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Alpages

Moins d'eau et plus de loups

Les alpagistes se sont retrouvés début août sur le plateau des Emparis pour échanger au sujet de la ressource en eau et de l'évolution du dossier du loup.
Moins d'eau et plus de loups

« Je n'ai plus envie de discuter avec eux ». Denis Rebreyend, le président de la Fédération des alpages de l'Isère est un homme de dialogue, mais pourtant, là, c'est le ras-le-bol. « Tous les arrêtés sur le loup sont attaqués par les associations environnementalistes ». Il s'explique : « On assiste à une progression de l'Etat dans sa vision de la prédation et du loup. Ce n'est pas parfait, mais les textes sont systématiquement attaqués en justice et le lendemain, ces mêmes associations viennent nous voir pour faire des relevés de biotope. Cela nous gêne et personnellement, je n'ai plus envie de leur réserver un bon accueil. Est-ce pour récupérer de l'argent devant les tribunaux ou alors est-ce que le terrain n'est pas en accord avec les instances dirigeantes ? », s'interroge-t-il. La prédation et les nouveaux textes de loi étaient au cœur des thèmes développés lors de la journée des alpagistes de l'Isère qui s'est déroulée début août sur le plateau des Emparis, au-dessus du lac du Chambon, en limite des Hautes-Alpes.

Revalorisation des bêtes perdues

Jérôme Patrouillet, de la DDT, a rappelé le cadre des deux arrêtés ministériels pris en juillet 2019. Celui du 12 juillet revalorise les conditions d'indemnisation et la valeur des bêtes perdues après une attaque de loup. L'évaluation du prix des bêtes évolue d'environ 14% selon la nouvelle grille, tenant mieux compte des filières courtes. Cette réévaluation fait suite à l'harmonisation du montant des bêtes prédatées par le lynx, l'ours et le loup. Mais elle intègre une obligation européenne du conditionnement à un minimum de protection des troupeaux dans les zones à loups pour les ovins et caprins. En cercle 1, le minimum requis est le gardiennage et la parcage de nuit. Les bovins, qui ne représentent que 1% des chargements en alpages sont considérés comme non protégeables. Tous les constats dressés depuis le 12 juillet 2019 par l'ONCFS sont soumis à ce nouveau régime et il n'y a pas de rétroactivité. Mais attention, bombe à retardement : la grève du personnel de l'office risque de retarder l'instruction des dossiers et donc le versement des indemnisations.

Le Haut-Bréda en cercle 0

L'arrêté du 26 juillet 2019 fixe le nouveau protocole dérogatoire au statut du loup. Il s'applique jusqu'au 31 décembre 2019 et prévoit une augmentation du plafond des loups à prélever au cours de la période. Il passe de 71 loups tués à ce jour à une centaine autorisés. Il instaure aussi un « Cercle 0 », soit un nouveau périmètre pour les foyers d'attaques soutenues (plus de 15 par an). En Isère, seul de secteur du Haut-Bréda est concerné. Les conditions de déclenchement de tir y sont assouplies avec la mise ne place de « tirs de défense mixte » permettant à trois tireurs équipés de matériels spécifiques d'intervenir. La Dreal Auvergne-Rhône-Alpes publie sur son site (Mission loup), l'ensemble des arrêtés, notes techniques, guide des indemnisations et suivi des prélèvements (1). Il y a actuellement en Isère 120 arrêtés de tirs de défense simple et trois de défense renforcée. Le recours à la liste de chasseurs n'est plus en vigueur en sorte que les éleveurs peuvent faire appel aux chasseurs de leur choix.

