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Nuisible

Péril jaune

Avec le printemps, le frelon asiatique va recommencer son cycle de vie. Un réel danger pour les hommes et les abeilles car l'hyménoptère menace désormais tout le territoire isérois.
Péril jaune

Le frelon asiatique ne sera pas une menace seulement pour les apiculteurs. Non, le frelon asiatique concerne d'ailleurs davantage les villes que les campagnes (57 % des nids ont été trouvés en ville) et peut s'avérer dangereux pour tout importun malchanceux qui irait déranger un nid.
Alors même si l'assemblée générale de la section apicole du groupement de défense sanitaire du cheptel de l'Isère (GDSA 38) s'est déroulée dans une bonne ambiance le 9 mars, le ton était plutôt à l'inquiétude lorsque le sujet du frelon asiatique a été abordé.

Nord-Isère occupé

C'est officiel : l'hyménoptère est présent dans la moitié nord du département depuis 2018. Présent en France depuis 2005, l'insecte s'est propagé rapidement à de nombreux départements. La région Rhône-Alpes est dans les dernières touchées. L'entrée dans le département s'est faite à la fois par la vallée de l'Isère et par la région lyonnaise, les deux courants ayant opéré une jonction l'an dernier en atteignant les environs de Grenoble. Deux nids ont été repérés à Corenc (abords immédiats de Grenoble) et Champagnier à l'automne 2018. Aucun spécialiste ne se fait d'illusion : la moitié sud du département va connaître le même sort. « L'altitude peut freiner le développement, mais pas l'arrêter », estime Erik Burdet, le monsieur Frelon du GDSA. En réalité, peu d'études ont été menées sur l'insecte.

Combat perdu d'avance

« Le frelon asiatique n'est pas agressif si l'on n'approche pas les nids, estime-t-il. En revanche si on provoque des vibrations du support ou que l'on s'attaque directement au nid, alors la colonie entière peut fondre sur l'importun. » Un référent frelon présent dans la salle, formé à son approche, indique avoir subi une telle attaque suite à l'abattage d'un arbre. L'expérience l'a littéralement liquéfié. Si un nid est repéré, il faut surtout le signaler et ne jamais s'en occuper directement comme d'autres dans la salle envisageaient de le faire, même avec une bombe insecticide sur-puissante. Le combat serait perdu d'avance... pour l'homme.
La lutte pour freiner son expansion est d'ores et déjà entamée. On sait que les nouvelles colonies développées par les fondatrices nées en fin d'été dernier se trouveront dans un rayon de 500 mètres autour du nid initial. « 37 nids ont été localisés l'an dernier en Isère, mais beaucoup ne l'ont sans doute pas été. Autant de points qu'il faut essayer de circonscrire, explique Erik Burdet. L'Isère est vraiment menacée. »

Une campagne de sensibilisation des mairies concernées est déjà entamée par le GDSA et la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon). Des pièges doivent être distribués et installés dans les zones de propagation possible afin de tenter d'attrapper des fondatrices. « Pendant environ trois mois au printemps, les fondatrices sont seules et font tout : construction du nid, ponte, nourrissage des premiers larves. Si cette fondatrice est piégée, la colonie disparaîtra. Sinon, une fois que la colonie est suffisamment développée, elle prendra le relais de la reine pour les tâches quotidiennes tandis que cette dernière restera à l'abri du nid pour se consacrer uniquement à la ponte. Les pièges ont fait de grands progrès mais ne sont pas complètement sélectifs, indique Erik Burdet. On ne peut donc pas les généraliser de manière préventive, on piègerait une faune utile pour rien. »
Côté apiculture, la présence du frelon asiatique en été perturbe toujours la colonie attaquée (2 frelons stationnaires devant la ruche) jusqu'à provoquer sa désorganisation et sa disparition au-delà de cinq frelons en embuscade. Le GDSA préconise donc d'installer un piège pour trois ruches en cas de présence de l'insecte dans un rucher, à partir du mois de juin, lorsque les larves de frelons sont nombreuses. Elles ont besoin de protéines pour se développer et les abdomens d'abeilles en sont une bonne source. L'installation d'une muselière (protection grillagée en façade de ruche) s'avère efficace, paraît-il.

 

Jean-Marc Emprin