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Stratégie collective

« Moins de produits, mieux les utiliser »

Des agriculteurs qui font évoluer collectivement leur pratiques avec l'appui d'une entreprise soucieuse du service rendu à ses clients et fournisseurs : dans la plaine lyonnaise, le réseau Déphy piloté par l'entreprise Cholat répond à plusieurs objectifs économiques, sociétaux et environnementaux.
« Moins de produits, mieux les utiliser »

« Trouvez-nous des solutions ! ». Quand les agriculteurs du nouveau réseau de fermes Déphy piloté par l'entreprise François Cholat interpellent leur animateur Sylvain Lemaître, c'est parce qu'ils cherchent des réponses économiques et environnementales. « Ils en ont assez d'être traités de pollueurs », explique le conseiller. Mais les finances des exploitations n'ayant jamais été autant mises à mal, l'accompagnement dans la baisse des intrants doit obligatoirement être assortie de résultats économiques.
Dans le cadre du deuxième appel à projet du ministère de l'Agriculture, l'entreprise iséroise a fait le choix de présenter plusieurs dossiers de réseaux de fermes Déphy. Ils répondent en écho aux démarches qu'elle a engagées en termes de culture raisonnée auprès des agriculteurs et d'excellence auprès des boulangers de la région. Trois réseaux ont été retenus, dans la Loire, en Savoie et Haute-Savoie, ainsi que dans la plaine de Lyon, en Isère et dans le Rhône.

Déficit d'image

Sylvain Lemaître a ainsi réuni un groupe de 14 exploitations, dont onze uniquement en grandes cultures, deux avec un atelier de bovin viande et un de bovins lait. Une seule ferme est en bio. Le périmètre va de l'est lyonnais à Saint-Jean-de-Bournay en passant par Courtenay et Chateauvillain. « C'est un projet collectif », insiste Sylvain Lemaître. Il prend en compte un certain nombre de problématiques : environnementales, sociétales et économiques. Car la région se caractérise par une forte pression urbaine. La rareté du foncier, les problèmes de rentabilité et de cours des céréales auxquels s'ajoutent le déficit d'image et des préoccupations de santé sont autant de points qui rassemblent ces agriculteurs.
Certains se connaissaient, d'autres pas, mais tous se sont réunis une première fois en décembre 2016. « Nous leur avons proposé de mener ce projet collectif, explique Sylvain Lemaître. Il s'est tout de suite concrétisé par une formation pulvé, qui a également servi à la cohésion du groupe. » Mettre moins de produits, mieux les utiliser : l'efficience des traitement est la préoccupation première du groupe. « C'est une démarche volontaire, reprend le conseiller. Les agriculteurs disent ce qu'ils veulent faire : substitution des produits chimiques par la lutte alternative, bio-contrôle avec de nouveaux produits fongicides pour le colza et le blé ou encore évolution des systèmes de culture en choisissant des cultures moins gourmandes en produits phytosanitaires. »

Point zéro

Entre ces rendez-vous collectifs, Sylvain Lemaître rencontre chaque cultivateur en face à face sur l'exploitation pour établir un point zéro et faire un diagnostic. « Nous étudions le système de culture le plus représentatif de l'exploitation : colza, blé, orge et certains sont en monoculture de maïs. Le but est d'échanger, de trouver des solutions, chacun a sa petite idée. » Les données de chaque exploitation sont enregistrées dans un logiciel développé par l'Inra. Elles restent confidentielles. D'une ferme à l'autre, Sylvain Lemaître tisse un lien, fait bénéficier les uns des expériences des autres. « Pour se débarrasser des limaces et ne pas utiliser d'anti-limaces, certains jouent sur les carabes, poursuit le conseiller. Beaucoup d'agriculteurs le font sans y penser. » Les conseils sont souvent empiriques. « Je suis deux parcelles pour Arvalis où l'on effectue le comptage des limaces, cite le conseiller en exemple. On s'aperçoit que la première feuille est effilochée et qu'ensuite il ne se passe plus rien, car les limaces restent au sol. Autant laisser faire, notamment dans ces terres de gravier de la plaine de Lyon. » Les agriculteurs, suggèrent de compter les populations de carabes et celles de limaces. La solution reste à trouver. « Nous avons cinq ans pour le faire », déclare le conseiller.

