du projet. « C'est incroyable toutes les contrevérité qui circulent », se désole Lionel Termoz-Bajat, le président de Méthanisère, qui, dans le même temps, s'étonne du bon accueil de la population. Les doigts gourds, transis de froid, l'éleveur distribue ses tracts, tout en prenant le temps de déconstruire les arguments avancés par les opposants au méthaniseur. Non, il n'y aura pas de norias de camions, mais la circulation quotidienne de deux tracteurs au plus. Non, il n'y aura pas d'odeurs, car les matières seront conservées dans des silos étanches et les digestats désodorisés à 95 %. Non, l'unité ne fera pas de bruit, car le biométhane sera injecté en continu dans les canalisations de gaz GrDF...

A chaque fois, l'agriculteur, ses collègues et leurs soutiens expliquent en détail le projet et le fonctionnement de la future unité, évoquant une « amélioration de la qualité de vie à Apprieu grâce au stockage sécurisé des fumiers, à leur désodorisation avant épandage dans les champs ». Ils évoquent également les conséquences de la position du maire et du conseil municipal. Ça cause environnement, qualité de l'air, mais aussi gros sous et avenir de la profession agricole. « Nous avons déjà mis beaucoup d'argent dans le projet, indique Lionel Termoz-Bajat. La mairie veut nous asphyxier financièrement en pariant que les délais juridictionnels, avec un recours abusif contre le permis de contruire que nous avons obtenu, au motif que notre méthaniseur ne serait pas un projet agricole ! » « Je ne savais pas », s'entend-il souvent répondre.

Projet d'avenir

L'immense majorité des passants et des automobilistes apostrophés acceptent de discuter. Nombreux sont ceux qui finissent par signer la pétition de « Soutien au projet Méthanisère de la Croix-Vanel ». Samedi, à 14h, 717 signatures ont été obtenues. Pour Anne Champeau, présidente du comité de soutien, c'est une réussite. « On se bat depuis des mois contre des rumeurs et des fausses idées, explique cette jeune professeur de mathématique. Durant ces deux jours, nous avons fait de la pédagogie en discutant avec la population pour faire avancer les choses. Ces 700 signatures, c'est la démonstration qu'une partie des Apprelans est pour le projet. » Et la présidente d'analyser sereinement la situation : « Comme souvent en France, les gens sont contre le méthaniseur parce que c'est nouveau. Mais regardez le tri sélectif : au début, il était très décrié. Aujourd'hui, c'est entré dans les mœurs. Moi, je ne suis pas écologiste, je ne fais pas de politique, mais j'ai des convictions. Soutenir le méthaniseur en fait partie. Ça va permettre d'améliorer la qualité de l'air tout en apportant aux agriculteurs un revenu complémentaire grâce à la production d'énergie. C'est un projet d'avenir. » Reste à en convaincre Domonique Pallier et son conseil municipal.

Marianne Boilève