« Mettre en avant nos difficultés »
L'accroissement des exploitations ne compense plus la réduction du nombre d'élevages laitiers en Isère. En prim'holstein, le nombre de bêtes est passé cette année en dessous de la barre des 6 000 têtes alors qu'il reste 108 élevages. Près d'un tiers des vaches iséroises sont adhérentes à l'association Prim'holstein France. L'indice global ISU est le même en Isère qu'au niveau national. Les points forts du département sont les index morpho (MO), en génisses comme en vaches, et les mamelles, qui traduisent la priorité que donnent les éleveurs isérois dans leurs critères de sélection. Les index de fertilité sont au beau fixe. En revanche, le troupeau pourrait mieux faire en quantité de lait et ça pèche toujours un peu du côté des cellules, où les progrès réalisés ne parviennent pas à combler l'écart avec le niveau national. Donc, la santé des bêtes reste un point de vigilance. En cellules, le système de stabulation, entre aire paillée et logette, peut expliquer les différences d'un élevage à l'autre.
Concours général
Anne Chapon, technicienne prim'holstein France a souhaité distinguer les grandes laitières iséroises, mais beaucoup étaient déjà parties à la réforme. Reste Stella, du Gaec de Flevin, rescapée en 10ème lactation, qui affiche plus de 130 000 litres au compteur. Un Gaec qui a également été salué pour avoir présenté la seule prim'holstein iséroise au Salon de l'agriculture, Filadelphie, (en 3e lactation). Enfin, presque, parce que Hester, la grande championne de Biol née à la Ferme Verdel mais revendue dans l'Ain, a fait un troisième prix au concours national. Pas moins de 14 prim'holstein régionales étaient présentes à Paris, qui ont remporté de nombreux prix.
Damien Fournier, le président d'Isère Holstein se félicite du choix de ne pas avoir boycotté Paris « et de mettre en avant nos difficultés ». Les tenues noires, les banderoles autour du Grand ring ont interpelé le public. « Il fallait y être et en termes de communication, montrer le malaise, confirme Anne Chapon. Et si les autres années, les gens se montraient un peu agressifs envers les holstein, cette année, ils sont venus vers nous. »
Rendez-vous à Pressins
Les éleveurs sont aussi revenus sur le concours départemental de Biol en présence de David Rivière, éleveur charolais à Virieu, qui a repris la présidence de l'association des éleveurs de l'Isère. Il s'est dit « à l'écoute, s'il y a des choses à faire évoluer ». Dans un dialogue constructif, Damien Fournier a relevé que « d'années en années, les éleveurs étaient de mieux en mieux reçus en termes d'infrastructures » et que le département « n'avait pas à rougir comparé à Hauterives ». Cependant, les attentes portent encore sur la netteté des allées et la qualité des commentaires des juges. Le prochain départemental se déroulera en 2017 à Pressins. « Il est en bonne voie », assure David Rivière qui a déjà rencontré les JA du canton de Pont-de-Beauvoisin, les élus et le comité des fêtes. Rompus à organiser leur traditionnel comice, ils se sont montrés « très motivés ». Il s'agirait d'une version très améliorée, où le concours départemental se doublerait d'une fête rurale.
Isabelle Doucet
Focus / L’Earl des Châtelanes à Saint-Chef a eu la chance de compter dans son cheptel une bête aux qualités génétiques incomparables, qui rapporte des royalties depuis trois ans.« C’est une bête exceptionnelle »
« La génétique, c’est partir sur de bonnes bases et une part de chance », reconnaît Didier Brechet, éleveur à Saint-Chef. Passionné de génétique, il admet qu’il n’a pas toujours fait des investissements heureux. Mais il y a cinq ans, il achète Fiesta, dans la Loire, qui donne Hazel, « une bête considérée comme exceptionnelle ». Génotypée à 184 points d’ISU, elle se place en effet dans le haut du panier (1). Mais la bête meurt prématurément en 2015, non sans avoir donné trois mâles, tous entrés en schéma de sélection, deux filles, admises à leur tout en station Midatest de Denguin (2) dans les Pyrénées-Atlantique, et une troisième bête, génotypée à 193 points, qui sera la meilleure vente du Space (3) de septembre 2015. « La crème de la crème », reconnaît Didier Bréchet.Des bêtes qui rapportentL’EARL des Châtelanes compte un troupeau de 40 vaches et de 40 génisses pour une production de 370 000 litres de lait livrée à la fruitière de Domessin en Savoie (groupe Intermarché). La SAU de 88 hectares, se décompose en 60 hectares de cultures, le reste en prairies et jachère. Didier Bréchet, qui est aussi président du Cerfrance Isère, travaille avec deux salariés à temps partiel, représentant un ETP. L’exploitation a trouvé son équilibre. Les gros investissements sont passés et l’éleveur reconnaît sa situation privilégiée en pleine tourmente laitière. Car ces bêtes d’exception rapportent. Chaque vache en station a donné un veau (300 euros) entré en schéma de sélection (2 000 euros), puis en production, (1 000 euros) sur lequel sont prélevées 4 500 doses (3 000 euros). « Ca tombe bien les années compliquées », constate l’éleveur. Les deux mâles et les embryons prélevés sur les vaches représentent un produit d’environ 15 000 euros sur 2015. Tant que les deux phénomènes, Lorena et Jewel, sont en station, elles rapportent.« J’ai axé ma sélection sur l’ISU, je fais très peu de concours, sauf les comices du coin. Je ne néglige pas non plus la morpho ; je travaille sur des animaux complets, productifs et visuellement intéressants ». Pour le reste, l’éleveur n’hésite pas à réformer les vaches à problème, observe un renouvellement régulier avec 2,4 lactations en moyenne par vache, veille de très près aux mammites et livre le maximum de lait en catégorie super A. « Ce qui fait passer le cap, c’est d’avoir une bête dont la génétique fait entrer de l’argent depuis trois ans », indique Didier Bréchet. Son investissement initial de 3 500 euros est depuis largement amorti.« J’ai une autre bête atypique, poursuit-il. C’est une vache très haute, de 1,73 mètre, qui dépasse les autres de 15 à 20 cm. Elle a une production classique. J’ai voulu savoir si la taille ressortait en génomique ». Comme 85% des génisses des Châtelanes, la bête est génotypée. « Bien sûr, elle était la plus haute de toutes les génisses, mais avait aussi 176 points d’ISU. La taille est confirmée, mais elle a d’autres qualités ! ». L'éleveur précise que ces résultats sont le fruit d'un « travail en confiance avec le schéma de sélection de Midatest ». Il se projette déjà sur d’autres bêtes.ID(1) Au niveau national, les indices les plus élevés sont d'environ 200 points d'ISU.
(2)Centre des biotechnologies de la reproduction
(3) Salon international des productions animales de Rennes
Les rendez-vous 2016
23 mars : Assemblée générale de la fédération prim'hosltein régionale en Haute-Savoie.
28 mars : Concours interdépartemental d'Hauterives
15-16 avril : Show open génisse PH de Saint-Etienne
17-18-19 juin : Concours européen PH de Strasbourg
En 2017 : Concours national PH à Saint-Etienne au mois de juin et concours départemental à Pressins.