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Olivier Thivin, cultivateur à Viriville

Pas de changement dans l'organisation avec Certiphyto

Déjà impliqué dans la protection de l'environnement dans le cadre de mesures agro-environnementales, Olivier Thivin a choisi de suivre une formation Certiphyto organisée par la chambre d'agriculture de l'Isère, dès la phase expérimentale de cette nouvelle réglementation. Il bénéficie d'une prise en charge totale et d'anticipe au maximum les adaptations de son système que pourraient rendre nécessaires l'entrée en vigueur de nouvelles obligations. Ces dernières semblent très limitées.
Pas de changement dans l'organisation avec Certiphyto
Avec 70 % de ses 96 hectares situés dans une aire d'alimentation de captage d'eau potable (AAC), Olivier Thivin ne peut ignorer les injonctions à limiter l'usage des pesticides formulées à l'échelle nationale comme européenne. Déjà en contact avec la chambre d'agriculture pour une formation conditionnant l'octroi de subventions européennes en contrepartie de mesures agro-environnementales, ce céréalier de Viriville en a profité pour anticiper l'obligation de détenir le certificat Certiphyto pour acheter des produits phytopharmaceutiques, qui sera effective en 2014. Il vient de suivre un jour de formation supplémentaire par rapport aux deux déjà prévus, afin de réviser la réglementation des produits phytosanitaires et les précautions à prendre en les utilisant afin de préserver sa santé.
« Quand on annonce à quelqu'un qu'il doit de nouveau suivre une formation qui lui a déjà été dispensée dans son cursus, cela ne fait jamais plaisir, reconnaît Olivier Thivin. Je crois qu'aucun des douze participants à la formation Certiphyto que j'ai suivie n'est venu par plaisir ». Mais, comme il a pu en bénéficier gratuitement en se formant pendant la phase expérimentale (étendue jusqu'en juin 2011), il se félicite de s'y être pris à l'avance.
Surtout que Certiphyto ne va pas entraîner de changement d'organisation dans l'exploitation d'Olivier Thivin. Collecté par la Générale agricole, industrielle et commerciale (Gaic François Cholat), ce cultivateur prépare ses traitements en lien avec le conseiller de l'entreprise « en tenant compte des adventices à éliminer, en regardant les prix des produits, en adaptant les choix initiaux au climat qu'il fait au moment de l'intervention... ». Une série de critères auxquels il faudra intégrer les nouvelles limitations introduites par le plan Ecophyto ou la directive européenne « pour une utilisation durable des pesticides », mais sans que cela ne modifie le mode de planification des traitements.
Un recours aux traitements déjà limité
Installé en 1995, après la réforme de la politique agricole commune introduisant les mesures agro-environnementales, Olivier Thivin n'a jamais traité de façon systématique, quelle que soit la culture (maïs, blé, mais aussi orge, colza, tournesol et soja). « Je fais toujours un tour de plaine avant de désherber. L'été, je déchaume l'ensemble de mes parcelles. Avec deux collègues, nous nous sommes aussi équipés de bineuses. Et je fais même un petit peu de non-labour, mais je en suis pas convaincu, car je suis en lien avec des agriculteurs du Nord et de l'Yonne qui me disent que les adeptes du non-labour chez eux, sont les rois du pulvé », témoigne l'exploitant, qui se méfie notamment des graminées.
Pour éviter le salissement des cultures par ces plantes, « il faut d'abord éviter la montée en graines. Appliquer du glyphosate chaque année, ce n'est pas le moins cher », s'exclame Olivier Thivin.
La recherche du meilleur rendement possible a amené l'exploitant à adopter très tôt des techniques alternatives. Olivier Thivin ne va pas jusqu'à se qualifier de « précurseur », mais il raconte que « tout le monde regardait notre matériel de déchaumage avec curiosité quand nous nous sommes équipés pour la première fois avec mes collègues, il y a dix ans ».
S'il n'hésite pas à expérimenter, le cultivateur craint toutefois que la réduction de moitié de l'usage des produits phytosanitaires d'ici à 2018 entraîne des baisses de rendements. « En prenant les mesures agro-environnementales, j'ai vu que nous n'avons plus le droit à l'erreur dans ce cadre, car même si un incident climatique rend le traitement moins efficace, on n'a pas la possibilité de repasser et on n'a pas d'autre choix que de regarder les herbes pousser en lieu et place des céréales ». D'où l'intérêt de chercher les moyens de s'adapter aux nouvelles règles au plus tôt.
Cécile Fandos
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Certiphyto
L'une des 105 mesures du plan Ecophyto 2018
Le certificat nécessaire à l'achat de produits phytopharmaceutiques sera obligatoire à partir de 2014.
Certiphyto est l'une des mesures du plan Ecophyto mis en place en septembre 2008 à la suite du Grenelle de l'environnement. « Il vise à réduire de 50 % l'usage des produits phytosanitaires en agriculture, à l'horizon 2018, si possible. Il s'agit à la fois de réduire l'usage de ces produits et de limiter l'impact de ceux qui resteront indispensables pour protéger les cultures des parasites, des mauvaises herbes et des maladies », précise le ministère de l'agriculture, qui reconnaît les services rendus par les produits phytosanitaires, mais souligne aussi les risques qu'ils présentent pour l'environnement et la santé, « surtout celle des applicateurs, qui doivent être en mesure de respecter des mesures strictes d'utilisation ».
Au-delà de la recherche et de l'information sur les cultures économes en pesticides, de la surveillance en temps réel des maladies et des ravageurs des cultures, du retrait de substances et d'actions spécifiques aux espaces non-agricoles, le plan Ecophyto prévoit donc « de renforcer, par la formation, la compétence de l'ensemble des acteurs de la chaîne, applicateurs mais aussi distributeurs et conseillers ».
