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Co-compostage

Mine d'or à ciel ouvert

Mi-décembre, la chambre d'agriculture et le programme Terre&Eau ont organisé, en partenariat du Sictom de Morestel, une matinée d'échanges sur le co-compostage de déchets verts et d'effluents d'élevage.
Mine d'or à ciel ouvert

Depuis 2006, une dizaine d'agriculteurs du secteur de Morestel participent à l'économie circulaire du territoire via une filière co-compostage 100% locale. Le principe est simple : le Sictom leur fournit du broyat de déchets verts qui, mélangé à leurs effluents d'élevage, donne un compost de qualité destiné à être épandu sur les cultures après plusieurs mois de maturation.

Quinze ans après son lancement, le bilan de l'initiative est très positif. Engagée dans le cadre du programme Terre&Eau du captage de Sermérieu, l'opération bénéficie en effet autant à la collectivité qui valorise ses déchets verts (un tiers du tonnage récupéré en déchèterie, soit 6 à 7 000 tonnes par an), qu'aux agriculteurs qui améliorent la structure et la fertilité de leurs sols, tout en limitant leurs apports en fertilisation minérale. C'est ce qui ressort d'un état des lieux dressé mi-décembre au cours d'une matinée d'échanges organisée par la chambre d'agriculture de l'Isère dans les locaux du Sictom de Morestel.

Atouts techniques

Après avoir rappelé les grands principes du co-compostage, Robinson Stieven, conseiller agro-environnement à la chambre, en a détaillé les atouts. « Sur le plan technique, le co-compost présente de nombreux intérêts, affirme-t-il. Le processus de compostage, s'il est bien respecté, permet d'assainir le déchet vert, de détruire les graines d'adventices, de faciliter l'utilisation des effluents mous (lisier ou fumier humide) et de les désodoriser. »

Le co-compost est également présenté par les conseillers comme une « mine d'or » agronomique. C'est un produit très stable qui présente un taux de matière sèche et un rapport C/N plus élevé que le fumier et son compost. D'après les données issues de campagnes pluriannuelles de la chambre d'agriculture, il permet d'améliorer la structure des sols et contribue à leur fertilité, en fournissant de l'azote, du phosphore et de la potasse, rappelle Amandine Roux, animatrice Terre&Eau. Sylvain Juppet, éleveur laitier à Passins, confirme son intérêt sur sols sableux, notamment grâce à son taux de matière organique élevé : « J'ai pas mal de terrains légers ; le compost, ça permet de les structurer. »

Réputé polyvalent, le co-compost est théoriquement utilisable en grandes cultures comme sur les prairies. Des essais avec des amendements « plaquette/litière » ont été réalisés par l'Inra sur des prairies (800 mètres d'altitude) avec des sols profonds à bon potentiel. « Les plaquettes ne « mangent » pas l'azote, mais on constate que les rendements sont plus élevés avec des petites plaquettes qu'avec des grosses », précise Robinson Stieven qui indique que le compost permet aussi un bon chaulage d'entretien (à raison de 10 tonnes par hectare). Sa teneur élevée en chaux (CaO) peut également palier une faiblesse du pH. « Le co-compost joue sur la structure, le développement racinaire et permet une meilleure alimentation de la plante en azote. C'est intéressant pour les prairies », conclut le conseiller.

Criblage

Sylvain Juppet n'est pas tout à fait de cet avis. « J'ai utilisé du compost sur mes prairies, mais j'ai arrêté parce que ça laissait trop de débris », témoigne l'éleveur. Pour pallier le problème, Robinson Stieven préconise un criblage des déchets verts afin d'éviter les résidus. C'est ce que fait le Sictom de Morestel depuis 2017 : le collecteur a ajouté une étape de criblage dans son processus de traitement des végétaux, ce qui permet d'affiner le broyat et de le débarrasser des matières plastiques.

Cette amélioration technique s'ajoute aux dispositions prises les années antérieures, notamment l'analyse d'échantillons réalisée systématiquement pour chaque campagne de broyage. Ces informations permettent aux agriculteurs d'orienter le type de mélange à effectuer ainsi que les doses à épandre, les teneurs en éléments fertilisants, le taux de matière sèche et le rapport carbone/nitrate pouvant varier d'une campagne à l'autre, du fait généralement de la composition des végétaux stockés (ligneux, déchets de tonte ou feuilles mortes, selon les saisons).

Outre ses vertus agronomiques, le co-compost présente l'intérêt de combiner valeur économique, environnementale et territoriale. Parfois présenté au public comme une « alternative aux engrais chimiques », il permet en effet de réduire les coûts de fertilisation minérale, de valoriser localement les déchets verts (donc de réduire le bilan carbone) et contribue au stockage du carbone : autant d'arguments que certains agriculteurs ne se privent pas de faire valoir. Les éleveurs peuvent également l'utiliser en complément de paille dans les litières, ce qui peut représenter une économie substantielle en période tendue.

Marianne Boilève