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Nantoin pompe le carbone parisien 23

Initiative / Une banque patrimoniale vient de compenser volontairement ses émissions carbone et aider la gestion durable de la forêt de Bonnevaux.
Nantoin pompe le carbone parisien 23
Une belle initiative vient de se dérouler dans les Bonnevaux, dont à terme toute la filière bois pourrait profiter. La banque de gestion patrimoniale parisienne Neuflize OBC vient de verser un chèque dont le montant n'a pas été révélé, à l'association syndicale libre de gestion forestière (ASLGF) du Bas Dauphiné, correspondant à la compensation de ses émissions carbone d'un an. Cette somme va permettre d'inciter une gestion durable de la forêt de Bonnevaux en prenant en charge une partie du déficit d'exploitation des premières années. Pour expliquer aux représentants de la banque, mais également aux élus locaux, l'intérêt de cette opération, une visite de chantier a été organisée la semaine dernière, à Nantoin. Cette commune est composée de forêts sur la moitié de sa surface : 450 hectares dont 23 appartiennent à la municipalité. Le reste est privé. Dix hectares, une surface importante au regard du parcellaire, appartiennent à un propriétaire grenoblois dont le souhait est de bien gérer son patrimoine. Il a donc confié cette gestion à l'ASLGF qui applique par l'entremise de Jean René Laurent, expert forestier, un entretien en futaie irrégulière. « L'objectif est de bannir les coupes rases, dévastatrices, par un passage régulier sur les parcelles. Le travail le plus ingrat, autant pour le marqueur que pour les bûcherons et donc le propriétaire, est la première intervention de reprise que nous réalisons en ce moment. Depuis plusieurs décennies, cette forêt n'a pas connu d'intervention, sauf dans des parcelles contigües, sous forme de coupe rase. Notre travail est de sélectionner les arbres afin d'enlever les chétifs, tordus, malades, pour permettre à ceux qui ont un avenir intéressant de grossir. La parcelle travaillée connaît un accroissement naturel de 8 m3 par an. Naturellement, elle se fait sous forme d'une multitude d'arbustes qui se gênent mutuellement. Par notre intervention, elle va se concentrer sur des arbres choisis, moins nombreux mais dont on va développer le potentiel ». Impact d'intervention réduit Alors, depuis quelques semaines, une place de dépôt empierrée a été créée afin de stocker les bois et d'autoriser l'accès à des grumiers. « On ne le fait pas toujours, mais nous allons intervenir ici presque chaque année, donc c'est un investissement rentable car il réduit les coûts d'enlèvement des bois. Les bûcherons n'ont pas à les amener au bord de la route, relativement éloignée ». Des chemins d'exploitations ont également été tracés ou élargis. « L'objectif est de pénétrer le moins possible dans les parcelles afin d'éviter les tassements du sol. L'évacuation des bois se fait soit depuis ces chemins forestiers soit par des cloisonnements, c'est-à-dire par des passages de trois mètres, espacés de 30 mètres, qui part du chemin, permettant aux engins de se rapprocher des arbres à enlever». Ces infrastructures mises en place, un abattage très sélectif est réalisé. Les arbres déjà bien conformés sont laissés, tandis que l'on enlève environ la moitié de ceux qui sont repartis des souches. Le cas est fréquent sur cette parcelle composée essentiellement de châtaigniers et de robiniers faux acacias. La volonté du technicien forestier est d'amener à bon terme les individus à fort potentiel et de favoriser le semis naturel. « Les rejets de souches poussent sur des arbres qui ont une centaine d'années, donc qui n'ont pas connu l'évolution climatique actuelle. Dans trente ans, ils seront inadaptés. Un semis naturel permet cette lente adaptation». En même temps, conserver plusieurs étages de végétation favorise la diversité des essences et la protection solaire du bas des troncs de ceux qui sont déjà grands. Ainsi, on évite la formation de branches basses sur les troncs, préjudiciables à une utilisation ultérieure en bois d'oeuvre. Compensation volontaire Cette première intervention est coûteuse, explique Jean-René Laurent. Quand le terrain est plat, nous sommes tout juste à l'équilibre financier, et déficitaire quand le terrain est en pente, ceci parce que nous ne pouvons le valoriser qu'en bois énergie, c'est-à-dire en plaquette pour le chauffage. Les prochaines interventions dans trois ou quatre ans, nous permettrons de tirer des piquets et quelques grumes. Financièrement, le propriétaire sera sur un cercle plus vertueux ». C'est donc en ce début de cycle qu'intervient l'action de la banque Neuflize OBC. « Nous n'avons aucune obligation règlementaire, explique Béatrice de Montleau, directrice développement durable au sein de l'établissement financier. Mais notre maison mère hollandaise est sensibilisée à ces questions et quand nous leur avons proposé d'intervenir directement dans le développement de forêts françaises, géographiquement plus proches pour nos clients hexagonaux, ils ont été emballés. Ainsi, depuis quatre ans, nous mesurons nos émissions de carbone : le chauffage des bâtiments, les déplacements des collaborateurs... nous avons tout converti et nous avons obtenu un résultat de 3 200 tonnes de carbone émis par an. Nous compensons cela par le geste financier adressé à l'ASLGF. Le montant correspond au suivi de 40 hectares de forêts gérées durablement ». Cette intervention pourrait débloquer les projets de nombreux petits propriétaires forestiers freinés par le coût des premières interventions. « Votre confiance nous oblige, avoue Claude Desrieux, président de l'ASLGF du Bas Dauphiné. Par ce geste, nous sommes engagés pour 30 ans, nous devons également réaliser des travaux exemplaires et la gestion de l'association devra être sérieuse pour attirer et intégrer des propriétaires jeunes qui assureront notre relève ». @legende:1348477897.jpg : Des représentants de la banque donatrice, des élus locaux et des propriétaires forestiers sont venus s'informer sur la remise en valeur d'une forêt gérée durablement. @legende:1348478061.jpg : Le débardage est opéré depuis le chemin, sans pénétration des engins afin de ne pas dégrader les sols. Les arbresenlevés seront tous transformés en plaquette forestière après cette première coupe, d'où le déficit engendré par cette première intervention. @legende:1348478062.jpg : Seuls les bois d'avenir sont gardés. Les 8m3 de croissance annuelle par hectare se reporteront sur ceux-là. @legende:1348478064.jpg : Les départs de souche sont sévèrement triés afin de favoriser à l'avenir les semis naturels, mieux adaptés aux nouvelles conditions climatiques.