Noix bio : sauter le pas ?
En Isère, 1 100 hectares de noyers sont certifiés bio ou en conversion en 2018, sur les 8 000 hectares de noyers du département. Parmi ce millier d'hectares, 300 d'entre eux entament leur première année de conversion. Afin de faire découvrir cette filière en expansion, la chambre d'agriculture et la Senura ont organisé une journée dédiée à la noix bio le 30 juillet. Franck Adiard, à La Rivière, a entamé sa conversion bio depuis 2016 par conviction personnelle. Cette année, sa production sera donc en agriculture biologique. « En bio, il n'y a pas de baisse de rendement mais on est moins régulier sur le calibre des noix. On doit fractionner les apports en intrants car on est plus dépendant du climat qu'en conventionnel. Et parfois on arrive trop tard pour avoir le bon calibre », explique Ghislain Bouvet, nuciculteur en bio à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. Le coût de la fertilisation n'est pas non plus le même, « passant du simple au double avec le passage en bio », selon Franck Adiard.
Un cahier des charges unifié
Mais quand le choix est fait, il faut se poser quelques questions et entamer sa conversion étape par étape. « Vous pouvez la faire tout au long de l'année. Certains le feront en début de récolte, d'autres à la fin », explique Ghislain Bouvet. Certains intéressés se sont interrogés sur la mixité des cultures conventionnelles et celles en agriculture biologique. La mixité entre les variétés lara et franquette est généralement acceptée mais selon les retours de certains nuciculteurs, des organismes certificateurs font preuve de réticence. « Ils sont tous sous le même cahier des charges de l'agriculture biologique unifié au niveau européen », rappelle Marie Mallet, chargée de mission à la chambre d'agriculture de l'Isère. Elle conseille donc de comparer les organismes certificateurs car certains sont plus spécialisés en fonction des types de cultures. Ensuite, il est possible d'obtenir une aide à la conversion d'une durée de 5 ans ainsi qu'une aide à la certification pour trois ans.
Noix en demande
En plus de sa conversion en bio, Franck Adiard a aussi entamé la transformation de ses cerneaux et le développement de sa marque « Des trucs à la noix ». Il est en atelier de transformation chez un collègue deux jours par semaines pour préparer des cerneaux de noix épicés qui « permettent de valoriser les petits cerneaux et les écarts de tri ». La vente de ce type de produits augmente mais sur le marché, on lui demande souvent si ces produits sont bio. « Maintenant, je pourrais répondre oui », se réjouit-il. Car en plus de l'amont et des changements que le passage au bio peut engendrer pour l'exploitation, il faut songer aux débouchés. Certains sont enthousiastes au vu de la demande croissante. Pour d'autres, l'avenir est incertain. « Des gros besoins en bio ? Pour les petits calibres en bio, ok, mais des gros calibres, c'est difficile à vendre. Et puis il y a le repli du marché cette année et la concurrence des Etats-Unis et du Chili... il faut anticiper la valorisation et être très prudent sur l'équilibre entre production et demande », analyse Christian Nagearaffe, secrétaire du Comité interprofessionnel de la noix de Grenoble (CING). Pour Marie Mallet, c'est là qu'il faut une organisation de la filière. « La conversion est une initiative individuelle mais les agriculteurs sont engagés dans une filière donc c'est important que ces choix soient concertés ».
Marché de niche
Pour savoir vers quoi avancer, il faudrait connaître davantage la façon de consommer les noix. Mais, face à un marché de niche, il est difficile d'avoir des chiffres des tendances de consommation. Du côté du consommateur, dans un marché étroit, il est difficile aussi de connaître le produit... « Si on ne baigne pas dans ce milieu, on ne sait pas », confirme la directrice commerciale de l'entreprise Rousset. La communication a cependant un coût et le CING a rappelé ses choix : « La communication a été faite sur l'obtention de l'AOP mais peu sur les bienfaits du produit », avoue Christian Nagearaffe. Pour la représentante de Rousset, « C'est dommage car la noix a tout pour correspondre aux demandes du public en termes de santé ».