Réduction d'intrants
Micro-organismes et grands effets
L'inoculation de bactéries spécifiques au moment du semis dans l'environnement de la graine, peut démultiplier les échanges naturels entre les interactions déjà existantes. Des expériences ont été réalisées en nord Isère, il y a une quinzaine d'années. Elles sont remise au goût du jour, afin de limiter le recours aux engrais azotés dans la culture du maïs.
Il est des expériences qui sont réalisées, non pas trop tôt, mais pas en adéquation avec la demande sociétale. L'une d'elles, l'inoculation de bactéries sur certaines plantes afin d'améliorer l'utilisation des engrais azotées, en fait partie.
Pression sociale et règlementaire
A Saint-Marcel-Bel-Accueil, comme sur la zone du comité de territoire Paturin*, on vient de remettre à jour des travaux effectués dans les années 90. « Il ne faut pas se leurrer,avance Roland Seigle, agriculteur sur la commune et vice-président de Paturin. l'activité agricole a généré des pollutions, entraînant des interrogations chez les élus, mais également chez les producteurs, d'autant plus que les règlementations ont évolué. Nous avons désormais un Sage, un contrat de rivière, sur la Bourbre, auxquels il faut ajouter une pression plus forte de la directive européenne sur les nitrates ». Fatalement, le sujet, mais c'est aussi son rôle, a été évoqué lors d'une réunion de Paturin. Et un de ses membres, Mme Jocteur-Monrozier, a évoqué les travaux réalisés par le CNRS dans les années 90.
Bactéries rizosphériques
« Nous étudions les micro-organismes dans leur système, explique René Bally, directeur de recherche au laboratoire d'écologie microbienne au CNRS, à l'université Lyon 1. Aujourd'hui environ 8 000 espèces sont identifiées, alors que l'on estime leur nombre à 10(9) ». La marge de progrès pour les chercheurs restent grandes. Cette situation s'explique par le fait que ces bactéries et micro-organismes ne sont pas cultivables en laboratoire par la technique du milieu de culture traditionnel. Il faut inventer des outils nouveaux à chaque fois.
René Bally et son équipe ont étudié plus spécialement les bactéries rizosphériques, qui créent des associations fortes avec les plantes, tout en restant à l'extérieur du végétal associé, à la différence des nodosités bien connues sur les légumineuses. « Ces bactéries ont deux effets sur la plante associée : le premier est indirect. Elles luttent contre certains parasites ou des plantes parasites. L'autre effet est direct, il modifie la morphologie et la physiologie de la plante ». Pour le maïs, la bactérie associée est une azospirillum, très présente naturellement dans le sol (densité 10(3)). « Lorsqu'elle est présente au bon moment et en quantité suffisante, l'azospirillum améliore la longueur des racines, accroît la surface racinaire, le chevelu du maïs,explique René Bally. Physiologiquement, on constate également une augmentation de l'activité enzymatique et du taux de respiration de la plante ». Dans les autres effets bénéfiques, on peut citer également l'amélioration du rendement, du taux de matière sèche total, de la teneur en azote de la tige et du grain, une floraison avancée, une meilleure résistance à la sécheresse.
Moins d'azote, davantage de rendement
L'azospirillum permet en fait au végétal de mieux fixer l'azote de l'air, mais la plante ne sera stimulée que si elle ne trouve pas trop d'azote amoniacal dans le sol. Dans ce cas, la stimulation ne jouera pas, le maïs en l'occurrence, se contentant de puiser dans les réserves du sol. Les expériences ont permis de démontrer que le meilleur bénéfice était tiré lorsque l'on n'apportait que 100 unités d'azote (au lieu de 150 classiquement). Au final, grâce à l'action de la bactérie sur la croissance du mais, le rendement est supérieur de 12 à 30 %, selon les nombreuse recherches faites, y compris bien au-delà du nord Isère. « On a un gain important d'utilisation de l'azote quand on utilise la bactérie », confirme le chercheur.
Une densité forte mais courte dans le temps
Pour arriver à ce résultat, un certain nombre de conditions doivent être réunies. En particulier, la concentration de bactéries doit être au moins de 10(7) dans les 48 à 72 heures qui suivent la germination. Pour obtenir ce seuil élevé, il faut implanter une semence « baignant » dans un mélange de tourbe où la bactérie atteindra une population de 10(11). C'est cette opération que les chercheurs appelle l'inoculation. Cette densité forte nécessaire au moment de la germination, n'a pas besoin de rester stable au cours du cycle de vie de la plante. « Nos recherches, il y dix ans, ont consisté à déterminer cette fenêtre de tirexplique René Bally. Aujourd'hui, nous comprenons mieux les mécanismes et connaissons les conditions d'emploi ». A l'époque, un substrat inoculé a été commercialisé quelques temps, mais le marché n'a pas pris, car « la firme le proposait à un prix analogue à celui de l'utilisation des engrais azotés. Il n'y avait pas d'intérêt financier réel pour l'agriculteur » estime le chercheur. Et, il y a quinze ans, la problématique environnementale, l'impact du recours aux engrais sur l'eau n'étaient autant présents qu'aujourd'hui. Les agriculteurs présents au cours de la rencontre à Saint-Marcel-Bel-Accueil, se sont montrés intéressés par une reprise d'essais grandeur nature. René Bally s'est, pour sa part, montré ouvert à une poursuite des expériences. Dès le printemps prochain.