Formation ou vérification des connaissances
Un dispositif d'évaluation des connaissances a été instauré au début de l'année. « La réussite à cette évaluation ou le suivi d'une formation permettront de bénéficier d'un certificat qui sera nécessaire pour l'achat de produits phytopharmaceutiques à partir de 2013 », prévoit le plan d'actions.
Les établissements d'enseignement agricole doivent intégrer les méthodes de lutte non-chimiques ainsi que les moyens de réduire et de sécuriser l'utilisation des pesticides dans les formations qu'ils assurent, ce qui passe notamment par la formation de leurs personnels.
C.F.
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Directive européenne « pour une utilisation durable des pesticides »
Des orientations avant tout
L'Union européenne laisse aux soins des Etats membres la définition des moyens de parvenir à un meilleur usage des produits phytosanitaires.
Adoptée plus d'un an après la présentation du plan Ecophyto 2018 en France, « la directive européenne « pour une utilisation durable des pesticides » fixe pour la première fois au niveau communautaire des règles pour rendre l'utilisation des pesticides plus sûre et encourager le recours à la lutte intégrée et aux alternatives non chimiques, indique le ministère de l'agriculture. De nouvelles exigences seront instaurées concernant la vente des pesticides et leur utilisation par les professionnels. Des mesures spécifiques sont prévues pour protéger le milieu aquatique et les eaux potables, limiter ou interdire l'utilisation des pesticides dans des zones spécifiques telles que les lieux publics. Les Etats Membres devront également adopter des plans d'actions nationaux établissant des objectifs de réduction des risques liés aux pesticides et des objectifs de réduction de l'utilisation des substances particulièrement préoccupantes ».
Autrement dit, « comme sur l'eau, la réglementation européenne définit des orientations, à charge pour les Etats membres de les mettre en oeuvre en fonction de leurs particularités nationales, explique Aymeric Solerti, l'un des conseillers en agro-environnement de la chambre d'agriculture. En ce qui concerne la certification des conseillers et utilisateurs de produits phytosanitaires, la directive européenne impose aux Etats membres de mettre en place, d'ici à 2014 ou 2015, un système de formation pour les utilisateurs professionnels de produits phytosanitaires, sur des thèmes comme les risques liés aux pesticides, l'utilisation et l'entretien du matériel de pulvérisation, la lutte intégrée ou la traçabilité. La directive interdit par ailleurs l'épandage aérien. Elle impose des zones tampons obligatoires près des cours d'eau et une inspection systématique de l'ensemble du matériel d'épandage ».
C.F.
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Alain Villard, dirigeant d'Hortival jardins à Beaurepaire
« La nouvelle certification correspond aux préoccupations des paysagistes »
Pour les paysagistes comme Alain Villard, Certiphyto n'est qu'une obligation parmi de nombreuses autres. Il semble donc que cette nouvelle contrainte constitue plutôt une opportunité pour ces professionnels.
Certiphyto ne concerne pas que les agriculteurs. Les prestataires de services non agricoles comme les paysagistes sont également concernés. En réalité, ces derniers, tout comme les entrepreneurs de travaux agricoles et les distributeurs de produits, devaient déjà justifier, au sein de chaque établissement, de la présence d'« au moins une personne titulaire d'un Dapa (certificat Distributeur Applicateur de Produits Antiparasitaires) pour dix personnes au plus qui sont en contact avec les produits antiparasitaires et/ou l'utilisateur. Le certifié a un rôle d'encadrement, de formation et d'information des salariés de l'entreprise (vendeurs ou applicateurs) », précise la direction régionale de l'agriculture.
« Nous avons saisi l'opportunité qui nous a été donnée d'anticiper l'obligation d'une certification d'entreprise qui s'imposera à tous les distributeurs et les applicateurs en prestation de service de produits phytopharmaceutiques, car le Dapa actuel ne correspond pas à nos besoins, témoigne ainsi Alain Villard, le dirigeant d'Hortival, à Beaurepaire. La nouvelle certification est plus contraignante : nous devons former au moins un applicateur sur deux. Mais elle correspond aux préoccupations des entreprises du paysage, qui interviennent souvent dans le domaine public, à proximité de points d'eau... Nous répondons aussi à des marchés publics, où les normes de qualité et environnementales deviennent incontournables. Les exigences de groupes d'envergure internationale comme Hewlett-Packard ou Schneider sont les mêmes. Quant aux particuliers, quand ils ont de jeunes enfants ou des animaux, ils nous demandent de limiter au maximum les traitements, voire de nous en passer.
La nécessaire adaptation de l'offre
La nouvelle réglementation entre donc dans une logique déjà à l'oeuvre. Aujourd'hui, on veut du naturel. Nous devons faire évoluer notre offre. C'est vrai aussi pour l'alimentation et je crois que l'agriculteur doit refaire son image auprès du public, car l'image du produit devient déterminante. Or, pour parvenir à réduire notre consommation de produits phytosanitaires de moitié d'ici à 2018, nous devrons faire accepter à nos clients de tondre leur gazon moins souvent, de restreindre leur choix aux variétés de plantes les plus résistantes et de sacrifier une partie de leur jardin aux pucerons par exemple. En misant sur les moyens de lutte intégrée, certaines collectivités affirment faire du zéro phyto. Mais, plus que le chiffre, je crois que ce qui est intéressant, c'est la démarche. Il faut être conscients qu'elle implique d'investir dans la main-d'oeuvre, car les donneurs d'ordre ne sont généralement pas prêts à payer le service rendu plus cher ».
C.F.
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