Paysans solidaires du Téléthon
Et en ces temps de crise, où nombre d’exploitations iséroises sont en butte à des difficultés inédites, il est des grand messes qui passent tout de suite au second rang. Pas le Téléthon. Car dans le monde agricole, la solidarité n’est pas une idée : c’est une réalité. A travers toute l’Isère, de Vienne à Saint-Ondras, de Voiron à Tullins, chaque année, les agriculteurs se mobilisent. Francis Annequin, président de la Section des anciens exploitants de l’Isère, et son équipe de bénévoles ont longtemps été les porte-parole de cette générosité discrète du monde rural, apportant plusieurs centaines d’euros à l’Association française de lutte contre les myopathies (AFM) grâce à la vente de noix ramassées dans les vergers mis à disposition par les nuciculteurs. Ils ne sont pas les seuls. Un peu partout, éleveurs, producteurs, maraîchers contribuent à leur manière. A Valencogne, un agriculteur met à disposition un pré pour accueillir les véhicules des participants venus faire leur baptême de co-pilotage à Saint-Ondras. D’autres donnent des lots pour la tombola locale, colis de viande ou de produits fermiers. Ils ne donneraient pas forcément pour une autre cause. Celle-là les touche particulièrement. Alexandre Tripier-Brocard, lui, fournit gracieusement le lait pour préparer les crêpes qui seront vendues pendant les festivités en dépit de la conjoncture difficile. Pourquoi ? « Par solidarité ! De toute façon, ça ne représente pas de grosses quantités », répond l’éleveur avec simplicité. Combinée avec la mobilisation des bénévoles (une centaine) et celle des commerçants, cette générosité donne à la manifestation de Saint-Ondras une ampleur étonnante. « Il y a une vraie émulation locale », apprécie Isabelle Revol, coordinatrice de l'événement.
Cohésion sociale
On retrouve cet élan dans de nombreuses communes du département. A Voiron, les agriculteurs fournissent les légumes de la soupe voironnaise mitonnée par les équipes de la cuisine centrale. A Colombe, un producteur fait don de palox de pommes de terre pour accompagner le saucisson chaud du traditionnel repas du Téléthon proposé le samedi soir au Grand Lemps. Pourquoi une telle mobilisation ? Pourquoi le Téléthon touche-t-il tant les habitants des communes rurales ? « C’est pour aider d’une autre manière », explique Stéphane, 19 ans. « Le Téléthon, dans des petites communes comme les nôtres, joue rôle de cohésion sociale, poursuit Didier Rambaud, maire du Grand Lemps. L’implication a sans doute plus de sens qu’ailleurs. Dans notre commune par exemple, nous avons eu quelques exemples de personnes atteintes de myopathie. Forcément, ça interpelle… » Josy Durand, trésorière du comité des fêtes, confirme : « Bizarrement, pour le Téléthon, on n’a pas besoin de convaincre que ça : les habitants, les commerçants et les entreprises se mobilisent facilement. » Pour preuve, ces saucissons à cuire vendus à prix coûtant par Isère Viande, ces lots fournis par la boulangère ou ces brioches offertes par une grande enseigne à quelques kilomètres de là : « C’est leur manière à eux de s’impliquer », avance Josy. Evelyne Desgranges, coordinatrice des opérations pour le Sud Isère, pousse un peu plus loin le raisonnnement : « Depuis 30 ans que le Téléthon existe, il n'y a jamais eu le moindre accroc : les gens nous font confiance. Le Téléthon, c'est sérieux et ça se sait. Par ailleurs, du point de vue des résultats, les donateurs ont conscience que l'argent qui va à la recherche sur les myopathies sert aussi à soigner d'autres pathologies courantes, comme la DMLA (1), le vieillissement ou les cardiopathies. »
D'où la grande générosité du public : l’an dernier, le Téléthon a permis de collecter plus de 1,7 millions d'euros en Isère. Une somme non négligeable au regard des 90 millions d’euros récoltés au niveau national. L’édition 2015 a un joli défi à relever.
(1) La dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) est une maladie dégénérative de la rétine d'évolution chronique qui débute après l'âge de 50 ans. Elle touche sélectivement la zone centrale de la rétine, entraînant une perte progressive de la vision centrale.