Accès au contenu
Terre de sens

Opération communic'action à Frontonas

Organisées par les JA du canton de la Verpillère, la fête et la finale de labour ont attiré près d'un millier de visiteurs. L'occasion, pour les agriculteurs, de communiquer sur leur métier, mais aussi de mettre l'accent sur les dossiers de l'installation, des prix, du foncier et de l'irrigation.
Opération communic'action à Frontonas

Les mains plongées dans le récipient, un gamin s'amuse à faire couler la semoule de blé entre ses doigts. Il écoute à peine ce que les adultes racontent. Pourtant, c'est intéressant. « Nous sommes là pour expliquer au grand public la partie production de notre activité, pour qu'il ait une image différente de l'agriculture, affirme François Chollat. Les gens ne savent pas comment ça marche. Ils en sont encore à l'image de la meule de pierre. C'est important d'apporter une parole et de valoriser ce que font les agriculteurs. »

Le patron de la maison Chollat ne ménage pas sa peine, mais le jeu en vaut la chandelle. Surtout dans une manifestation agricole baptisée Terre de sens. Car, la finale départementale de labour, qui a attiré près d'un milliers de visiteurs, fournit une belle occasion de parler du métier aux non-initiés. Et de rectifier certaines erreurs sur les pratiques ou la règlementation. « On découvre qu'en agriculture, on a un vrai problème de communication », s'étonne Jean-Loïc Toquet, directeur de région à la Coopérative dauphinoise, qui a passé sa journée à parler soja, gluten, légumineuses et gestion de l'azote avec des néophytes.

Un métier en pleine mutation

Ces échanges informels, plutôt décontractés, ne sont pas vains, car certains visiteurs repartent rassurés ou tout au moins ébranlés dans leurs certitudes. « Ça fait du bien de voir que, dans certaines régions comme ici, les agriculteurs sont sensibilisés et ont un autre raisonnement que "je sème, je produis, je vends" », sourit Laure qui vient de discuter longuement avec plusieurs professionnels. Didier, un habitant de Frontonas, se dit lui « un peu rassuré » par les explications fournies sur les pratiques. « Je suis inquiet par rapport aux phytos, avoue-t-il. Quand on voit que la production de miel a été divisée par trois depuis 1995, c'est grave. Mais j'ai appris qu'il y avait des labels mis en place pour les blés et des opérateurs qui travaillent à convaincre les producteurs d'y adhérer, car il y a une demande. Je me rends compte que le métier d'agriculteur est en pleine mutation. »

C'est bien le message qu'ont cherché à faire passer les Jeunes agriculteurs, organisateurs de Terre de sens, rejoints par la profession dans son ensemble. Cependant, a rappelé Laura Budillon-Rabatel, vice-présidente des JA 38, « il ne faut pas privilégier une seule agriculture. On n'a pas tous le même pas tous le même portefeuille et il faut satisfaire tous les budgets. On doit pouvoir l'expliquer aux consommateurs »

Des consommateurs qui se voient désormais proposer des produits alimentaires sous la marque Is(h)ere, une démarche associant qualité et juste rémunération des agriculteurs. « Il faut y aller pour montrer ce que l'on sait faire », insiste la jeune agricultrice. Damien Michallet, maire de Satolas-et-Bonce et vice-président du Département, appuie son propos : « L'agriculture est un pilier et un pilier, ça se soutient, ça s'accompagne. A travers la marque Is(h)ere, ce sont toutes les filières et tous les circuits de commercialisation que nous soutenons. »

Tracer un autre sillon

Le président de la FDSEA, Jérôme Crozat, en profite pour rappeler les enjeux de la démarche. « Nous avons besoin de segmentation, souligne-t-il. Avec la marque Is(h)ere, il ne s'agit pas de concurrencer les circuits courts, mais d'aller chercher des marchés auprès de la restauration hors domicile et de la grande distribution. Les grandes et moyennes surfaces sont en train de se faire attaquer par les géants d'Internet. Nous avons une carte à jouer. » Revenant sur la question des prix, il fait remarquer que « l'industrie agroalimentaire a compressé les prix » et qu'il est temps de sortir de cette logique à sens unique. « Prenons l'exemple de la production laitière, poursuit-il. Moi, je livre à Danone qui est présent partout à l'international, en Russie, au Maroc... Là-bas, ils ont leur vaches. Nous avons besoin de tracer un autre sillon et de contractualiser avec de nouveaux partenaires, des TPE ou de petites coopératives qui ont envie de jouer gagnant-gagnant. C'est important pour redonner le moral aux agriculteurs. »

