Nicolas Traynard, sélectionneur pour l'équipe charolaise
Au village des Côtes-d'Arey, la famille Traynard élève des vaches depuis cinq générations. Au départ tournée vers les vaches laitières, l'exploitation tenue à l'époque par le père de Nicolas Traynard a opté pour les vaches allaitantes, des charolaises. Installé en 2003, associé avec son père en 2010, il élève seul une cinquantaine de charolaises depuis la retraite de son père en 2016. « C'est dur de trouver des gens qui veulent s'associer. Souvent ils préfèrent s'installer en individuel. Et puis c'est compliqué d'intégrer quelqu'un d'étranger dans une entreprise familiale », avoue l'éleveur. Pour anticiper le départ à la retraite, il a travaillé sa stratégie en choisissant entre augmenter la taille du troupeau ou miser sur la sélection génétique. « Aujourd'hui, on a entre 20 et 25 vêlages par an. Je réfléchissais à passer à 40 vêlages mais cela voulait dire de l'investissement dans le bâtiment et le matériel. J'ai cherché la valeur ajoutée ailleurs ». Depuis 2013, il s'intéresse ainsi à la sélection.
Dimanche 25 août, l'éleveur présentera quatre vaches au concours départemental de Saint-Chef. « Avec la sélection, j'ai gagné en poids carcasse, et mon exploitation est plus performante », se félicite l'éleveur. Pour faire sa place dans ce monde très sélect, il a opté pour des lignées de vaches sans cornes, grâce au conseil d'un technicien XR Repro. « J'aime pas trop écorner les vaches. C'est un stress en moins pour moi et pour elles », explique-t-il. Il vend sa viande en steak hâché surgelé directement à partir de l'exploitation ainsi que quelques carcasses à des particuliers.
Vaches sans cornes
Pour le concours départemental, son choix s'est porté sur Nuée, une génisse de 30 mois qui doit vêler en décembre, et sur Pistache, Papillote et Praline, trois jeunes femelles qui seront sevrées au moment du concours. Les trois jeunes repartiront ensuite pour concourir à la foire de Beaucroissant.
Nuée et une des trois jeunes sont des « sans cornes », sélectionnées par l'éleveur. Elles défileront dans leur catégorie charolaise comme les autres cornues écornées. « Pour les puristes de la race bovine, il faut prendre en compte la couleur des cornes, leur orientation, mais il y a de la demande pour les vaches sans cornes alors il faut y aller », explique l'éleveur. Certains éleveurs le testent pour une partie de leur troupeau, d'autres misent tout, comme le fait l'éleveur des Côtes-d'Arey, avec plus de 80% du troupeau sans cornes.
Ce gène est un des critères prioritaires dans le fonctionnement de son exploitation mais il n'est pas le seul. « Je prends en compte le développement squelettique, le développement musculaire, la quantité de lait pour les veaux et la docilité des animaux. Car un animal qui a peur est un animal qui peut blesser ». Il ne s'empêche donc pas d'utiliser des taureaux cornus pour apporter du brassage génétique. Son objectif est d'élever des reproducteurs.
Communiquer avec les enfants
La sélection génétique est une piste de développement de l'exploitation mais elle a aussi un coût. « Acheter de la génétique coûte cher. Tu capitalises sur ta ferme et tu as un retour sur investissement tardif. L'inertie du monde agricole est différente de celle des autres secteurs », détaille Nicolas Traynard.
Avec ses 100 hectares de céréales et 40 hectares de prairies, il assure les besoins de son troupeau. Les reproductrices pâturent d'avril à début novembre et les génisses, de mars à fin novembre. Et cette image bucolique d'animaux au pré, il l'aime bien la valoriser : « Je ne suis ni un apprenti-chimiste, ni un bourreau d'animaux ». Cette année, il s'est rendu dans la classe de primaire de son fils pour parler de l'agriculture, hors des manuels scolaires. Il aimerait faire venir les jeunes dans sa ferme, pour « parler concret », mais les questions d'assurance bloquent un peu les possibilités. Qu'à cela ne tienne, il retournera probablement en classe l'année prochaine.
Virginie Montmartin
Parler au petit consom'acteur
Nicolas Traynard a passé 1h30 dans une classe de primaire pour répondre aux questions des enfants concernant l'agriculture. Et il y en a eu beaucoup !
« Je leur ai demandé « A quoi sert l'agriculture ? ». Pas un ne m'a dit que c'était pour produire de la nourriture. C'est pourtant notre vocation première ! ». L'éleveur de charolaises des Côtes-d'Arey s'est prêté à l'exercice de la vulgarisation face à des élèves de primaire. Loin des manuels scolaires, il a voulu leur faire découvrir l'agriculture, celle qui produit leurs repas quotidien. Et il n'a pas été déçu. « 9 enfants sur 10 mangent des céréales et ils ne savent pas qu'elles viennent d'un champs ». Alors ils a répondu à la pluie de questions et repris les bases, sans éviter aucun sujet : les engrais, les produits phytosanitaires, le bien-être animal... « On explique qu'on est les premiers consommateurs de notre production donc je ne vais pas empoisonner ma famille ! les produits phytosanitaires coûtent cher et on ne les utilise pas si on peut l'éviter. »Besoin de parler« Donner 1h30 ne met pas en péril la rentabilité de l'exploitation mais cela aide beaucoup l'image de l'agriculture », explique-t-il même s'il comprend aussi ceux qui n'aiment pas raconter ce qu'ils font ou même qui ne se sentent pas de le faire. « Il faut adapter son langage, être à l'aise et essayer d'être objectif. C'est un moyen de se confronter ».Et si on ne se sent pas capable de faire le premier pas vers le public, il ne faut pas faire marche arrière non plus. « Si on tient nos fermes fermées, c'est que l'on a quelque chose à cacher. Et je n'ai rien contre le fermes pédagogiques mais ce n'est pas le reflet d'une ferme de production ». Le besoin d'échanger se fait d'autant plus sentir à l'heure des réseaux sociaux où les fausses informations circulent plus rapidement. « J'aimerais intervenir auprès d'élèves de collège, 4ème ou 3ème car ce sont eux qui voient des choses sur les réseaux sociaux et commencent à relayer les informations ».VM