Partager la forêt
« On est une métropole montagne » Lilian Vargas, responsable du service agriculture, forêt et biodiversité à la Métropole de Grenoble expose ses difficultés à faire cohabiter la gestion forestière avec les activités des autres services. « 60% de notre territoire est de la forêt et la demande en bois énergie augmente. Or, nous avons des difficultés pour construire des dessertes car les autres services craignent qu'on abîme les routes », explique-t-il. Faire cohabiter les usages, c'est tout un art. C'est pourquoi c'est le thème d'un des ateliers du séminaire réunissant tous les acteurs des parcs naturels régionaux de France à Saint-Pierre de Chartreuse.
Chaque situation appelle un travail particulier. Dans le parc naturel régional du Pilat, à côté de la ville de Saint-Etienne, la cohabitation entre la gestion forestière, le réseau d'eau et l'accueil du public se passe bien. « Les contraintes sont nombreuses. On a 200 ouvrages de captage d'eau dont deux barrages hydrauliques. Nous sommes aussi situés proche de Saint-Etienne donc nous avons beaucoup d'usagers. Mais la gestion forestière existe à cet endroit depuis le XIXème siècle pour éviter les inondations », explique Valérie Chassignol, chargée de mission forêt à la ville de Saint-Etienne. Cela marche bien, parce que cette ville a mené une politique d'acquisition des parcelles « timbres-postes » pour faciliter l'exploitation globale. Entre la gestion de l'eau, les risques naturels et les sports de nature, l'utilisation de la forêt doit être organisée.
Sports extrêmes
Parties de paint-ball, courses de drones ou de quad... les nouvelles activités sportives ne rassurent pas l'Office national des forêts. Gérard Duhayon travaille au parc Scarpe-Escaut dans le Nord de la France. Pour lui, ces nouvelles pratiques sont un vrai problème. « Nous sommes en plaine et non en montagne donc sans obstacle aux pratiques sportives. Un fossé se creuse de plus en plus entre les attentes des usagers et les membres de l'ONF », déplore-t-il. Le but, selon les acteurs présents, serait de « replacer la forêt en espace de travail ». Pour l'ONF, cela passera par le dialogue dans un comité de forêt réunissant tous les acteurs-utilisateurs de la zone. Dans le parc Scarpe-Escaut, la concertation a déjà commencé. « On doit savoir quels sont les besoins des acteurs du territoire et on doit pouvoir travailler la forêt dans le respect mutuel. Le parc est très sensible au stress hydrique, explique-t-il, mais on ne voit pas de volonté de participation financière aux forêts domaniales ».
Financer la gestion forestière
Qui finance la réparation des dégradations d'une forêt ? Et son entretien ? Cela pourrait être les villes alentours, souvent utilisatrices. Cela pourrait être directement les usagers qui la voient aujourd'hui comme « une zone de non-droit » selon certains acteurs présents. Ou encore les organismes publics ou privés qui l'utilisent. « Si les habitants de Lille viennent régulièrement, la ville pourrait financer le parc. Aujourd'hui, elle ne paie que pour l'eau », précise Gérard Duhayon. La concertation se révèle aussi laborieuse en raison des idéologies de chacun. « Selon les organisations écologiques, on devrait laisser la forêt telle quelle » ajoute-t-il. Mais sans exploitation, les risques sont bien là. Mathieu Rivero du Centre régional de propriété forestière (CRPF) Auvergne-Rhône-Alpes est revenu sur quelques évènements tels que la pollution de l'eau et les incendies. Il ne faut pas non plus oublier les risques de chutes de bloc. Pour Valérie Chassignol, de la ville de Saint-Etienne, « le bois finance le bois. Le surcoût est financé par les économies faites avec l'eau potable de meilleure qualité ».
Virginie Montmartin
Vercors en partage
Le massif du Vercors a créé une instance d’échanges entre acteurs-utilisateurs.Près de 140 trails sont organisés chaque année en Isère. Ils regroupent entre 750 et 15 000 participants. Loin d’être une simple promenade, un trail peut causer des dégâts importants dans les massifs ainsi que gêner les autres usagers de la montagne. Afin de mieux anticiper ces situations, le parc naturel du Vercors a créé « Vercors en partage ». C’est une instance d’échanges qui regroupent tous les acteurs des milieux naturels et organisateurs de manifestations sportives. « Le but est que les organisateurs puissent se mettre d’accord avec les agriculteurs, les chasseurs, les forestiers et les propriétaires avant de se lancer dans une manifestation », explique Yannis Ameziane. Pour faciliter l’échange, un logiciel a été mis en place pour que les organisateurs de ces évènements puissent tester à l’avance un tracé en le comparant avec le zonage réglementaire. « Il leur est demandé de le communiquer le plus tôt possible un à deux ans à l’avance. Le comité de pilotage peut ensuite anticiper les coupes à faire en lien avec l’Office national des forêts, avertir chasseurs et agriculteurs du passage de ce trail », confirme-t-il.Protéger les massifs
La cohabitation des usages ne se limite pas qu’aux trails. Selon Yannis Ameziane, le problème vient surtout du fait qu’on n’a aucune idée du nombre de personnes qui pratiquent certains sports. « On doit pouvoir qualifier la pratique. On a donc posé des compteurs pour mesurer la pratique de l’escalade, du canyoning… ». Le but serait que chaque acteur puisse être au courant des manifestations, des journées chasses, des transhumances dans tous les massifs de la région. Cette gestion du massif pose aussi des questions financières. « Actuellement, les événements sportifs sont subventionnés par le parc. Mais les gens ne paient pas pour l’impact environnemental et la remise en état des chemins ». Différentes propositions sont envisageables comme une taxe d’aménagement de parcours ou un état des lieux avant la course afin d’en facturer la remise en état à la fin.VM