« Pas d'incidence politique, mais de nombreux chantiers en retard »
Comment gère-t-on un conseil communautaire en pleine crise Covid ?
C'est épuisant. Il a fallu enchaîner une campagne électorale et la gestion de la crise sanitaire. Concrètement, cela signifie des quantités de décisions prises chaque jour pour parer à l'urgence, tout en donnant la possibilité aux maires d'y déroger. Il a fallu aussi s'adapter à des protocoles qui changent en permanence. Rien qu'à Vienne, nous avons dû réorganiser le marché quatre fois. Et pendant ce temps, les dossiers n'avancent pas. Nos directeurs généraux ont passé leur temps à lire et décrypter les décrets pour gérer la crise.
Quel type de fonctionnement avez-vous mis en place ?
Très vite, nous avons organisé des bureaux en visio-conférence pour informer les élus des décisions prises. Dans les premières semaines, notre préoccupation majeure a été d'assurer les services de première nécessité, comme le ramassage ou le traitement des déchets. Il s'agissait de ne pas ajouter des problèmes de salubrité à la crise sanitaire. Et ce dans un contexte où les agents pouvaient à tout moment être touchés. Dans le même temps, nous avons dû gérer la pénurie de masques. Puis ça a été le gel hydroalcoolique. Une fois que tout cela est passé, nous avons pu passer à d'autres sujets, comme le plan de relance économique.
Comment Vienne-Condrieu Agglomération peut atténuer les conséquences écononomiques d'une telle crise ?
Nous avons listé les besoins des entreprises et adossé notre plan aux mesures de l'Etat et de la Région. Ce plan a été élaboré en concertation avec les élus, les services et l'agence de développement économique. Pour ce qui est des salaires et des charges sociales, les mesures gouvernementales ont traité le problème. Autre poste de dépense important : le loyer. Là où nous sommes propriétaires, nous avons procédé à une annulation partielle des loyers, afin de donner l'exemple. Pour moi, le gros sujet, c'est la trésorerie. Le prêt garanti par l'Etat ne fonctionne pas pour tout le monde. La Région et la Banque des territoires ont créé un fonds pour les microentreprises et les associations, que Vienne-Condrieu Agglomération a abondé à hauteur de deux euros par habitant (1). Nous avons également contribué au fonds d'urgence Tourisme et hébergement. C'est d'autant plus important que cette année la saison va être différente : il n'y aura pas le festival de jazz, il y aura moins de tourisme fluvial... Nous avons également lancé un grand plan de communication pour développer le tourisme de proximité.
Le report du deuxième tour des élections va-t-il avoir des conséquences sur les projets en cours ?
Il n'y aura pas d'incidence politique, mais de nombreux dossiers ont pris du retard, comme la construction du nouveau bassin nautique ou la celle de la maison du festival. Nous avons également travaillé sur trois plans stratégiques majeurs (2) qui aurait dû être validés et sont aujourd'hui en suspens. Comme le nouveau conseil communautaire ne sera pas installé avant la mi-juillet, l'adoption de ces trois stratégies ne pourra se faire avant l'automne. Nous allons perdre trois à cinq mois.
Si vous deviez malgré tout retenir quelque chose de positif de cette crise...
C'est sans doute une prise de conscience du rôle de l'agriculture et des producteurs locaux. De ce point de vue, la crise a un peu changé la donne. Grâce aux marchés, aux magasins, aux drive et aux points de livraison, nos habitants ont pu identifier les producteurs de leur territoire et faire leur connaissance. C'est important pour le développement de la stratégie agricole lancée l'an dernier par l'agglo. Avec la fusion, l'agriculture est devenue un acteur économique, au même titre que le tourisme. Mais on aura beau labelliser des produits ou mettre des produits locaux dans nos cantines, si le consommateur ne suit pas, ça ne marchera pas. La crise Covid aura au moins eu le mérite de tisser un lien de proximité entre producteurs et consommateurs.
Propos recueillis par Marianne Boilève
(1) Née en janvier 2018, Vienne-Condieu-Agglomération regroupe 30 communes et compte 90 000 habitants.
(2) Le plan climat, le plan de déplacement et le plan local de l'habitat.