Pâturages et pointage
Les éleveurs de demain ont honoré leur rendez-vous annuel, mardi 3 décembre, au lycée agricole de La Côte-Saint-André. La journée qui leur est dédiée compte trois temps forts. Deux sont conduits dans le cadre du projet d'initiative et de communication (PIC) porté par les 2e année de BTS production agricole, le troisième rendez-vous est la finale départementale du concours de jugement des animaux par les jeunes (CJAJ), dont les vainqueurs ont décroché leur billet pour le Salon de l'agriculture en février 2020.
« C'est sans doute le tracteur qu'ils préfèrent », constatent avec amusement les étudiants en BTS lorsqu'ils présentent la mini ferme aux enfants de l'école maternelle de La Côte-Saint-André. La matinée de sensibilisation autour de l'agriculture et de ses métiers auprès des plus jeunes fait partie d'un des deux volets préparés par les étudiants en BTS. Dans le cadre de leur apprentissage, ils ont planché pendant 50 heures sur ce PIC. « Pas facile de s'organiser à 25, reconnaissent Justine et Marie. Mais cela nous apprend à travailler ensemble. » L'organisation de la matinée, avec ses différents ateliers réservés aux tout petits, était sans doute la partie la plus sympathique. Le thème « Planter des graines » a inspiré de nombreux jeux.
Beaucoup d'atouts, quelques freins
L'après-midi était beaucoup plus studieuse autour de la question du pâturage. Devant un amphithéâtre contenant à peine les élèves des nombreuses classes du LEGTA ainsi que ceux des MFR de Mozas et de Chatte, les étudiants de BTS PA ont présenté les résultats de leurs travaux sur les intérêts et les obstacles à l'utilisation du pâturage. Chaque année, le thème du PIC est imposé et correspond souvent à des tendances observées en agriculture. La remise des animaux à l'herbe fait partie des attentes sociétales. Est-ce toujours réalisable et pertinent ? Le débat était ouvert.
Les étudiants de BTS PA ont observé les différents systèmes de pâturages. Affouragement vert, pâturage libre extensif, continu intensif, pâturage tournant, tournant dynamique, pâturage continu sur gazon court ou rationné ou encore topping : chaque exploitation adopte son propre système au regard du temps dont elle dispose, des conditions pédoclimatiques, des parcelles disponibles, de leur accessibilité, de la présence de points d'eau, des espèces fourragères et des types d'animaux. L'accent a été mis sur les nombreux avantages liés à la possibilité de faire pâturer des troupeaux. L'intérêt est avant tout économique et permet aux exploitations de gagner en autonomie alimentaire. Les futurs éleveurs soulignent le rôle important de la valeur nutritive de l'herbe. Intérêt agroécologique, pour le bien-être animal, pour la biodiversité, pour l'image de l'agriculture, réduction des gaz à effet de serre, les atouts du pâturages ont été soigneusement listés, sans oublier tous les freins possibles à son développement liés principalement à la configuration des exploitations, ou certains paramètres qu'il faut considérer avec justesse (gestion du paratisme, surcharge de travail, poids de la prédation etc.).
Etable, prairies ou alpages
Lors de la table ronde, les intervenants ont fait la démonstration des connaissances apportées par les étudiants. « Je ne peux pas sortir les vaches, a ainsi témoigné Denis Clapeyron, éleveur à La Côte-Saint-André. L'exploitation est au milieu des maisons et il n'y a aucune parcelle autour. » Les fourrages viennent de ses prairies, « mais ramener l'alimentation aux vaches tous les jours, cela représente un coût ».
« Depuis quatre ans, nous sommes passés en pâturage tournant dynamique, explique pour sa part Laurent Durupthy, éleveur dans l'Avant-Pays savoyard. Au début nous avions un système de gazon court, mais cela a épuisé les prairies ». L'atout de cette ferme laitière de 120 bêtes est de disposer de 60 ha de prairies en accès direct. « Un relief escarpé, séchant, un sol acide, sableux : ce serait compliqué de gérer un patûrage », reconnaît Fabrice Reboullet, éleveur bovins lait en Ardèche. D'autant qu'à la belle saison, toute la main-d'œuvre est employée à la récolte des fruits tandis que les vaches sont tranquillement à l'étable. « Je suis trop fainéant pour garder les vaches à l'intérieur », plaisante Cédric Laboret, éleveur laitier en Savoie. Les génisses sont en alpage tandis que les vaches se déplacent autour de l'exploitation, moyennant un peu de marche parfois. « En faisant des échanges avec les voisins, nous avons réussi à constituer un ilôt de 20 ha autour de l'exploitation », indique-t-il. A l'issue des échanges, le thème de l'année prochaine a été dévoilé : Comment l'élevage peut-il communiquer sur ses pratiques auprès du consommateur ? Les premières année de BTS peuvent déjà y réfléchir.
Isabelle Doucet
Pointage / Limousine, charolaise, montbéliarde et prim'hosltein ont été examinées par les futurs éleveurs des établissement agricoles de l'Isère.