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Légumineuse

Mieux connaître les variétés de soja

Alors que le soja est devenu un atout de choix dans la recherche de l'autonomie protéique, peu de variétés sont exploitées. Un essai national est mené pour étudier les spécificités d'une dizaine de variétés, territoire par territoire.
Mieux connaître les variétés de soja

Dans la quête de l’autonomie alimentaire d’une exploitation, le soja est souvent bien placé. Pourtant, le fonctionnement des variétés dans notre région est assez peu connu. Afin d’étudier le comportement d’une douzaine de variétés, Terres Inovia, en partenariat avec la chambre d’agriculture, mène des essais en Auvergne-Rhône-Alpes. Ils rejoignent les essais menés dans d’autres départements pour avoir une vision nationale.

« On cherche à avoir une référence locale adaptée au territoire d’activité », explique Arnaud Micheneau, ingénieur régional chez Terres Inovia. En Isère, c’est Adrien Raballand, responsable de l’exploitation du lycée agricole de La Côte-Saint-André, qui s’est prêté au jeu et présente l’une de ses parcelles dans le cadre de la journée Innov’action. Semé le 23 mai, le soja sera récolté vers la fin du mois de septembre. Il permet à l’exploitation d’assurer une partie de l’autonomie protéique de la ration des vaches laitières.

Plusieurs facteurs mesurés

Dans l’essai mené, plusieurs facteurs sont mesurés pour chaque variété. Il y a la hauteur de la première gousse et celle de la plante dans son entier. C’est un facteur important lors de la moisson. Avec une coupe classique, les gousses les plus basses ne sont pas toujours ramassées, occasionnant une perte de rendement. Certains agriculteurs qui travaillent le soja privilégient l’utilisation d’une coupe flex. « On était plusieurs dans le secteur à cultiver du soja et à avoir ce problème. Un entrepreneur a donc acheté une coupe flex d’occasion », raconte Adrien Raballand. De plus, puisque les gousses les plus basses mûrissent en premier par rapport aux autres, il faut être sûr de pouvoir récolter l’ensemble des gousses, sans que le dernier étage ne soit encore vert et que les gousses du bas n'aient éclaté. Une note de maturité est donc ajoutée pour chaque variété.

Un autre facteur étudié est la densité à l’hectare et le risque de verse. Certaines variétés présentées semblent avoir rapidement versées. « Il est difficile d’isoler un facteur en particulier pour expliquer la verse », précise Arnaud Micheneau. Les variétés seront également analysées après la récolte afin d’en évaluer le rendement. Dans l’exploitation du lycée agricole, le rendement du soja oscille entre 38 et 42 quintaux.

Un atout de choix

En 2011, Adrien Raballand cultivait un ou deux hectares de soja. Depuis 2015, il est passé à une dizaine d’hectares pour favoriser son autonomie. « On n’a pas de pouvoir de vente car on ne fixe pas son prix du lait. Mais on a le choix de ne pas acheter. On peut limiter la quantité d’intrants, de gasoil, d’apports protéiques extérieurs… c’est un levier que l’on n’utilise pas assez. » Afin de les sensibiliser à ses enjeux, des élèves en BTS du lycée agricole de La-Côte-Saint-André ont effectué une partie du suivi des essais menés dans la parcelle. « Durant les cours, on insiste beaucoup sur la diminution des intrants, les économies d’eau, d’énergie, et l’importance de l’autonomie protéique », précise le directeur. 

Même si le soja est l’allié des agriculteurs dans leur recherche d’autonomie, cette culture a quand même quelques défauts. « C’est la culture qui consomme le plus d’herbicide. Si nous travaillons le sol, nous faisons remonter tous les galets. Nous traitons en post-semis et en post-levée », détaille-t-il. Il faut aussi surveiller l’irrigation de la parcelle afin d’économiser l’eau. Adrien Raballand travaille actuellement avec la variété ES Mentor, mais, malgré la tenue des essais, il ne souhaite pas en changer pour le moment.

Virginie Montmartin

Production/ Fabriquer ses tourteaux

Afin de valoriser au mieux la protéine présente dans le soja, la Coopérative Dauphinoise développe le tourteau gras basé sur le soja local. 

Le soja est très utile pour l’autonomie protéique d’une exploitation mais il est difficilement consommable sans transformation. « La graine de soja contient entre 18 et 22% d’huile. Pour être assimilable facilement par les animaux, elle doit avoisiner les 4,5%. Il faut pouvoir en extraire une partie pour mieux valoriser les protéines », explique Yvan Reynas, technico-commercial, spécialisé en élevage à la Coopérative Dauphinoise. Le but est de transformer le soja en tourteau pour en faciliter l’assimilation. Différentes techniques de déshuilage existent. « Le tourteau classique est déshuilé à son maximum en raison d’un traitement chimique à l’hexane. Il est adapté aux volumes industriels », décrit-il. Selon ce procédé, la graine de soja ne contient plus que 2% de matière grasse mais 46% de protéine. La graine de soja crue en contient 35%. La deuxième méthode est le tourteau gras ou expeller. « Au lieu de faire un traitement chimique, on effectue un présage au moulin à huile pour enlever la matière grasse ». Après cette méthode, le soja contient 8% de matière grasse et 48% de protéine.

Utiliser le soja local

C’est la deuxième méthode qu’utilise Adrien Raballand, responsable de l’exploitation du lycée agricole de La-Côte-Saint-André, pour valoriser son soja. « Je suis autonome grâce au tourteau donc j’ai pu diminuer la part de maïs dans mon exploitation ».  En plus de la quantité faible de matière grasse, l’avantage est l’utilisation en local. « Le travail à façon permet d’utiliser son soja et sa protéine et non pas du soja importé dont le prix dépend du marché en bourse », explique Yvan Reynas. Pour le valoriser de la meilleure façon, il faut que la production soit assurée. « C’est une culture très technique avec une faible couverture au sol », explique Adrien Raballand. Dans la liste des charges présentées, la plus importante reste les semences, herbicides et inoculants, estimée à 300 euros l’hectare. Afin de limiter les charges de mécanisation, l’agriculture utilise le même matériel que pour ses autres cultures. L’avantage, malgré des coûts élevés, reste la visibilité au long terme. « On voit ce qu’on fait d’une année sur l’autre », confirme Adrien Raballand.
VM