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Ravageur

Non, ce n'est pas un sanglier !

Des pieds de maïs couchés sur plusieurs dizaines de mètres carrés. Ah sacré sanglier... L'expert arrive, le verdict tombe : ce n'est pas un sanglier, mais un blaireau. L'agriculteur ne sera pas indemnisé.
Non, ce n'est pas un sanglier !

Des conditions de chasse particulières

Un animal nocturne, une viande peu recherchée... Bien que le blaireau ne soit pas une espèce protégée, mais une espèce dit « chassable », il séduit peu les chasseurs. « C'est un peu un animal à part », rapporte Yves Thuillier, lieutenant de louveterie. Contrairement au sanglier et autres espèces de grand gibier soumises à un plan de chasse, les dégâts causés aux cultures par le blaireaux ne sont pas indemnisés par les fédérations départementales des chasseurs... et contrairement aux animaux classés comme « nuisibles » (1), comme le renard, la fouine et la belette, il n'est pas chassable tous les jours pendant la période de chasse, qui s'étend de septembre à février, mais seulement quelques jours par semaine. Autre difficulté : la chasse est interdite la nuit, et le blaireau sort la nuit. Un animal qui est donc principalement régulé... par les accidents de la route, estime Yves Thuillier, mais certains arrêtés préfectoraux permettent l'intervention des lieutenants de louveteries, en cas de dégâts observés trop importants.

 Davantages d'arrêtés préfectoraux

« Les problèmes dus aux blaireaux ont augmenté aux alentours de 2005, estime Yves Thuillier. Cette année, il y a eu davantage d'arrêtés préfectoraux pour permettre de réguler l'espèce par rapport aux années précédents, non pas à cause de dommages plus importants, mais parce que les agriculteurs ont pris davantage les devants pour faire des demandes au préfet. » Le blaireau peut manger les graines de maïs au stade laiteux, bien que ce ne soit pas sa source principale d'alimentation. « J'ai déjà vu des maïs couchés par le blaireau sur des surfaces de cercles de 20, voire 30 mètres de diamètre », affirme André Coppard, installé à Saint-Savin (38). Si on a déjà fait du maïs l'an passé, le blaireau vient au printemps et creuse des trous pour chercher les fusées de l'an passé, rendant parfois difficile le passage des outils agricoles. Il peut aussi manger les grains qui viennent d'être semés. Pour le sanglier, dont les dégâts peuvent être confondus avec ceux du blaireau, les indemnités sont payés par le compte « dégâts » de la fédération départementale des chasseurs de l'Isère (FDCI), car les chasseurs sont considérés comme responsables de sa régulation, tout comme pour les espèces de grands gibiers (cerfs, chevreuils, chamois, mouflons), soumis à plan de chasse, contrairement aux lièvres, lapins et blaireaux. Les dégâts de blaireaux, bien qu'ils ne soient pas indemnisés, peuvent être signalés à la préfecture. Selon l'importance des dégâts, un arrêté préfectoral peut donner l'autorisation aux louvetiers de chasser l'animal.

Piégeage

Les conditions de chasse sont assouplies. Les louvetiers peuvent par exemple tirer le blaireau la nuit. « Ce n'est pas la méthode la plus efficace, explique Yves Thuillier, car il nous arrive de pas en repérer. » Selon lui, la meilleure méthode est le piégeage, en plaçant des collets à la sortie du terrier. Une méthode simple, mais qui demande de surveiller les pièges régulièrement. Les louvetiers ont ainsi le droit de mandater des piégeurs agréés en complément de leur action, affirme Jean-Luc Bourgeat de la direction départementale des territoires (DDT). Sans cela, les piégeurs n'ont aucun droit en dehors de la période de piégeage autorisée. Une autre méthode est le déterrage, ou la vénerie sous terre, consistant à repérer le blaireau grâce à des chiens pour ensuite creuser directement dans le terrier et le tuer. Elle est autorisée du 15 septembre au 15 janvier. « Je pense qu'il faudrait donner aux agriculteurs un outil plus efficace pour faire remonter l'information, aux chambres d'agricultures ou aux comités locaux, pour pouvoir comptabiliser et estimer les dommages dans le département, et ainsi adapter les arrêtés de régulation aux besoins des agriculteurs », affirme Yves Thuillier, défendant une chasse modérée, permettant de concilier activités humaines et durabilité des espèces. Et ne pourrait-on pas indemniser les agriculteurs ? « Le problème, c'est que de moins en moins de chasseurs sont agriculteurs et vice-versa », précise Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère. Cette année, la chambre d'agriculture a décidé de rembourser les collets aux louvetiers.

Magali Seyvet

(1) La qualification de « nuisible » vaut pour trois ans. Le sanglier n'est quant à lui pas classé dans la catégorie nuisibles sauf sur décision préfectorale.

 

Qu'est-ce qu'un lieutenant de louveterie ?

Lieutenant de louveterie - ou louvetier, n'est pas un métier. C'est un « fonctionnaire bénévole, conseiller technique de la direction départementale des territoires (DDT) et de la préfecture. Il a donc une mission de service public, en matière de régulation de la faune sauvage, rapporte Yves Thuillier. Nous agissons pour la régulation des espèces nuisibles ou en surnombre dans le cadre du respect de la sécurité publique, et du fond et fruit de l'agriculteur. » Les louvetiers sont des agents assermentés par le préfet, et leur conditions d'intervention sont plus souples que les chasseurs. Environ quinze louvetiers sont présents en Isère. Accidents de la route, maladies, dégâts sur les cultures... La faune sauvage doit être régulée. Mais l'intervention des louvetiers est très réglementée, et n'est permise que sur arrêté préfectoral, en cas de trop forte pression animale. Nommé pour cinq ans, il porte un insigne et uniforme réglementaire durant ses interventions, et un territoire spécifique lui est attribué. Il peut aussi constater les infractions à la police de la chasse et réprimer le braconnage.

 

Fiche d'identité du blaireau

- mammifère
- ominivore, alimentation variée
- sédentaire
- nocturne
- habitat : forêt
- habitation : terrier
- reproduction : de janvier à mars
- poids : 8 à 17 kg
- longueur : 0,7m à 1m
- blaireau européen, nom scientifique Meles meles
- Il appartient à la famille des mustélidés, proche parent de la martre, de l'hermine, de la belette et de la loutre.
- Il serait apparu il y a environ 40 millions d'années.