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Jeunes agriculteurs

Pas la fée Clochette

La présidente des JA de l'Isère, Françoise Soullier, ne renouvelle pas son mandat. Elle revient sur les deux années écoulées et sur son engagement au sein de l'association.
Pas la fée Clochette

C'est le goût du défi qui l'avait conduite à la présidence des Jeunes agriculteurs de l'Isère il y a deux ans. Au terme de son mandat, Françoise Soullier revient sur son bilan et sur l'expérience qu'elle a vécu. Entre le soulagement lié à l'envie de se réinvestir dans son exploitation de Tullins et sur d'autres projets, et le pincement au cœur dû au regret de ne plus travailler avec des personnes qui ont fait son quotidien, la jeune horticultrice se livre à cœur ouvert et nous fait part de sa « superbe expérience humaine et professionnelle ».

 

Vous vous êtes pris la crise agricole de plein fouet. Comment l'avez-vous vécu ?

C'est sûr que je ne m'attendais pas à vivre de tels évènements. Je n'aurais pas pu imaginer que cela puisse être si prenant en termes de temps et aussi sur le plan émotionnel. Il faut donc arriver à prendre du recul. Mais quand on est dans la bataille, il faut assurer. En juillet dernier, il y a eu un élan de l'ensemble des acteurs de terrain qui comptaient sur une réforme rapide et sur une augmentation des prix. En raison du contexte, cela s'est avéré plus compliqué que cela, et nous rencontrons maintenant des personnes résignées, ou dans une colère et un désarroi profonds. On en entend beaucoup dire qu'il faut conforter les agriculteurs en place avant d'en installer de nouveaux. C'est une première qui dénote la gravité de cette crise. Pour en sortir, il faudra passer par des réformes structurelles qui prendront du temps, alors que beaucoup d'exploitations ne peuvent plus attendre. Nous ne sommes pas la fée Clochette et nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes. Ca, c'est difficile.

Votre profil était plutôt atypique. Cela a-t-il était encore plus difficile ?

Etre une femme, travailler dans l'horticulture, être nouvellement investie dans le réseau. Au début, j'avais un peu peur de cumuler plusieurs handicaps et de ne pas être reconnue comme suffisamment légitime pour tenir ce rôle. Et puis finalement, quand on embrasse une cause, peu importe que l'on soit éleveur ou horticultrice. Je pense même qu'être une femme a pu aider. On peut faire passer certaines choses plus facilement et l'on bénéficie, dans certaines circonstances, de plus de respect. Pendant les manifestations, cela a été bienvenu.

 

Pensez-vous que les Jeunes agriculteurs ont encore un rôle à jouer ?

Bien sûr qu'un syndicat de jeunes a encore un rôle important à jouer. D'autant que ce qui est très fédérateur, c'est le dynamisme généré par cette jeunesse et cette fougue, qui nous impose de défendre notre métier, car il est notre gagne-pain et notre avenir, et que si nous nous ne nous investissons pas, personne ne le fera pour nous. Les dernières manifestations nous ont aidé à nous faire connaître et ont d'ailleurs suscité l'envie, chez certains jeunes, d'intégrer le syndicat. C'est une bonne chose !

 

La gestion administrative du syndicat vous intéressait. Quelles sont vos plus grandes satisfactions ?

Si ce n'est la réforme territoriale que nous n'avons pu mettre en œuvre, faute de directives nationales, nous avons pu atteindre les objectifs stratégiques que nous nous étions fixés. Outre la politique d'économie structurelle que nous avons menée en réorganisant le pôle administratif avec la FDSEA, nous avons redynamisé l'action syndicale. Nous avons organisé un soutien des adhérents dans le remplissage de leurs dossiers administratifs et nous avons accompagné la création d'un canton dans le Vercors. Plusieurs partenariats ont été mis en place qui nous ont permis de récolter de nouveaux fonds mais aussi d'ouvrir le syndicat dans son environnement. Nous avons également travaillé sur la communication avec la création d'une page Facebook, le relooking et le couplage de notre revue « La ronce » avec « JA Mag » et l'envoi de nombreuses informations par sms. Enfin, des formations ont été organisées. Elles vont se poursuivre en 2016. Mon but était de mettre en place les conditions optimales pour que la structure puisse fonctionner de façon efficace sans que cet aspect administratif ne prenne trop de temps à mon successeur. Je pense y être parvenue.

Propos reccueillis par Isabelle Brenguier