Protéger les éleveurs

Reste la question des cœurs de parc naturels où nul ne peut intervenir. Interpelé, le directeur du parc national des Ecrins, Pierre Commenville, a reconnu détenir pour seule marge de manœuvre, la prévention. Mais celle-ci demeure bien en-deçà des besoins, à l'image du sous-équipement en cabanes de bergers, remplacées sommairement par des abris héliportés. Il a aussi signalé l'expérimentation menées dans la Vanoise et le Mercantour où des brigades de bergers mobiles interviennent lors des concentrations de prédation. Il soutient par ailleurs « qu'il n'y a pas d'effet de surprédation à l'intérieur des parcs ». Mais les éleveurs demeurent amers, inquiets et découragés. « A une époque où il n'y avait pas de loup en France, un élu à signé la convention de Berne et la directive Habitat », commente sèchement Denis Rebreyend. « Bientôt les éleveurs devront être protégés par la convention de Berne », ajoute Roland Bouvier, éleveur et président de l'Association Viandes agro pastorales. La FAI précise qu'il y a 30 ans, il y avait 30 bergers en Isère, contre 120 aujourd'hui.

 

(1) A consulter également sur www.terredauphinoise.fr

Isabelle Doucet

 

Le coût du loup

Le loup coûte très cher : 33 millions d'euros en 2018 pour 500 loups, soit 66 000 euros par bête.
Le montant de la protection des troupeaux s'élève à 27 millions d'euros, les indemnisations à 3 millions d'euros et le fonctionnement à 3 millions également.
Sur ces 27 millions d'euros, 80% sont dédiés à l'embauche de bergers. La moitié des financements sont européens et l'autre moitié vient de l'Etat, pris dans sur le budget du ministère de l'Agriculture (soit environ 10 millions d'euros).
L'équipement en clôtures, chiens de protection et les indemnisations proviennent du budget du ministère de l'Environnement.

 

 

Ressource en eau / Les réservoirs d'eau se développent en alpages.

Un impluvium pour alimenter les troupeaux

« D'années en années, on s'aperçoit que les petites sources disparaissent et qu'il faut mettre en place des stratégies pour garder l'eau et la redistribuer au bon moment dans les alpages », constate Denis Reybreyend, le président de la Fédération des alpages de l'Isère. Sur le plateau d'Emparis, à Besse-en-Oisans, les patûrages s'étendent à plus de 2 200 m d'altitude, sur environ 3 000 ha, soit 80% de la superficie de la commune dont ils représentent la principale ressource financière. « C'est un alpage colossal », commente Jean-Rémy Ougier, le maire de Besse. Environ 4 000 ovins, issus de six élevages et répartis en deux troupeaux, ainsi que 130 bovins venant de trois élevages, pâturent sur l'Emparis de façon bien ordonnée : les moutons en haut, les vaches en bas. Ce gigantesque panorama naturel, au cœur du parc des Ecrins, avec vue sur les Grandes Rousses et La Meije, abrite une zone Natura 2 000, de sorte que le berger et son salarié doivent veiller à éviter les piétinement des bêtes aux abords du ruisseau dans le marais. Ils n'y pâturent pas plus de 15 jours par an.
Pour éviter aux animaux de fréquenter ce site et d'effectuer des aller-retour quotidiens, une réserve d'eau de 15m3 à partir d'une source captée a été installée 300 m plus bas. L'an dernier, le dispositif d'alimentation des troupeaux en eau a été complété et sécurisé par la création d'un impluvium, une vaste réserve d'eau de 500 m3 et deux mètres de profondeur creusée dans une cuvette au bas d'une pente, dans une zone à forte accumulation de neige. L'installation est constituée d'un linéaire soudé déposé au sol sur du sable. Elle alimente huit bâches et quatre bacs garantissant l'autonomie de 2 000 brebis. Porté dans le cadre du plan pastoral territorial de l'Oisans, le montant de cet impluvium s'élève à 30 000 euros, financé à 75% par l'Europe, la Région et la commune. A la FAI, on constate que ce type d'impluviums a tendance à se développer dans les alpages pour résoudre les problèmes de ressource en eau. Leur coût a fortement baissé depuis une dizaine d'années et de tels impluviums ont fleuri du côté de Theys et Lavaldens.
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