On passe en bio ? Ou pas ?
Naturellement, ils n'en sont pas très loin. C'est d'ailleurs pour celà qu'ils s'interrogent sur l'opportunité de passer leur exploitation, orientée sur l'élevage allaitant de charolaises, en bio. Evelyne Allegret et Gilbert Michallet, deux des trois associés du Gaec de Bellegarde à Chassignieu, ont, depuis qu'ils ont repris l'exploitation familiale en 1992, apporté de nombreux changements à la conduite de la ferme. Il s'agirait simplement d'un pallier supplémentaire. Mais, aujourd'hui, en rythme de croisière, ils pèsent le pour et le contre, car ils ne veulent pas prendre le risque de bouleverser un équilibre laborieusement atteint. Pour les aider dans leur réflexion, ils ont demandé à la chambre d'agriculture de réaliser, en partenariat, avec l'Adabio, un diagnostic de conversion sur ce qui changerait pour eux s'ils franchissaient le cap. Tant dans les aspects techniques, que sur le plan économique.
Peu de changements
La conduite de l'exploitation ne serait pas bouleversée du tout au tout. Loin de là. David Stefany de l'Adabio, à l'origine du diagnostic technique, préconise une diminution du troupeau allaitant de 95 à 75 vaches et sa suite (pour diminuer le chargement et désintensifier le système), et le maintien du système de commercialisation des bêtes (vente des mâles en broutard et d'une partie des génisses à des boucheries traditionnelles). Cette baisse du nombre d'animaux ne serait pas une obligation mais, par rapport à l'autonomie recherchée par les associés et recommandable par les techniciens, plus cohérente. Concernant l'alimentation et la santé du troupeau, peu de changements seraient à prévoir. Evelyne Allegret et Gilbert Michallet récoltent leurs fourrages et sont en auto-production quasi-totale de concentré fermier (mélange de céréales et de pois). L'obligation du cahier des charges de l'agriculture biologique de produire au moins 50 % de l'alimentation des bêtes au sein de l'exploitation ou dans ses environs est donc déjà respectée. Il serait juste plus pertinent de diminuer les surfaces en herbe au profit des cultures, car il est plus intéressant d'être autonome au niveau des concentrés que des fourrages ; ces derniers étant facilement disponibles sur le marché et à un coût bien plus abordable que celui des concentrés. Pour les soins des animaux, les éleveurs font déjà peu de traitements anti-parasitaires. Il faudrait supprimer le vermifuge systématique des bêtes et approfondir le travail de prévention des diarrhées des veaux pour alléger le programme vaccial. En fait, le changement le plus important concernerait la mise en pension de certaines génisses à l'alpage du Sénépi, qui, pour respecter les contraintes réglementaires de séparation des animaux bio des non bio, ne pourrait plus se faire.
9 000 euros de gain potentiel
La traduction économique du diagnostic ne fait pas apparaître de différence majeure non plus. Pendant la période de conversion, l'exploitation pourrait réaliser 9 000 euros de gain annuel supplémentaire. Ils proviendraient moins d'une augmentation des produits (qui resteraient constants, mais avec plus d'aides de la Pac) que d'une baisse des charges liées aux quelques changements de pratiques, comme la supression totale des engrais chimiques et des produits phytosanitaires, ou la diminution des quantités d'approvisionnements liée à la baisse du troupeau. Une fois la conversion terminée, le gain potentiel serait de 4 000 euros supplémentaires, car les aides au maintien de l'agriculture biologique sont inférieures à celles de conversion. A noter que, par précaution, cette simulation a été réalisée sans aucune valorisation supplémentaire de la viande. Et ce n'est pas l'objectif des éleveurs qui, clairement, s'ils franchissent le cap, attendent un prix rémunérateur supérieur à celui de la viande conventionnelle.
Une année de transition
Pour Gilbert Michallet et sa soeur, Evelyne Allegret, la décision ne sera pas facile à prendre, d'autant que cette dernière est à quatre ans de la retraite et qu'un nouvel associé est actuellement recherché pour remplacer son fils, installé en 2011. « En 20 ans, nous sommes arrivés à travailler comme on en avait envie. Ces derniers ajustements sont peut-être les plus difficiles à opérer. Car ce qui était facile à faire, nous l'avons déjà fait », commente Gilbert Michallet. « Pour nous, 2014 est une année de transition avec de nombreuses interrogations. Si les changements de pratique que nécessiterait le passage en bio me font peur, j'estime en même temps qu'il terminerait bien ma carrière professionnelle », ajoute Evelyne Allegret.
Isabelle Brenguier
La commercialisation de la viande bovine bio en filière longue
Convertir son exploitation bovine en bio. Oui. Pourquoi pas ? Mais à condition qu'il y ait une valorisation du produit. C'est un élément sine qua non pour les agriculteurs venus assister aux débats organisés à Chassignieu dans le cadre de la quinzaine de la bio. Mais si certains sont intéressés par le label AB, tous n'envisagent pas la commercialisation de leurs produits en circuits cours. Quelques éléments de réponses concernant la filière longue ont été apportés par Clémence Duplessy, de la société de mise en marché de viandes biologiques Unebio.Volonté d'augmenter partenariats et volumesUnebio couvre, depuis dix ans, tout le territoire et travaille avec 2 300 éleveurs pour abattre et valoriser bovins, veaux, porcs, agneaux et volailles. La volonté de la société est d'augmenter ses partenariats avec les éleveurs et d'accroître ses volumes. Elle cherche à équilibrer la distribution de ses viandes entre les différents secteurs GMS, restauration, boucherie et magasins specialisées. Elle mène une politique de prix la plus constante possible, en toute transparence avec les éleveurs. « Les prix que nous pratiquons, ce ne sont pas les prix du conventionnel plus un petit pourcentage, mais des prix qui permettent la rémunération des éleveurs, constants et assez fixes, déconnectés du conventionnel, mais un peu au-dessus quand même », précise Clémence Duplessy. Pour encourager les éleveurs à planifier leur production de façon à permettre un approvisionnement régulier et diversifié, des primes leur sont octroyées quand ils annoncent à l'avance les bêtes à abattre. Sicarev et Dauphidrom font tous deux partie d'Unebio. Ils respectent les mêmes cahiers des charges et les mêmes grilles de prix.I.B.