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Saint-marcellin

Penser terroir et environnement

Comment se conjuguent signe de qualité et performance environnementale ? La filière saint-marcellin s'interroge sur la mise en application de la certification environnementale à l'échelle de son terroir.
Penser terroir et environnement

Réaffirmer un lien fort avec le terroir tout en faisant montre de performance environnementale, c'est le double défi que devront relever les productions sous signe officiel de qualité (Siqo), d'ici 2030. Cette exigence est née de la loi Egalim, mais doit encore faire l'objet d'un décret d'application. Jean Charef, chargé de projet environnemental au Cnaol, le Conseil national des appellations d’origine laitières, est venu présenter les pistes de réflexion aux membres du comité pour le saint-marcellin (Cism) réunis en assemblée générale à Saint-Marcellin, début mars.

Il a rappelé que la certification environnementale compte trois niveaux. Or, dans l'attente du décret d'application qui oblige les Siqo à satisfaire à la loi Egalim, nul ne sait s'il s'agira de s'orienter vers un niveau II (obligation de moyens) ou un niveau III ou HVE pour haute valeur environnementale (obligation de résultats). « On avance dans le flou, reconnaît le spécialiste du Cnaol, car il s'agit d'intégrer dans des AOP, qui sont des références européennes, une norme franco-française. »

Les caractéristiques des AOP/IGP

Jean Charef s'est penché sur le degré de faisabilité de ces exigences pour les IGP laitières afin d'obtenir une équivalence niveau II. Un crash test a été réalisé sur quatre AOP et tenant compte des seize exigences de bonnes pratiques environnementales. Conclusion : « Ce n'est pas simple à intégrer. Il existe des écarts importants. Pour parvenir à un équivalent NII, il faut faire un travail important sur les cahiers des charges. » Quant au niveau III ou HVE, un audit sur les filières d'élevage a été conduit selon les deux options possibles. Il fait apparaître que l'option B ou approche globale, achoppe sur le respect d'un des deux indicateurs : le poids des intrants. L'autre, lié à la structure agroécologique de la SAU ne présente pas de difficulté. Quant à l'option A qui exige un respect de quatre thématiques (biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et de l'irrigation), elle peut correspondre à certains systèmes d'élevage quand d'autres pratiques bloquent sur la question des phytosanitaires et de la fertilisation. Globalement, le respect de la biodiversité ne pose pas de problème.

Le Cnaol a constitué un groupe de travail pour accompagner les filières sur l'application de la règlementation. Le conseil s'est accordé sur deux principes : il n'y aura pas de position commune aux AOP/IGP concernant la certification environnementale et il demande à ce que le travail déjà en place soit considéré, soit l'équivalence NII ou les démarches pour la HVE. Le Cnaol œuvre notamment pour que soient prises en compte, au titre de critères environnementaux, les caractéristiques des AOP/IGP qui sont leur lien avec le terroir, soit autant de démarches de proximité, d'autonomie et de valorisation de la ressource naturelle.

Plusieurs voies sont possibles

Ces obligations devront être remplies d'ici 2030. Jean Charef veut rassurer les producteurs et indique que plusieurs voies sont possibles, à commencer par le renforcement des cahiers des charges en insistant sur leurs engagements en cohérence à l'échelle d'un territoire et dans le respect de la règlementation.

Emmanuel Estour, délégué territorial Sud-Est de l'Inao, partage l'étonnement quant aux exigences de la loi Egalim et mesure la complexité de mailler réflexion territoriale et certification environnementale. D'autant que cette démarche « franco-française pose un problème à l'Europe ». L'institution, qui à d'autres problèmes plus urgents à traiter, se montre d'ailleurs peu empressée. Enfin, le délégué, à l'aune de l'intégration de la HVE dans la filière viticole, s'interroge de la faisabilité dans les productions animales. « Je ne sais pas si tout le monde est prêt à relever le défi », s'interroge-t-il, HVE étant d'abord dédiée aux productions végétales. Son autre inquiétude est que la GMS s'empare de ce critère avant même que le décret fixe les exigences en matière de certification environnementale.

Prendre le temps

En fin de réunion, Philippe Vivot, vice-président du Comité interprofessionnel de gestion du comté, est venu présenter le travail de titan réalisé par la filière jurassienne (2 500 producteurs, 150 ateliers, 15 maisons d'affinage, 600 millions d'euros de chiffre d'affaires et 14 000 emplois) pour réviser le cahier des charges de l'AOP « afin de créer de la valeur partagée ». L'objectif : « Que la société nous reconnaisse et reconnaisse nos produits », a déclaré le producteur. Pour réaffirmer des valeurs que beaucoup leur envient, les professionnels ont pris des mesures très emblématiques en termes de chargement, de conduites de prairies, de productivité à l'hectare, de cercle de collecte ou de durée d'affinage et « pour garder des humains au cœur des exploitations ». Le lait du comté est aujourd'hui valorisé 580 euros les 1 000 litres. Le conseil de Philippe Vivot aux membres du comité pour le saint-marcellin : prendre le temps de se rassembler autour d'une table, dire ce qu'il y a à dire, et faire en fonction des territoires et des attentes environnementales.

 

Isabelle Doucet

 

La filière saint-marcellin
Le périmètre de la filière saint-marcellin couvre 274 communes (185 en Isère, 76 dans la Drôme et 13 en Savoie).
En 2020, elle compte 140 producteurs laitiers, 11 transformateurs de moins de 30 tonnes et 5 de plus de 30 tonnes.
La collecte en 2019 est stable et s'établissait à 41 millions de litres de lait. 2 618 tonnes de saint-marcellin ont été vendues l'an dernier. Les ventes sont stables en dépit de la crise sanitaire qu'a connue la filière en mai et juin 2019.
La filière continue à mettre l'accent sur sa communication, qui lui est particulièrement utile à l'épreuve de la crise Covid-19.
Elle poursuit aussi son travail en commission organoleptique, si bien que le Cism dispose désormais d'une base de données de profils sensoriels de fromages.