Nouvelle ère glaciaire
L'un porte des bottes, l'autre une charlotte. Frédéric 31 ans, et Franck Terrier, 29 ans, ne « sont pas toujours dans les pattes l'un de l'autre » dans l'exploitation familiale, affirment-ils. L'idée des glaces que Franck Terrier gardait bien au chaud depuis une dizaine d'années, par intérêt pour la pâtisserie, s'est concrétisée fin 2015, quelques mois après qu'il ait rejoint son frère, installé depuis 2012. Cette activité supplémentaire mais aussi complémentaire, leur permet de valoriser 2 000 litres de lait, sur les 300 000 litres produits par leur quarantaine de montbéliardes.
Pas seulement par gourmandise
Franck Terrier n'est pas un grand adepte du fromage, et penche plus pour les glaces. Au-delà de cette préférence gustative, produire ces gourmandises s'est révélé être nécessaire pour dégager un complément de revenu permettant l'installation du cadet. Le bâtiment d'élevage étant au maximum de sa capacité d'accueil, la solution a été la diversification, plutôt que l'agrandissement du troupeau, afin de dégager davantage de valeur ajoutée. La proximité du lac de Paladru, une des attractions touristiques du pays voironnais, a également pesé dans la décision : leur glace, la « Divine glacée » - nom en référence à une vache du Gaec - est proposée sur la carte des restaurants Beau rivage et L'envol au vent, situés au bord du lac, ainsi que dans certains camping aux alentours. La Divine est également exportée en ville, à Bourgoin-Jallieu : au restaurant Fleur de sel, et à la Halle paysanne. Particuliers et marchés fermiers font aussi partie des circuits de commercialisation. En revanche, l'idée d'un magasin de vente directe a vite été abandonnée : « La transformation prend déjà beaucoup de temps, affirme Franck Terrier. Durant l'été, il m'arrive de passer toute la semaine dans l'atelier de transformation, pendant que mon frère s'occupe du troupeau. »
L'entrée avant le dessert
Avant d'entamer la production de glaces, Franck Terrier a suivi une formation. Titulaire d'un BTS agricole, il s'est de nouveau retrouvé derrière un bureau, à l'Ecole nationale de l'industrie laitière agroalimentaire en Charente-Maritime, trois avant avant de s'installer. Un apport théorique de deux semaines, complété par un stage de même durée chez un artisan glacier en Ardèche. « Je sens parfois qu'il me manque des connaissances. Et c'est le début, tout est à faire. Acheter le matériel, démarcher les clients, trouver des fournisseurs. Cela a un coût : 50 000 euros, dont la moitié uniquement pour acheter l'ensemble pasteurisateur / turbine à glace. Il faut aussi se renseigner sur les normes sanitaires et le dosage des ingrédients, et réfléchir aux saveurs...» Neuf parfums sont proposés, dont « Chartreuse » et « vanille-noix », des petits clins d'œil au territoire isérois. Franck Terrier n'utilise pas d'arôme, ni de colorant. « On essaye de faire un produit de qualité, pour répondre aux attentes des consommateurs. Et on se met aussi à leur place » rapporte-t-il. La durée de cette nouvelle ère pour l'exploitation familiale dépendra « de l'évolution du marché des glaces, mais aussi et surtout de celui du lait », conclut Franck Terrier, en évoquant la crise laitière.