Opération séduction à l'abattoir de Grenoble
Les abattoirs de Grenoble ont changé. Trop discrètement sans doute. Pour faire connaître ses nouveaux outils et l'offre de services associée, l'Abag ouvre ses portes à la filière viande le 9 septembre prochain. Eleveurs, bouchers, chevilles, GMS et groupements professionnels sont invités à venir découvrir les équipements rénovés du Pôle viande coopératif du Fontanil. Toute la journée, salariés et administrateurs leur feront visiter les installations, depuis la bouverie, aménagée pour faciliter la circulation et le repos des animaux, et le couloir d'amenée, jusqu'aux nouvelles chaînes d'abattage et la future salle de découpe (encore en travaux). L'occasion de démontrer, preuve à l'appui, l'ampleur des récentes transformations, tant en ce qui concerne la prise en compte du bien-être animal que le confort de travail ou la productivité.
Coup de pub
Cette idée de portes-ouvertes trotte dans la tête des administrateurs de l'Abag depuis un moment. « Beaucoup de gens parlent des abattoirs, souvent en négatif, sans en connaître le fonctionnement, déplore son président, Eric Rochas, éleveur dans le Vercors. Mais à chaque fois que l'on fait visiter l'outil, les clients ressortent avec une opinion positive. » D'où ce coup de pub orchestré avec l'ensemble des partenaires de l'Abag, qui se place désormais comme un « outil territorial au service des acteurs locaux de la viande ».
Avec un peu plus de 2 000 tonnes équivalent carcasses abattues chaque année, dont 75% proviennent d'élevages isérois, difficile de lui contester un tel statut. Le Département, principal financeur avec la Métro, a d'ailleurs annoncé son ambition de faire de l'abattoir « la pierre angulaire du pôle agroalimentaire isérois, qui permettra de regagner de la valeur ajoutée dans un monde agricole extrêmement concurrentiel ».
Une belle perspective car, il n'y a pas si longtemps, l'abattoir était à l'agonie. Repris par un collectif d'usagers en 2013 et présidé par un éleveur extrêmement attentif au bien-être animal, il a fait l'objet d'un plan d'actions et d'investissements importants, consentis par les collectivités qui le soutiennent. Ses chaines d’abattage ont été modernisées, de nouveaux frigos installés et ses coûts d'exploitation fortement réduits. L'abattoir a également musclé son offre de services grâce à de nouvelles prestations (saucisserie, steack haché assaisonné...).
Créer du lien
Les clients pourront en juger par eux-mêmes le jour des portes-ouvertes. Les responsables du Pôle comptent d'ailleurs profiter de ces échanges et de ces rencontres informelles pour créer du lien entre les acteurs d'une filière départementale très éclatée. « Les gens travaillent ensemble, mais ne se connaissent pas, regrette Eric Rochas. Nous par exemple, nous avons besoin de faire connaître l'outil, mais aussi d'expliquer comment il fonctionne, de façon à ce que chacun comprenne les contraintes des uns et des autres, notamment au niveau des jours et des horaires d'abattage. »
Seront également présents le Pôle agroalimentaire bien sûr, les partenaires institutionnels (Département, chambre d'agriculture, laboratoire départemental, organismes de formation...), les entreprises installées au sein de l'abattoir (Cheville de l'Isère, Au mouton doré, spécialiste du négoce de peaux brutes...), ainsi que de nouveaux prestataires, comme Sébastien Valette, qui assure chaque semaine le service de ramassage des bovins, porcs, ovins et caprins.
Les producteurs et les métiers de la viande, eux aussi clients de l'abattoir, présenteront leur stratégie, leur cahier des charges et leurs actions. A côté du stand de l'association des producteurs fermiers de l'Isère (APFI), les Viandes agropastorales exposeront les démarches engagées depuis trois ans pour « mieux valoriser la viande issue des élevages extensifs ». L'association a invité tous ses clients et entend nouer de nouveaux contacts. « Nous avons pas mal de pistes, grâce au Pôle agro-alimentaire, mais c'est long à concrétiser », confie Roland Bouvier, éleveur ovin à Marcollin et président de l'association. Yannick Bourdat, éleveur de limousines à Marcilloles, représentera de son côté les Eleveurs de saveurs iséroises, un groupe qui, en trois ans, est parvenu à s'affranchir des circuits traditionnels de commercialisation, tout en faisant abattre ses bêtes (environ 300) à Grenoble. Un modèle vertueux qui ne demande qu'à être dupliqué. A condition que tout le monde joue le jeu.
