Passer le relais en Cuma
Il est déjà difficile de trouver des jeunes prêts à reprendre une exploitation. Trouver des jeunes installés prêts à s'engager dans l'administration d'une Cuma, c'est encore plus rare. La fédération départementale des Cuma a invité de jeunes présidents, trésoriers et secrétaires à venir témoigner durant son assemblée générale à la maison familiale rurale de Moirans la semaine passée. « Je me suis proposé en signe de remerciement envers ma coopérative qui a accepté mon Gaec », explique Loïc Billat, trésorier de celle des Cîmes à Doissin depuis deux ans. Le précédent était resté en poste durant 25 ans et tenait à passer la main. Pour Sylvain Faure, président depuis quelques mois de la Cuma d'Autrans, la route était déjà tracée : « Le président était en poste depuis 15 ans et personne ne voulait reprendre la place. L'ancien président m'a proposé le poste car j'étais le plus ancien des jeunes. C'était à nous de reprendre et développer la Cuma. » Ces fonctions demandent d'acquérir des connaissances sur le fonctionnement d'une telle structure, en investissements, en travail d'équipe... mais ils sont rarement seuls dans l'aventure. « La transition fut longue. L'ancien trésorier a effectué les premiers investissements avec moi », raconte Loïc Billat. « On présente l'assemblée générale à deux. L'ancien président fait encore partie du conseil d'administration en attendant de prendre sa retraite », explique Quentin Feugier, président fraichement élu de la cuma Cœur de Chartreuse.
Travailler ensemble
Passer la main est souvent un moment délicat. « Il y avait une dynamique des jeunes et l'ancien président n'avait pas la même vision. Il a passé la main et n'est plus dans le conseil d'administration. C'est difficile de passer la main quand on l'a porté pendant plusieurs années », détaille Sylvain Faure. Pour Loïc Billat, à l'inverse, ce fut assez simple « Les générations se mêlent assez bien, je ne ressens pas un écart dû à la différence d'âge. »
Il s'agit aussi de savoir imposer sa dynamique personnelle et modifier le fonctionnement précédent si cela ne correspond plus. « Le président faisait tout ou presque avant, alors en reprenant, on a suivi une formation pour que chacun ait de nouveau son rôle », explique Stacha Laget, secrétaire de la Cuma du pays beaurepairois. Cette formation sur l'organisation est dispensée par fédération à la demande des adhérents. « Nous aussi on prend un virage : on va refaire tout notre règlement intérieur pour remettre les choses à plat », détaille Quentin Feugier. Malgré la passation, la dynamique reste enclenchée. « On vient de commander notre quatrième tracteur », détaille Loïc Billat. « Une herse étrille, un broyeur... » énumère Sylvain Faure.
Donner envie de reprendre
Pour d'autres représentants de cuma présents dans la salle, tout ne se passe aussi facilement. « Je suis retraité depuis juillet et je suis président, secrétaire, trésorier... car personne ne voulait le faire », explique un agriculteur de la salle. « C'est forcément fragile et temporaire pour la cuma », confirme Naïc Bernard, animatrice du comité de territoire Sud Gresivaudan chargée de présenter le débat. Un autre agriculteur poursuit : « Cela fait dix ans qu'il n'y a pas eu de nouvel administrateur dans notre coop. On est nuciculteurs donc on utilise du matériel qu'on ne pourrait pas s'acheter. On ne peut pas faire sans. Mais en même temps je comprends les jeunes, on est tous la tête sous l'eau, cela donne difficilement envie de s'engager dans le bureau d'une structure. » Pour mobiliser de futurs cumistes, certains ont déjà quelques idées : « Il faut des projets lancés, une dynamique », « Il faut un vrai noyau dur ». Mieux échanger, mieux former pour mieux reprendre : « Il ne faut pas que les plus vieux restent parce qu'il faut rester. Cela peut bloquer les jeunes. On doit voir qu'ils peuvent laisser la place », confirme Sylvain Faure.
Virginie Montmartin