Oui aux fruits et légumes imparfaits !
Ils ont en commun le goût de l'audace, de l'action et de l'entreprenariat. Ils, ce sont les membres de la jeune chambre économique de Grenoble et les Jeunes agriculteurs de l'Isère, les organisateurs du concours Agri-Talent, qui avait pour objectif de récompenser l'innovation des agriculteurs d'aujourd'hui. Pour aller plus loin, ils ont profité de la remise des prix, le 22 novembre, pour organiser un débat sur le thème de l'alimentation.
Moins de 2% de marge
La question du prix des produits et des marges réalisées par les différents échelons a largement animé la discussion. Le chiffre lancé par Aurélien Clavel, vice-président des jeunes agriculteurs de l'Isère n'a pas manqué de faire réagir : « Selon l'observatoire des prix et des marges, sur 1€ d'achat alimentaire, seuls 7,6 centimes vont à la production et 11 à la transformation ». Pour le syndicaliste, « cela représente un sacré écart. Il faut que la valeur ajoutée revienne à tous les échelons, y compris aux agriculteurs. Car sans revenu, il n'y a pas d'installation possible ». Et donc pas de renouvellement des générations. Mais pour Alain Gaillot, directeur de l'enseigne Provencia à Voiron, pour qui la vente de produits locaux est la marque de fabrique, les marges sont loin d'être celles que l'on annonce : « Plutôt de l'ordre de 1,5 - 1,7 %, que de deux, avec un rayon boucherie qui fonctionne à perte, et un rayon fruits et légumes qui rapporte peu ». Et celui-ci de souligner qu'il existe de nombreuses étapes entre le producteur et le consommateur (transport, stockage, manipulations diverses, tri des produits, mise en rayon...), qui représentent beaucoup de travail et un coût très important. « Ces rayons restent cependant indispensables, car ce sont ceux qui font venir les clients », nuance Alain Gaillot. Mais l'explication laisse perplexe. A commencer par un membre de l'assistance qui souligne que « ces 93 centimes d'écart sont de l'artificialisation, un mauvais rendement inacceptable, une multiplication des circuits tellement complexe qu'ils consomment toute la valeur ajoutée ». Alors que faire ?
Valoriser les produits « moches »
Les exemples sont divers. Le constat est unanime. Que ce soit en grandes surfaces à l'occasion d'opération de marketing, dans des marchés de producteurs ou dans le cadre de circuits de distribution plus innovants, quand l'agriculteur assure la vente d'un produit, il n'y a plus de problème de prix ou de qualité visuelle. Tout est directement expliqué au consommateur. « Les prix des produits sont justifiés. Cela donne une cohérence à l'achat et cela met une valorisation sur le travail effectué », assure Anahy Appolonio, animatrice de « La ruche qui dit oui » à Grenoble*. Ce type de démarches permet de revenir sur 30 années d'information donnée au consommateur pour l'inciter à acheter des fruits et légumes parfaits d'un point de vue esthétique. Aujourd'hui, l'idée fait son chemin, et les produits qui n'ont pas l'allure de « top models » sont de moins en moins délaissés. Pour tous les acteurs concernés, ce travail d'éducation et de valorisation de ces produits qualifiés de « moches », et même des invendus, est extrèmement important, au regard du coût que représente ces pertes (« 10 000 euros chaque mois sur le rayon fruits et légumes », indique Alain Gaillot). Ces démarches doivent donc être privilégiées, mais aussi associées à des actions de plus grande envergure, comme « la conquête de marchés extérieurs par l'industrie agro-alimentaire », insiste Gérard Seigle-Vatte, maire de Paladru, impliqué au sein du groupe de travail sur l'agriculture au Pays voironnais.
Isabelle Brenguier
* Plateforme qui met en relation producteurs et consommateurs, sans aucun engagement pour chacun, ni de livraison, ni d'achat.