Mobiliser les terres du sud
Presque 6 000 hectares de friches : le Trièves dispose de gisements agricoles et sylvicoles potentiels très importants, rapportés aux 14 300 ha de surfaces agricoles et 26 800 ha de forêts aujourd'hui exploités. C'est ce qu'il ressort d'une étude menée par la communauté de communes du Trièves confiée à la Safer et à la chambre d'agriculture de l'Isère. L'objectif de ce diagnostic est d'une part la mobilisation du bois énergie local, d'autre part, de favoriser le maintien, le développement et la transmission des exploitations agricoles.
L'inventaire des friches a été conduit à partir de l'été 2017. La Safer et la chambre d'agriculture ont mené des rencontres avec les agriculteurs et les forestiers pour établir une cartographie, commune par commune, de ces friches qui sont le plus souvent d'anciennes pâtures, sur des terrains en pente. Sont ainsi apparus un millier d'hectares à « enjeu agricole moyen », 252 ha à « enjeu agricole fort », 1 160 ha à « enjeu sylvicole moyen » et 200 ha à « enjeu sylvicole fort ». Gresse-en-Vercors, Chichilianne et Chatel-en-Trièves figurent parmi les communes où il y a le plus de friches. « Il y a beaucoup de propriétés communales parmi les friches », fait remarquer Andrew Wooding, de la Safer. De plus, elles ne concernent souvent qu'une partie des parcelles cadastrales.
Il indique également que « la thématique loup est ressortie » à l'occasion de cette étude. « L'enjeu est de reconstituer les parcs à proximité des exploitations agricoles », constate-t-il. Pour mettre leurs bêtes en sécurité, les éleveurs ont en effet tendance à délaisser les alpages pour des parcelles « hors loup ».
Un Comité local d'installation
Pour agir sur le foncier, le Département a mis en place une stratégie foncière déclinée dans le cadre d'un programme d'actions. Elles sont financées sur la base d'appels à projets régionaux, en cohérence avec les autres projets existants. « Sur le volet agricole, il y a sept actions en cours », présente Aymeric Montanier, technicien du service agricole du Département. Le diagnostic de la situation foncière dans le Trièves en est le premier élément. La deuxième action est le repérage de parcelles stratégiques pour leur intérêt agricole et pour leur adéquation avec les futurs plans locaux d'urganisme. Il s'agit aussi de favoriser l'installation des jeunes agriculteurs par la remise en place d'un Comité local d'installation (CLI), qui siègera trois fois par an au moins jusqu'en 2020. « Il existe des débouchés. Ce n'est pas un problème de production, mais de foncier », insiste Aymeric Montanier. Figurent également des formations sur la sensibilisation aux milieux enfrichés, la révision de la règlementation de boisements et enfin, l'identification des biens vacants et sans maîtres. Les actions en projet prévoient la mise en place d'une aide financière aux travaux de reconquête agricole et d'une animation foncière pour valoriser les parcelles en friche. Le technicien rappelle que le Département peut subventionner les frais notariaux dans le cadre d'échanges de parcelles ou appuyer la création d'associations foncières agricole ou pastorale.
Sur le volet forestier, les actions lancées d'ici 2020 concernent l'adaptation des forêts au changement climatique, le regroupement des propriétaires pour une meilleure gestion forestière et la mobilisation durable des forêts en fonction des besoins exprimés par le CRPF, l'ONF ou la chambre d'agriculture.
Isabelle Doucet
Energie /
Qui entretient la haie ?
La chambre d'agriculture de l'Isère a effectué un diagnostic bocager dans le Trièves en s'appuyant sur l'exemple de deux exploitations en polyculture-élevage. Le but est d'estimer le potentiel bois-énergie de cette ressource. Si le linéaire de la première exploitation s'étend sur 10 km et sur 7,5 km pour la deuxième, elles ne sont cependant pas propriétaires de toutes les haies, et surtout, il s'agit d'un linéaire très fragmenté entre de nombreux propriétaires. La question est d'autant plus complexe que le fermier se doit d'entretenir les haies et, à ce titre, peut disposer de la ressource pour sa propre utilisation. En revanche s'il est exploité, le bois de haie revient au propriétaire. Robinson Stieven, de la chambre d'agriculture, conseille ainsi de « s'arranger avec les propriétaires » pour disposer des bois abattus.Pour autant, l'approche économique de l'étude fait apparaître que le geste d'entretien assorti à une production de plaquettes sèches dégage un gain d'environ 25 euros/tonne, soit autour de 600 euros par an et par exploitation. « Ce n'est pas énorme, mais on équilibre les coûts », constate Robinson Stieven. Il ajoute que ce bois peut aussi être utilisé pour la litière des animaux.Un investissement
Enfin, il rappelle que les demandeurs d'aides PAC ont pour obligation de maintenir les haies sur les exploitations et qu'elles sont comptabilisées comme SIE (surfaces d'intérêt écologique) à proximité des terres labourables.
Mais, dans la salle, les participants ont fait remarquer que la transformation en plaquettes représente un investissement pour qui veut s'équiper, ainsi qu'une logistique. « Comment font les particuliers ? S'ils ne peuvent pas se fournir, ils ne vont pas installer une chaudière à plaquette », fait observer Anne Gachet. Le dispositif semble mieux fonctionner avec les collectivités locales qui disposent de la plateforme de traitement de Saint-Michel-les-Portes.
L'agriculture du Trièves en chiffres
Il y a 230 exploitations agricoles et 274 chefs d'exploitations. Ils emploient 191 salariés, soit 16% des emplois du territoire.
30% des agriculteurs ont plus de 55 ans et 50% ont entre 40 et 50 ans.
40% des exploitations vendent au moins un produit en circuit court.
Les 14 300 ha de foncier agricole représentent 22% du territoire. 2 000 ha sont en agriculture biologique.
Entre 2012 et 2016, la surface agricole a observé un recul de 17 ha par an en raison principalement de l'enfrichement.
Entre 2000 et 2015, 25% des exploitations ont disparu, dont 50% sont des exploitations laitières.
Entre 2009 et 2014, il y a eu 52 installations, dans des productions très diversifiées.