Pâturage tournant, fourrage gagnant
« Je me suis mis en pâturage tournant dynamique pour des raisons pratiques et pour augmenter le rendement herbager de mes parcelles. » A la tête d'une exploitation de 77 hectares et d'un troupeau de 49 vaches laitières à Miribel-les-Echelles, en Chartreuse, Jean-Paul Allegret-Cadet est encore en phase de test, mais il est déjà convaincu du bien-fondé de sa démarche. Celle-ci ne produira pourtant la totalité de ses effets bénéfiques qu'au bout de trois ans. S'il s'est mis un peu tardivement à ce nouveau mode de pâturage (la météo n'était pas favorable en 2016), il a bien l'intention de continuer cette année. L'éleveur a en effet gagné quatre hectares de fauche en 2016 et réduit sa quantité d'azote épandue sur les paddocks (petites parcelles) de jour et de nuit. A la longue, il espère réduire également ses quantités de tourteaux.
Repousse rapide
A l'entendre, Jean-Paul Allegret-Cadet n'a pas rencontré de gros problèmes d'adaptation. Certes, au début, il a fallu de la main-d'œuvre pour mettre en place le parcellaire (32 parcelles de jour et 20 de nuit) et les points d'eau, mais « une fois que c'est fait, ça va tout seul. Le temps qu'on a passé au départ, on le regagne par la suite ». Côté pratique, les vaches sont mises à pâturer un jour sur une parcelle (deux vaches par hectare), sur une autre le lendemain. « Avec ce système, on se rend compte que trois jours après le passage des vaches, ça reverdit déjà. Alors qu'avant, les bêtes mangeaient les repousses au fur et à mesure. » Autre avantage : la production des vaches est maximisée, puisque les bêtes, mises à la pâture du printemps à l'automne, bénéficient d'une herbe de qualité à volonté, tout en limitant le recours aux stocks (1). Les résultats sont là : fin avril 2016, le poids de lait par vache contrôlée était de 25,3 kg (contre 20,7 en 2015), de 20,2 début juillet (contre 13,9 en 2015) et de 16,3 kg à la mi-août (contre 17,4 en 2015).
A quelques centaines de mètres de là, Guillaume Vessard s'est récemment équipé d'un robot pour traire 45 vaches laitières (octobre 2015). S'il a d'abord hésité à franchir le pas, c'est surtout parce qu'il ne voulait pas renoncer à faire brouter ses vaches, lui qui est venu en montagne pour « produire du lait à l'herbe ». « Pour moi, le robot et le pâturage étaient incompatibles, raconte-t-il. Finalement, je suis allé voir un collègue qui pratiquait les deux et ça m'a convaincu. »
Un système robot-compatible
Avec un peu plus d'un an de recul, l'éleveur reconnaît « se chercher encore un peu », mais il estime que le système tourne comme avant « et même plutôt mieux : il suffit de faire confiance aux animaux », sourit-il. Son mode de pâturage n'est sans doute pas aussi « dynamique » que celui de son voisin (pas de changement de parcelle quotidien), mais les vaches vont en pâture quand elles le souhaitent. « La seule condition, c'est qu'elles soient traites. Les bêtes ont très vite compris qu'il fallait qu'elles passent par le robot pour avoir accès au pâturage. » Limite du système : mieux vaut avoir une grande partie du pâturage autour du bâtiment, et de préférence sans route.
La configuration est tout autre au Gaec de la Praille (Veyrins-Thuellin), où Daniel et Myriam Boiteux élèvent un troupeau de Prim Holstein (70 vaches laitières et 62 génisses). S'ils ont toujours pratiqué le pâturage, la conversion bio engagée en mars 2016 les conduit à aller plus loin en s'intéressant au pâturage tournant dynamique. En dépit d'une formation, les premiers essais ne sont guère concluants. En cause : des parcelles trop chargées, des rotations trop rapides, des vaches qui pâturent trop longtemps et trop ras... « Les premiers résultats m'ont fait prendre conscience que je tournais trop vite sur mes parcelles, explique l'éleveur. Je n'ai pas trop respecté les préconisations : ça a flingué les graminées qui n'ont pas eu le temps de se constituer des réserves ». Daniel Boiteux n'est pas découragé pour autant : tout est à construire. Et ça lui plaît.
Marianne Boilève
(1) Du 15 avril au 15 octobre, les vaches sont en 100% pâturage, avec un complément de céréales et de tourteau au DAC (3kg de foin à l'auge).
Le pâturage tournant, ça se prépare
L’herbe pâturée est le fourrage le moins cher. Encore faut-il anticiper et gérer le pâturage au quotidien. Pour obtenir de bons résultats avec le pâturage tournant dynamique, il faut à la fois l’organiser en amont et le gérer au quotidien. Le premier point consiste à déterminer les objectifs de l’éleveur en termes de lait par vache, de nombre d’animaux à faire pâturer par période et de complémentation ou pas à l’auge. L'aspect dynamique est donné par le changement quotidien de parcelle.Déterminer le potentiel de pâturage
Un tour des parcelles permet de connaître leur type de flore, leur potentiel et la surface disponible autour du bâtiment d’élevage. Les vaches peuvent pâturer jusqu’à 800 mètres des bâtiments sans perte significative de lait. La connaissance de la croissance de l’herbe et de la flore permet de déterminer la surface par vache nécessaire pour atteindre ces objectifs. Pour avoir un ordre de grandeur, il faut 25 ares par vache pour une alimentation tout herbe au printemps. Dans le cas où des fourrages sont distribués, il faut retrancher un are par kg de MS ingérée à l’auge. Avec 5 kg de foin distribués à l’auge, 20 ares par vache sont nécessaires en pleine pousse de printemps.Une parcelle par jour
La surface des parcelles est fonction de la méthode de pâturage choisie et de la topographie du terrain. Pour obtenir la production par vache la plus élevée et limiter les variations de production d’un jour sur l’autre, il est conseillé d’offrir de l’herbe nouvelle tous les jours, voire toutes les 12 heures. Pour cela, il faudra découper le parcellaire en petites parcelles ou déplacer un fil avant et un fil arrière tous les jours. Par exemple, avec une entrée dans la parcelle à 12 cm et une sortie à 5 cm, pour une alimentation tout herbe avec très peu de complémentation, chaque jour un troupeau de 50 vaches aura besoin d’un demi-hectare. Si vous préférez un pâturage tournant de deux à trois jours, vous pouvez opter pour des parcelles de 1 à 1,5 hectare.
La dernière phase consiste à dessiner les parcelles et les chemins en fonction du terrain, ce qui peut représenter de 10 à 13% de la surface. Le positionnement des points d’eau (plutôt en fond de parcelle) sera aussi déterminant.Patrick Pellegrin, Isère Conseil Elevage