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« Nous devons retrouver de l'économie dans l'ensemble de nos filières »

Jérôme Crozat, qui succède à Pascal Denolly à la tête de la FDSEA de l'Isère.
« Nous devons retrouver de l'économie dans l'ensemble de nos filières »

Le bureau de la FDSEA de l'Isère vient de vous élire comme président. Qu'est-ce qui vous a motivé pour prendre la suite de Pascal Denolly ?

Etre président, c'est d'abord une responsabilité à prendre auprès des agriculteurs, des filières et de l'ensemble des territoires, que ce soit en zone de plaine ou en zone de montagne. Ce qui m'a décidé, c'est qu'aujourd'hui, nous avons bon nombre de filières en crise : il y a du travail pour retrouver de l'économie dans l'ensemble de nos filières, où nous nous sommes fait voler une partie financière par l'agroalimentaire qui est hyper puissant en France. 

A quels projets allez-vous vous atteler ?

Nous allons continuer à suivre le dossier des EGA et de la loi pour l'équilibre des relations commerciales. Nous allons aussi faire en sorte que les agriculteurs se réapproprient leurs filières. L'industrie agroalimentaire s'est accaparé une partie de notre rémunération. Elle a également aussi géolocalisé les habitants de la planète pour déterminer où il faut aller produire tel et tel produit. Par contre, nous, nous sommes un peu absents en tant que producteurs. Nous avons également un peu délaissé le savoir-faire de la transformation. Je suis apporteur de lait chez Danone : je vois qu'un pot de yaourt nature est à 100% « issu d'un lait français ». Par contre, il y a beaucoup de poudre de lait, mais on ne dit pas si cette poudre est française ou européenne. C'est pour cela qu'il faut qu'on se réapproprie la méthode de transformation. On peut décliner cet exemple dans toutes les filières. Aujourd'hui 20 à 30% de notre blé est panifié ou panifiable, il rentre dans des biscuits ou de la farine. De la valeur ajoutée est produite, mais elle n'est pas redistribuée aux agriculteurs à la hauteur de ce qui serait souhaitable. Et on est tout le temps indexé sur les cours mondiaux.

Concrètement qu'est-ce que ça veut dire « se réapproprier les filières » à l'échelle d'un syndicat ?

Le travail de réappropriation, ce n'est pas que le syndicalisme. C'est aussi celui de chaque agriculteur. Quand les gens vont négocier leurs prix, il faut qu'ils aient un vrai argumentaire et qu'ils puissent suivre les produits pour aller chercher la valeur ajoutée. Il faut aussi arriver à rebâtir, via le Département, grâce au Pôle agroalimentaire, une segmentation, par exemple via la restauration hors domicile. On peut glisser des produits isérois, qu'on peut aussi transformer en partenariat avec différentes entreprises, privées ou coopératives. Par contre, il ne faut plus que nous soyons de simples producteurs de lait ou de céréales. Si l'objectif pour nous, c'est d'aborder le marché mondial, je suis désolé, mais ça ne suffira pas : deux années sur 10 il y a du prix, mais pas les huit autres !

Dans un an se profilent les élections à la chambre d'agriculture. Derrière quel projet avez-vous envie de rassembler les agriculteurs ?

Déjà, nous allons les rassembler sur le travail que nous avons mené pendant six ans, que ce soit l'appui à la vente directe, l'irrigation ou encore la défense du foncier. Nous aurons des concurrents, bien sûr, mais il y a aura une liste JA-FDSEA qui regroupera l'ensemble des personnes qui ont envie de continuer le travail qui a été fait.

Un message aux agriculteurs ?

Je souhaite que chacun continue de s'investir son exploitation, mais qu'il s'investisse aussi plus largement, en essayant de partager des projets avec d'autres agriculteurs, via les filières ou différents dossiers, comme l'irrigation, la méthanisation ou la création d'outils pour retrouver de la valeur ajoutée. Pour cela, il faudra bien que l'on se parle, que l'on fasse abstraction de nos divergences de vue. Que l'on soit dans un syndicat ou dans un autre, nous aurons à réfléchir sur la manière de structurer la recherche de valeur ajoutée et de débouchés dans chacune de nos filières, grâce à du partage de travail, de sens et d'organisation.

Cette ouverture va-t-elle également se faire en direction du public ?

Quand on est producteur, de produit alimentaire ou non, il faut qu'on se soucie en premier lieu de nos voisins. Bien entendu, parfois, ceux-ci peuvent être incohérents : ils veulent des produits de qualité, mais ne veulent pas les payer. Il faudra qu'on intègre une dimension pédagogique dans notre propos, en expliquant que la qualité a un prix et que l'alimentation reste la première médecine. C'est une politique de santé qui coûte moins cher à la société qu'un régime déséquilibré. Pour nous, les consommateurs, qu'ils habitent en milieu rural ou en ville, ce sont des voisins à qui on doit fournir en priorité des produits. Mais pas que pour le repas du dimanche !

Propos recueillis par Marianne Boilève