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Semences

Pallier les retraits des substances en culture de semences

Alors que la lutte alternative contre les adventices et les maladies est encore balbutiante, les semenciers redoublent d'exigences de qualité à l'égard des producteurs multiplicateurs.
Pallier les retraits des substances en culture de semences

Pour les producteurs multiplicateurs de semences isérois, la récolte 2017 a apporté « des résultats globalement moyens, comme l'a souligné Jean-Claude Plottier, président du Syndicat des agriculteurs multiplicateur de semences (Sams) Isère, lors de l'assemblée générale qui s'est déroulée fin février à Colombe.
A l'échelle régionale, la section maïs et sorgho enregistre le plus fort retrait avec près de 800 hectares en moins en 2017 comparé à 2016, soit 1 510 hectares au total avec 249 contrats. Au niveau national, le maïs porte-graine a perdu 10% de ses surfaces.
Les céréales à paille ont également perdu 255 hectares avec 2 128 hectares cultivés en 2017 pour 274 contrats. En revanche, la section oléagineux affiche une belle progression avec 412 hectares supplémentaires atteignant près de 1 600 hectares, de même que les fourragères et le gazon, qui progressent de 89 hectares pour un total de 422 hectares cultivés.
La principale source d'interrogation pour les multiplicateurs est l'évolution règlementaire « et la suppression de nombreuses substances actives qui ne passeront pas le cap de leur évaluation européenne », souligne Jean-Claude Plottier. La profession est donc à la recherche de solutions, explorant tous les champs pour « produire autrement », « en respectant les normes de pureté et de productivité ».

Retournement de surfaces

C'est l'objet de l'intervention de Philippe Henry, technicien Barenbrug, venu signaler les conséquences de la diminution des moyens de protection sur le triage à l'usine. Ainsi, la fétuque élevée présente +15% de lots avec adventices depuis 2010. Les années les plus compliquées, comme en 2014, l'établissement réalise des assemblages de lots lorsque le triage atteint ses limites. « 70% de lots sales, ce n'est pas tenable », indique le technicien. Si bien que l'établissement a fait procéder en 2016 à des retournements de surfaces « pour remonter mécaniquement la qualité ». Un procédé qui n'enchante guère les producteurs de porte-graine, mais qui représente une ultime solution. Les gazons sont d'autant concernés que les clients sont demandeurs de très grande qualité.
Première parade pour les multiplicateurs : être hyper exigeants dans le choix des parcelles. Le semencier Barenbrug s'engage pour sa part à visiter au minimum huit fois par saison les parcelles de multiplication, mais il avertit que les retournements seront plus importants. Il propose aux exploitants d'optimiser leurs interventions chimiques ; « la dose juste, celle qui fonctionne bien ». Dans ses orientations, le semencier préconise également de « développer les interventions mécaniques car les phytos ont leur limites ».

Le défi technique étant « colossal », comme le constate Jean-Claude Plottier, certains ont développé des systèmes D, adaptant des engins aux besoins de leurs cultures, bineuses, roto etc. Les techniques de l'andainage, qui favorise la dessiccation naturelle ou le réglage précis de la moissonneuse-batteuse, qui permet de préserver la qualité des lots, sont autant de gestes qui, au moment de la récolte, participent à la réussite de la production.

Recherche de visionnaires

Philippe Henry explique que chaque technicien classe les parcelles selon cinq critères en fonction du degré de risque ; l'objectif est que les lots soient le plus propres possibles à leur entrée en usine, les lots à problème impactant la cadence des chaînes de production. « L'agréage, qui déclenche le paiement, se fait à partir du moment où le trieur usine met le lot aux normes », ajoute-t-il. Les sélectionneurs observent un accroissement du nombre de parcelles hors norme, de lots refusés à la certification ainsi que des retards dans le triage.

Pour le technicien, les perspectives de lutte contre les adventices ne seront pas dans chimie, mais « dans une meilleure connaissance des parcelles, dans la modification des pratiques, mais aussi dans la recherche variétale ». Il ajoute « nous recherchons des visionnaires pour avancer dans les bonnes pratiques ». Dans les centres de recherche, les méthodes de semis et de désherbage font l'objet d'essais. Producteurs et semenciers souhaitent avant tout éviter l'ultime solution du retournement de parcelles, coûteuse en temps et en argent. Cette question financière est d'ailleurs restée en suspens. 

Essais de fertilisation azotée

Louis-Marie Broucqsault, ingénieur régional Fnams, a proposé un point sur la fertilisation des graminées porte-graine en se penchant sur la fertilisation azotée. Il précise que la note technique à l'attention des Gren (groupes régionaux des experts nitrates) a été remise à jour en 2018. Les fourragères sont particulièrement concernées et font l'objet d'essais de fertilisation, à l'image de ceux menés avec La Dauphinoise sur des graminées à l'automne dernier. Philippe Rivat annonce des résultats imminents.
En potasse et en phosphore, la fertilisation doit se raisonner en opérant un bilan de fertilité du sol et en le rapportant au référentiel régional. « La principale caractérisation des sols en Isère, c'est le taux de cailloux », a plaisanté l'ingénieur, qui conseille tout de même de tenir compte de la rotation, de l'apport d'engrais organique et enfin, du choix de l'engrais minéral. Il se veut rassurant : outils d'aide à la décision, il existe des tableurs qui tiennent également compte des quantités produites à la parcelle. « La potasse compte beaucoup pour ce que l'on recherche, déclare-t-il. C'est-à-dire se préserver de la verse, des maladies, de la sècheresse etc. »

Isabelle Doucet
Lutte raisonnée

Oiseaux contre mulots

Le travail engagé dans la Bièvre depuis 2013 avec la LPO participe de la lutte raisonnée contre les campagnols dans les secteurs de Colombe et du Grand-Lemps. L'objectif était notamment de réduire l'usage de la bromadiolone. L'action s'est traduite par la plantation d'arbres afin d'améliorer le linéaire existant et la mise en place de nichoirs à rapaces et de perchoirs amovibles.
A ce jour, on compte huit nichoirs à faucon crécerelle, seize nichoirs à chevêche d'Athéna et quatre nichoirs à effraie des clochers. L'installation a été confiée à l'association de personne handicapées Apajh. Il apparaît que les faucons, acteurs majeurs de la lutte contre les campagnols, se seraient bien reproduits. En revanche, les effraies restent peu nombreuses et le recul n'est pas suffisant pour mesurer l'impact de ces actions sur les chevêches. « On observe une forte reproduction des busards dans le secteur, c'est une espèce à prendre en compte », ajoute Marie Recapé, de la LPO. Elle préconise aux agriculteur d'effectuer leurs traitements de printemps avant l'arrivée des busards « qui effectuent un bon travail de prédation ».
Pour autant, les résultats sur le terrain de cette opération pilote sont encore incomplets, même s'il faut souligner l'implication de tous les acteurs : LPO, Fredon, Fnams, semenciers et agriculteurs. L'initiative mériterait sans doute de prendre plus d'envergure, « d'élargir la lutte raisonnée à tous les agriculteurs, aux collectivités locales et aux grands opérateurs ». La responsable signale par exemple que l'axe de Bièvre demeure un refuge pour les campagnols.

 

Les surfaces selons les établissements :

La Dauphinoise :

- 145 ha de cultures et 2017, 210 en 2018 pour une vingtaine de multiplicateurs : augmentation des surfaces en dactyle.

Barenbrug :

- 130 ha en 2018, 160 ha en 2018 pour une dizaine de multiplicateurs : augmentation des surfaces en fétuque élevée et en ray-grass, maintien à 60 ha de dactyle.