Accès au contenu
Terre de sens

Mutation douce

Le 6 août, le canton de Saint-Marcellin/Pont-en-Royans accueille le grand rendez-vous estival et « agriculturel » des JA de l'Isère. Portrait d'un territoire rural et complexe.
Mutation douce

D'un côté, les contreforts abrupts du Vercors. De l'autre le plateau et les coteaux de Chambaran. Entre les deux, une vallée paisible, celle de l'Isère, qui relie le cœur des Alpes à la vallée du Rhône, dans une succession de noyeraies et de prairies où paissent des troupeaux de vaches laitières. Des noix et du saint-marcellin : telle pourrait être la traduction gourmande du paysage. Sous ses allures de campagne tranquille, le Sud-Grésivaudan est pourtant un territoire assez complexe qui associe harmonieusement activités agricoles, industrielles et touristiques. Si les surfaces cultivées et la forêt occupent respectivement 53 et 41 % de l'espace, le tissu industriel, artisanal et commercial se révèle être la clé de l'autonomie du territoire. Cette situation plutôt favorable est renforcée par le moteur puissant de l'économie « résidentielle », générée localement par les besoins d'une population (1) et d'un tourisme en plein essor.

Réactivité

Cet état des lieux aurait de quoi tranquilliser les élus. Mais la crise et les mouvements migratoires bousculent quelque peu le tableau. Comptant plus de 8 500 emplois dans le secteur privé en 2008, le territoire n’a cessé de perdre des effectifs pour descendre sous la barre des 8 000 en 2012. En dépit de sa réactivité, l'industrie a subi de plein fouet la crise et son lot de délocalisations. L'agriculture a elle aussi été mise à mal : le nombre d'exploitations a chuté de 30 % entre 2000 et 2010, celui de salariés agricoles de 28 %. Et si les producteurs de noix de Grenoble ont réussi à tirer leur épingle du jeu, les éleveurs laitiers, eux, sont de plus en plus à la peine, malgré la récente obtention de l'IGP saint-marcellin. En revanche, les secteurs d’activité liés à l’économie dite résidentielle (construction, services, action sociale, restauration, commerce...), dont les emploi sont difficilement délocalisables, se maintiennent.

De fait, actuellement, si la majorité des actifs travaillant dans le territoire y résident (2), le nombre d'actifs habitant le territoire augmente plus rapidement que le nombre d'emplois. En cause : les apports de population en provenance de l'aire urbaine de Grenoble, et notamment l'arrivée récente de familles de trentenaires avec enfants. Ce dynamisme démographique, plutôt de bon aloi, est surveillé de près par les élus. « Le territoire n'est pas à l'abri d'une forte évolution de ses industries et de son agriculture, constate Bernard Pérazio, enfant du pays et vice-président du Département en charge de la voirie. Notre objectif est d'asseoir sur le secteur un nouveau développement, notamment grâce au tourisme et aux modes de déplacement doux. »

Mine d'or

L'ambition s'explique par le fait le Sud-Grésivaudan a tout d'une mine d'or touristique. Il abrite sept des principaux sites touristiques aménagés les plus visités de l'Isère (3), fabrique des produits du terroir reconnus (noix de Grenoble, saint-marcellin, bleu du Vercors-Sassenage, raviole du Dauphiné...) et jouit d'une excellente desserte (quatre bretelles d'autoroute, quatre gares...). Dans le cadre d'un appel à projets lancé par le Département pour le développement des territoires, le Sud-Grésivaudan a donc choisi de miser sur le tourisme, récupérant 2,5 millions d'euros grâce à un « projet transversal » comprenant la création de 150 lits en gîte, le prolongement de la « véloroute » via Rhôna de Saint-Gervais jusqu'à la Drôme, ainsi que le développement d'activités et de services liés au cyclotourisme (infrastructures, mise à disposition de vélos électriques...). « Par définition, un cyclotouriste ne peut pas emporter beaucoup de choses avec lui : il est obligé de consommer sur place, explique Bernard Pérazio. Avec un budget de 70 euros par personne et par jour en moyenne, le cyclotourisme représente une belle opportunité et un axe de développement économique intéressant, notamment pour les agriculteurs des coteaux qui n'ont pas forcément de noyers. » Et ouvrir de belles perspectives à l'agritourisme.

Marianne Boilève

(1) La population a augmenté de 15% en dix ans. Le Sud-Grésivaudan comptait 48 000 habitants en 2015 contre 43 300 en 2009 et 37 600 en 1999.

(2) 60% des habitants du Sud Grésivaudan travaillent sur place.

(3) Abbatiale de Saint-Antoine-l'Abbaye, seul village isérois labellisé « Les plus beaux villages de France », couvent des Carmes, grotte de Choranche, musée de l'eau, le Grand Séchoir, bateau à roue et jardin des fontaines pétrifiantes...

 

Une finale départementale pleine de sens

Terre de sens est né du souhait des Jeunes agriculteurs de l'Isère de s'ouvrir à la société civile et de communiquer sur leur métier. Si la manifestation est structurée autour de la traditionnelle Finale départementale de labour, sa programmation constitue un véritable « outil promotionnel » pour l'agriculture, l'agro-écologie, les pratiques « multiperformantes » (sur les plans économique, social et environnemental) et bien sûr les produits locaux. « C'est un lieu privilégié pour instaurer le dialogue entre producteurs et consommateurs, explique le comité d'organisation. Pour nous, il s'agit de construire une passerelle entre les mondes urbain et agricole. Cette passerelle est d'autant plus nécessaire et intéressante que nous nous situons sur un territoire péri-urbain en pleine mutation, enclin à une forte urbanisation. » A côté du marché de producteurs, de la mini-ferme et de l'exposition de matériel ancien, les visiteurs se verront proposer une série d'animations gratuites et interactives, notamment les « agro-mômes », ces jeux qui permettent de comprendre le lien entre agriculture et environnement.
Mobilisant les forces vives du canton (milieu associatif, acteurs du développement territorial, élus, partenaires économiques...), Terre de sens se veut également « générateur de liens sociaux » et « intergénérationnels » (participation active des étudiants de la MFR de Chatte qui prépareront de la petite restauration et organiseront l'incontournable jeu de la pesée du cochon). Voilà pourquoi l'après-midi sera consacré à des tournois de jeux inter-associatifs et conviviaux (tire à la corde, course d'agilité...), censés « faciliter les échanges » avant la remise des prix de la Finale de labour (17h) et le repas dansant (20h).
MB