Précarité intenable

Face aux élus et au directeur adjoint de la DDT, les responsables professionnels s'autorisent également une piqûre de rappel sur les grands dossiers du moment. L'installation bien sûr, mais aussi le TODE, le foncier et l'irrigation. « On ne peut pas être sur les terres du Nord Isère sans en parler, reprend André Coppard, céréalier élu à la chambre d'agriculture. On se bat pour sauver l'irrigation, mais aussi pour préserver le foncier qui fond comme neige au soleil avec tous les grands projets de la plaine de Lyon. Dans le secteur, l'Etat est propriétaire de 1 500 hectares, dont 1 000 de terre agricole. La grande majorité des agriculteurs les travaille sans bail ni sécurité. Ça fait 50 ans que ça dure. C'est intenable. Les services de l'Etat essaient de faire évoluer les choses du bon côté. Il était temps, car ça ne peut plus durer. » Le directeur adjoint de la DDT, Bertrand Dubesset, répond en indiquant que « l'Etat va procéder à des ventes de terrain ». Objectif : « Sécuriser ceux qui les utilisent. » Pas question pour autant de brader les prix. Si certains agriculteurs rencontrent des difficultés de financement, il faudra « étudier des solutions » avec des investisseurs (apporteurs de capitaux, collectifs, associations...) ou des banques pour que personne ne soit « évincé pour des raisons économiques ».  Et si compensations il doit y avoir, celles-ci ne se feront pas au rabais. « Si on supprime de la surface, il faut que le terrain qui subiste soit à haute valeur ajoutée, précise Bertrand Dubesset. Il faut rendre possible des activités comme le maraîchage, par exemple. L'idée est de rendre le parcellaire agricole plus productif au sens agroécologique du terme. Ce qui peut impliquer des aménagements, comme l'installation de l'irrigation par exemple, et le stockage qui va avec. » Dont acte.

Marianne Boilève
Finale de labour

La victoire au sérieux

Concentrée, le visage fermé, Blandine Salamand règle sa charrue au millimètre. Elle jauge ses socs d'un œil expert, remonte sur son Fendt et attaque un nouveau rang. Autour d'elle, un attroupement de visiteurs visiblement admiratifs. Habituée des finales de labour, la jeune femme ne prend pas les choses à la légère. Elle sait que le jury est impitoyable. Rectitude, profondeur, uniformité, régularité, absence d'herbe et de chaume..., tout est rigoureusement mesuré, analysé. Chaque point compte. Et le sérieux paie : au bout de cinq heures d'épreuve, Blandine Salamand remporte la finale haut la main. Et laisse exploser sa joie.
Pour classique qu'elle soit, la compétition n'a rien d'évident. « J'ai commencé les concours il y a 40 ans, confie Gérard Maure, l'un des membres du jury. Aujourd'hui, c'est plus joli, plus sophistiqué, mais aussi plus difficile. » C'est sans doute aussi l'avis de la trentaine de concurrents qui tracent patiemment leurs sillons. Certains avec d'antiques machines (labour à l'ancienne), d'autres avec des engins flambant neufs. Mais pour tous la terre est la même : très friable. « Il faut savoir s'adapter rapidement à la nature du terrain », confie un jeune concurrent. D'autant que la pression monte au fil des heures. Non seulement parce que le temps passe vite, mais aussi parce que le public, nombreux et majoritairement de la partie, pose un œil critique sur le résultat. Les équipes féminines attirent les curieux. Et s'en sortent plutôt bien. Alain s'arrête devant une série de beaux sillons bien réguliers. « C'est plutôt du bon travail. Je n'aurais pas fait mieux », salue-t-il.
MB
Finale de labour
1ère Blandine Salamand (Saint-Victor-de-Cessieu)
2e Bastien Besson (Ruy-Monceau)
3e Alexis Lepinay (Cessieu)
Labour à l'ancienne
1er Richard Raymond
2e Robert Eymerard
3e Sébastien Couvert