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Solidarité

« On cherche d’abord à aider la personne avant la structure »

ACTU VUE PAR/ Philippe Allagnat, président de l’association Ecout’agri 38. L’exploitant agricole évoque l'activité du service d’écoute bénévole .
« On cherche d’abord à aider la personne avant la structure »

Comment se passe le premier contact avec Ecout'agri 38 ?

Dans le cadre d'une exploitation en difficulté, nous ne prenons pas d'initiative. Il faut que la personne concernée soit vraiment demandeuse d'un appui. Il y a donc un premier appel durant lequel on parle avec la personne cerner son urgence. Ensuite, on prévoit un premier rendez-vous physique. Mais on ne gagne pas à tous les coups, il faut parfois toucher le fonds pour mieux se relever. Souvent, quand on nous appelle, il est déjà presque trop tard, la situation est très avancée. Le but est surtout de faire descendre la pression. Le premier rendez-vous physique est vu comme une échéance et les personnes tiennent généralement jusque-là. On cherche d'abord à aider la personne plutôt que la structure. Mais cela va de pair donc nous la mettons aussi en relation avec d'autres organismes pour un accompagnement juridique ou financier.

Quels types de situation rencontrez-vous ?

C'est généralement lors d'une maladie, d'un accident de travail ou encore pour des problèmes de voisinage ou de Gaec qu'on nous contacte la première fois. En fonction de la situation, cela peut aller d'un simple coup de fil à plusieurs mois de suivi voire d'années. Quand on est la tête dans le guidon, au cœur du problème, on ne peut rien faire. Quand on est un tiers, on voit les points de blocage. Par exemple, dans le cas d'une séparation des membres d'un Gaec, nous rencontrons chacun des associés et nous les mettons ensuite autour d'une table pour échanger. Ce n'est pas une discussion facile, le but est qu'ils soient plus sereins pour signer l'acte de séparation.

Lors de votre dernière assemblée générale, vous avez choisi d'aborder le thème de la transmission. Pourquoi ce choix ?

On voulait parler de la difficulté de transmettre. Quelle place le successeur prend dans l'exploitation ? Comment seront transmis les outils de travail, le terrain et la maison ? Ce sont souvent des points mal discutés au moment des faits et cela resurgit vingt ou trente ans après... On voulait donc réfléchir en assemblée générale sur la médiation à mettre en place dans ces cas-là.

Certaines structures comme la MSA ont aussi des services d'écoute pour les agriculteurs. Comment vous situez-vous par rapport à eux ?

La MSA a un numéro d'écoute mais les agriculteurs n'osent pas toujours les contacter. Ils font quelquefois l'amalgame entre le service d'écoute et la structure auprès de laquelle ils ont des dettes. Nous sommes donc une structure bénévole ce qui crée une ouverture du dialogue. L'écouté est anonyme durant le premier appel. Nous, nous donnons notre identité, et s'il nous connaît personnellement, il peut demander à changer d'écoutant. La proximité n'est pas toujours la bienvenue dans ces cas-là.

Ce sont des situations difficiles pour les écoutés mais également pour les écoutants. Comment gérez-vous cela au sein de l'association ?

Nous sommes une trentaine d'écoutants, dont une quinzaine d'actifs. Nous allons toujours à deux sur place. Nous n'entendons pas les mêmes choses et on a besoin d'en rediscuter entre nous. Nous faisons également des soirées de lecture entre écoutants où on expose les deux ou trois situations les plus tendues afin de trouver des pistes de solution ensemble. Nous suivons également des formations, quatre à cinq jours chaque hiver sur les thèmes de l'écoute, des procédures judiciaires, des sciences humaines. Nous sommes d'anciens exploitants ou des personnes ayant un lien avec l'agriculture et n'avons pas reçu ce type d'enseignement pour la plupart. Ces formations sont basées sur notre vécu d'écoutant et cela nous permet d'échanger entre nous. Malgré tout, on recherche quatre ou cinq nouveaux écoutants car certains ont déjà beaucoup donné à Ecout'agri.

Propos recueillis par Virginie Montmartin