*Le comité de territoire réunit des agriculteurs, des élus locaux et des représentants de collectivités locales ou d'associations.
Jean-Marc Emprin
Pression sociale et règlementaire
A Saint-Marcel-Bel-Accueil, comme sur la zone du comité de territoire Paturin*, on vient de remettre à jour des travaux effectués dans les années 90. « Il ne faut pas se leurrer,avance Roland Seigle, agriculteur sur la commune et vice-président de Paturin. l'activité agricole a généré des pollutions, entraînant des interrogations chez les élus, mais également chez les producteurs, d'autant plus que les règlementations ont évolué. Nous avons désormais un Sage, un contrat de rivière, sur la Bourbre, auxquels il faut ajouter une pression plus forte de la directive européenne sur les nitrates ». Fatalement, le sujet, mais c'est aussi son rôle, a été évoqué lors d'une réunion de Paturin. Et un de ses membres, Mme Jocteur-Monrozier, a évoqué les travaux réalisés par le CNRS dans les années 90.
Bactéries rizosphériques
« Nous étudions les micro-organismes dans leur système, explique René Bally, directeur de recherche au laboratoire d'écologie microbienne au CNRS, à l'université Lyon 1. Aujourd'hui environ 8 000 espèces sont identifiées, alors que l'on estime leur nombre à 10(9) ». La marge de progrès pour les chercheurs restent grandes. Cette situation s'explique par le fait que ces bactéries et micro-organismes ne sont pas cultivables en laboratoire par la technique du milieu de culture traditionnel. Il faut inventer des outils nouveaux à chaque fois.
René Bally et son équipe ont étudié plus spécialement les bactéries rizosphériques, qui créent des associations fortes avec les plantes, tout en restant à l'extérieur du végétal associé, à la différence des nodosités bien connues sur les légumineuses. « Ces bactéries ont deux effets sur la plante associée : le premier est indirect. Elles luttent contre certains parasites ou des plantes parasites. L'autre effet est direct, il modifie la morphologie et la physiologie de la plante ». Pour le maïs, la bactérie associée est une azospirillum, très présente naturellement dans le sol (densité 10(3)). « Lorsqu'elle est présente au bon moment et en quantité suffisante, l'azospirillum améliore la longueur des racines, accroît la surface racinaire, le chevelu du maïs,explique René Bally. Physiologiquement, on constate également une augmentation de l'activité enzymatique et du taux de respiration de la plante ». Dans les autres effets bénéfiques, on peut citer également l'amélioration du rendement, du taux de matière sèche total, de la teneur en azote de la tige et du grain, une floraison avancée, une meilleure résistance à la sécheresse.
Moins d'azote, davantage de rendement
L'azospirillum permet en fait au végétal de mieux fixer l'azote de l'air, mais la plante ne sera stimulée que si elle ne trouve pas trop d'azote amoniacal dans le sol. Dans ce cas, la stimulation ne jouera pas, le maïs en l'occurrence, se contentant de puiser dans les réserves du sol. Les expériences ont permis de démontrer que le meilleur bénéfice était tiré lorsque l'on n'apportait que 100 unités d'azote (au lieu de 150 classiquement). Au final, grâce à l'action de la bactérie sur la croissance du mais, le rendement est supérieur de 12 à 30 %, selon les nombreuse recherches faites, y compris bien au-delà du nord Isère. « On a un gain important d'utilisation de l'azote quand on utilise la bactérie », confirme le chercheur.
Une densité forte mais courte dans le temps
Pour arriver à ce résultat, un certain nombre de conditions doivent être réunies. En particulier, la concentration de bactéries doit être au moins de 10(7) dans les 48 à 72 heures qui suivent la germination. Pour obtenir ce seuil élevé, il faut implanter une semence « baignant » dans un mélange de tourbe où la bactérie atteindra une population de 10(11). C'est cette opération que les chercheurs appelle l'inoculation. Cette densité forte nécessaire au moment de la germination, n'a pas besoin de rester stable au cours du cycle de vie de la plante. « Nos recherches, il y dix ans, ont consisté à déterminer cette fenêtre de tirexplique René Bally. Aujourd'hui, nous comprenons mieux les mécanismes et connaissons les conditions d'emploi ». A l'époque, un substrat inoculé a été commercialisé quelques temps, mais le marché n'a pas pris, car « la firme le proposait à un prix analogue à celui de l'utilisation des engrais azotés. Il n'y avait pas d'intérêt financier réel pour l'agriculteur » estime le chercheur. Et, il y a quinze ans, la problématique environnementale, l'impact du recours aux engrais sur l'eau n'étaient autant présents qu'aujourd'hui. Les agriculteurs présents au cours de la rencontre à Saint-Marcel-Bel-Accueil, se sont montrés intéressés par une reprise d'essais grandeur nature. René Bally s'est, pour sa part, montré ouvert à une poursuite des expériences. Dès le printemps prochain.
*Le comité de territoire réunit des agriculteurs, des élus locaux et des représentants de collectivités locales ou d'associations.