Marianne Boilève
Le nouveau départ de l'abattoir
Créé à la fin des années 1960, l'abattoir de Grenoble est un abattoir public. Situé au Fontanil, il appartient au Symaa (Syndicat mixte Alpes Abattage), composé depuis 2015 du conseil départemental de l’Isère (51% des parts), de Grenoble Alpes métropole (46,2%), des communauté de communes du Grésivaudan (2,5%) et du massif du Vercors (0,2%) et du Pays voironnais (0,1%). Depuis 2009, son exploitation est confiée à la société ABAG SAS par délégation de service public (DSP).Suite à une procédure de redressement judiciaire, l'Abag a été reprise en janvier 2013 par un comité d’usagers constitué d’éleveurs, de bouchers, de grossistes, de collectivités et de salariés de l’Abag, organisés en société coopérative d’intérêt collectif (SA SCIC Pôle Viande Coopératif). Il a depuis fait l'objet d'importants travaux (plus de 4 millions d'euros investis par les collectivités) qui lui ont permis de repartir du bon pied. Sa situation économique n'est pas encore florissante, mais l'Abag a retrouvé une viabilité certaine, notamment depuis qu'il a terminé d'apurer le passif en décembre 2018. « Le tonnage augmente régulièrement chaque année et le chiffre d'affaires se développe tranquillement », confie son président, Eric Rochas.
APFI / L'association des producteurs fermiers de l'Isère est l'une des douze structures partenaires qui tiendront un stand le jour des portes-ouvertes de l'abattoir.
L'expertise au service de la production fermière
Adhérent de la première heure à l'Association des producteurs fermiers de l'Isère, le Gaec de la Motte sera (sans doute) présent le 9 septembre pour expliquer aux visiteurs l'intérêt de rejoindre un collectif au service de la production fermière. « Au début, nous ne faisions pas nécessairement appel à l'APFI : c'était surtout une sécurité lorsque nous recevions des résultats d'analyses non satisfaisants, explique Franck Journet, éleveur et boucher-charcutier à Burcin. Mais depuis nous la sollicitons pour des conseils ou de la formation. Elle nous envoie aussi régulièrement des informations sur la réglementation et son évolution, informations que nous aurions du mal à avoir autrement. »Une aide précieuse, assez méconnue des producteurs fermiers spécialisés en transformation carnée. Ce déficit de notoriété s'explique par l'histoire de la transformation fermière elle-même. « Au départ, le besoin de se regrouper en association a surtout été ressenti par les producteurs laitiers, car le lait est un produit vivant, fragile : un incident peut arriver plus facilement qu'avec la viande, indique Gilles Testanière, technicien conseiller mis à disposition de l'APFI par la chambre d'agriculture de l'Isère. Mais les choses ont changé. Il y a de plus en plus de producteurs de viande qui se lancent dans la transformation. Le rôle de l'APFI est d'accompagner toutes les activités. Nous proposons un suivi sanitaire et un appui en cas d'analyses non conformes bien sûr, mais aussi des conseils sur les bonnes pratiques, la mise en route d'un nouvel atelier ou la validation de procédés. »Lors des portes-ouvertes de l'abattoir au Fontanil, l'APFI, qui regroupe 180 adhérents, présentera l'ensemble de ses services aux producteurs. Emas (système mutuel en cas d’alertes sanitaires), dossier d'agrément, plan de maîtrise sanitaire, bonnes pratiques, validation des procédés de fabrication (saucisson, surgelés, conserves, contrôle des température de fabrication, surveillance de calibreuse à œufs...), tout sera expliqué en détail par Gilles Testanière, conseiller en transformation fermière, spécialisé en productions carnées et végétales. MB