Nom d'une turbine !
Il faut remonter la vallée de la Romanche et de l'Eau d'Olle, laisser le chapelet de petites centrales, franchir la retenue du Verney pour arriver à l'usine hydroélectrique de Grand'Maison qui abrite le musée EDF Hydrélec. Ici l'hydroélectricité développe la puissance de deux tranches nucléaires. « Grand'Maison est l'usine hydroélectrique la plus importante de France », rappelle Michel Vogien, le directeur de l'unité de production hydraulique Alpes. Cet équipement exceptionnel a été construit il y a 30 ans. « C'est une industrie ancienne, mais qui revient au goût du jour parmi les énergies renouvelables », poursuit le directeur de l'unité de production. En témoigne en aval, le chantier de Gavet où une seule usine remplacera les six précédentes.
Le seul musée français
L'Oisans est un des berceaux de l'hydroélectricité, qui a favorisé le développement de ses vallées. Il était naturel qu'elles abritent un musée dédié. « C'est un centre d'information qui s'est transformé en musée », explique Michel Vogien. « A l'époque, Grand'Maison était aussi visitable, mais cela n'est plus possible depuis la mise en place des plans Vigipirate », reprend Charles-André Zurcher, président de l'Association pour le développement du musée EDF Hydrelec et ancien maire d'Oz-en-Oisans. Mais au fil des décennies, le seul musée français consacré à l'hydroélectricité - il n'y en a que quatre dans le monde - devenait vieillissant. « Nous nous sommes posés la question de son avenir, avance Claude Welty, responsable du pôle espaces, musées et patrimoine de la Fondation EDF. Comment redonner vie et développer ce musée, qui en vingt ans avait accueilli 400 000 visiteurs ? ». Soucieuse de la conservation de son patrimoine, EDF s'est d'abord engagée, grâce à la création de l'association du musée en 2005, dans des travaux préparatoires, avant de fermer les lieux en 2011 pour refaçonner l'ensemble du bâtiment.
Dans sa vallée
Trois ans de travaux et une enveloppe de 1,7 millions d'euros ont été nécessaires pour reconfigurer cet espace de 1 000 m2 sur trois niveaux. Concrètement, il s'agissait d'améliorer l'accueil des visiteurs, de faire évoluer le parcours scientifique, de mettre l'accent sur la dimension pédagogique en ajoutant « une dimension poétique et humaine », d'apporter de nouveaux outils de médiation et enfin, de rendre le musée accessible à tous les publics. De quoi redorer son blason de Musée de France.
Le musée Hydrelec ne se contente pas de stocker plus de 150 tonnes de matériel et ses fameuses turbines Francis ou Pelton. Au cœur de l'Oisans, il participe à l'enrichissement de l'offre touristique locale. « Il est un des leviers du développement économique, mais aussi de la culture scientifique et technique de la vallée », estime Michel Vogien. En ce sens, l'animation du musée se veut large et ouverte sur l'extérieur, à l'image des Journées du patrimoine, de l'énergie, de la participation à la Nuit des musées, ou encore aux Journées mondiales de l'eau qui se dérouleront en mars prochain. Sont également organisées, deux fois par an, des expositions temporaires. « Les mondes électriques », sont programmés au printemps, tandis qu'une exposition collective, avec le réseau des musées de l'Isère, est prévue début 2016. Quant au public, « des écoles d'ingénieurs aux scolaires, nous sommes capables de nous adapter à toutes les demandes », insiste Claude Welty. Les responsables du musée ont en effet conçu une offre sur-mesure depuis l'accompagnement des groupes, avec la possibilité d'ateliers, jusqu'au parcours en libre-service à travers les îlots de science.
Isabelle Doucet
Ils ont inventé la roue
Le clou du spectacle est sans doute la roue Pelton à 22 augets issue de la centrale du Verney. Fabuleuse sculpture en acier inoxydable qui date des années 90, elle a été modelée par l'eau turbinée pendant 20 ans. Le fonds de l'exposition compte ainsi 450 objets, le plus souvent issus de l'Arc alpin, dont le plus ancien est une machine magnéto-électrique de Clarke de 1835. D'autres sont plus insolites ou emblématiques, comme un traité sur les Architectures hydrauliques ou l'art de conduire, d'élever et de ménager les eaux pour les différents besoins de la vie, daté de 1737.Sur trois niveaux, ce sont environ 70 objets, foules de turbines, de générateurs, de dynamos ou de vannes qui ont été mis en scène suivant un parcours qui se veut historique, technique et scientifique. Pourquoi ne pas commencer par la pyramide du temps où le visiteur cheminera à travers le cycle de l'eau depuis l'Antiquité et l'évolution de la maîtrise de l'énergie hydraulique, avec notamment la reconstitution d'une noria asiatique ? Le musée est aussi riche de maquettes originales qui en font sa singularité, comme celle des usines électrométallurgiques de Livet-et-Gavet.
En descendant d'un niveau, les machines se font plus imposantes et parlent d'un univers de métal conçu pour dompter la force de l'eau. On y retrouve les noms des grands industriels de la région : conduites forcées, vannes, turbines ou alternateurs fabriqués par Bouchayer-Viallet, Merlin Gerin ou Neyrpic. Mais il faut des hommes pour dompter ces éléments et piloter ces cathédrales. Affiches, postes, matériel portable témoignent du quotidien des agents des centrales. Enfin, dans les entrailles, trônent trois monstres. Des groupes turbo-alternateurs complets ainsi qu'un pupitre de commande tout droit tiré du XIXème siècle. Ici, la centrale vit, elle est prête à vrombir. Place au son et lumière.ID