Partir de la base

La Maison François Cholat a fait de Déphy un axe de communication. Fournisseur de produits phytosanitaires, sa stratégie se déploie sur un temps long. « Certes le chiffre d'affaires en phyto par agriculteur va baisser, mais c'est un raisonnement qui se mesure au regard de l'activité globale de l'entreprise dans une logique de conquête de clientèle », résume Vincent Lemaître. La cible, ce sont notamment les clients boulangers. « Nous souhaitons leur montrer comment nous travaillons », reprend le conseiller. Son rôle, c'est aussi de faire le lien avec les commerciaux de l'entreprise. « On part de la base et on remonte ». Du fournisseur à l'agriculteur en passant par le négociant, c'est une petite révolution dans le fonctionnement de l'entreprise.
« Avec les IFT*, on a perdu la notion de dose homologuée. On arrive en effet à des IFT bas », précise l'expert. C'est donc aux entreprises qui fournissent les produits phytosanitaires de s'emparer de cette nouvelle donne. « Il nous faut prouver qu'en baissant les IFT, on obtient les mêmes résultats. C'est une question économique », insiste Sylvain Lemaître. Associer deux produits pour une fréquence moindre ou un produit composé au risque de traiter plus souvent : l'équation peut être délicate.
D'autant que sur les parcelles, rien n'est simple. Le diagnostic effectué avec les agriculteurs remonte trois années en arrière, afin d'obtenir un IFT moyen. Mais il y a la doctrine, « le bon produit, la bonne dose, au bon moment » et la réalité technique.

Isabelle Doucet

*IFT : Indicateur de fréquence de traitement. Il est donné par région et par cultures. 

 

Le réseau des fermes Déphy

Le ministère de l'Agriculture a relancé le dispositif des réseaux des fermes Déphy en avril 2016. Cette action du plan Ecophyto initiée en 2011 favorise la réduction de l'usage des produits phytosanitaires dans les exploitations tout en mettant en avant des solutions techniques performantes tant sur le plan économique qu'environnemental. Alors que la première vague expérimentale était essentiellement portée par les chambres d'agricultures, le deuxième appel à projet a permis à des opérateurs privés de se positionner (groupements bio, Civam, coopératives et négoce, associations et organisations professionnelles). Les chambres d'agricultures animent encore 64% des réseaux. Un appel à projet complémentaire a été lancé en janvier 2017.
Le réseau national de « démonstration, d'expérimentation, des production de références sur des systèmes économes en phytosanitaires » réunit 3 000 fermes pilotes et 245 groupes. Une centaine de systèmes de cultures sont étudiés. En Auvergne-Rhône-Alpes, on compte près de 300 exploitations inscrites dans la démarche. En Isère, les réseaux sont pilotés par l'Adabio, la chambre d'agriculture et le Gaic Cholat.
Le premier plan Ecophyto, sur la période 2011-2015, donne déjà des résultats, notamment sur les filières grandes cultures, viticulture et horticulture. En grandes cultures, il apparaît que la baisse des IFT n'entraîne pas de perte de marge et un expérimentateur sur deux déclare maîtriser les bio-agresseurs. En horticulture, il est avéré que les solutions alternatives efficaces existent, en revanche, elles demeurent encore difficilement accessibles. Enfin, en viticulture, les rendements se sont maintenus dans les systèmes économes en produits phytopharmaceutiques.

 

Le projet collectif de la plaine de Lyon

Il répond à trois objectifs :
Améliorer les performances économiques des exploitations
- Valoriser les cultures présentes par filières et notamment celles en contrat blé avec les Grands moulins de Thuile (variétés conventionnelles, label rouge et blé de force)
- Introduction de nouvelles cultures à valeur ajoutée (orge brassicole, avoine, blé dur pour la semoulerie et tritordéum – farine avec moins de gluten - pour la meunerie)
- Diminution des intrants
Améliorer les performances environnementales
- Introduction de cultures réclamant moins de produits phyto
- Diminution des IFT
- Amélioration la qualité des pulvérisations
- Choix des produits phytosanitaires
Améliorer l'image de l'agriculture
- communication interne et externe