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Nuciculture

Petite récolte annoncée pour Sicanoix

A Chatte, une trentaine de producteurs de noix s’est réunie pour assister à l’assemblée générale de Sicanoix le 5 septembre dernier.
Petite récolte annoncée pour Sicanoix

« Il faut faire la récolte et après on verra ». C'est la seule chose qui est sûre pour Bernard Gaillard, président de l'organisation de producteurs Sicanoix et les 67 nuciculteurs adhérents. Avec les trois épisodes de grêle du 15 juin, 1er juillet et 6 juillet, 4 000 noyers des adhérents ont été arrachés sur les 25 000 recensés du département. Les dégâts causés par la grêle varient entre 20% et 90% de destruction par parcelle touchée. La récolte 2019 devrait être plus faible de 30% à 35% pour atteindre 2 000 tonnes, « dans le meilleur des cas ». La récolte 2018 atteignait les 2 883 tonnes, dont 247 tonnes de noix fraîches et 2 718 tonnes de noix sèches. Ce volume était déjà en légère baisse, de 3,7% par rapport à celui de 2017, mais rien de comparable aux écarts attendus pour la récolte 2019.
Les négociants adhérents ont fait leur retour sur la récolte passée et leurs attentes pour celle à venir. « L'an passé, il y avait un problème de qualité, des difficultés climatiques et des écarts de prix où l'on était résolument trop cher. On va devoir s'aligner sur le prix des concurrents chiliens et américains. Et, surtout, la qualité des noix 2019 sera primordiale cette année », explique Thierry Arnaud. « Pour celles qu'il y aura », précisent certains producteurs de la salle.

Analyses de résidus

L'animatrice a par ailleurs rappelé que les analyses de résidus n'ont rien donné sur les produits testés. « Il faudrait communiquer sur ces analyses, lance un nuciculteur. Savoir si on retrouve du glyphosate ou pas... il y a une énorme prise de conscience de la population et on devrait pouvoir leur dire que si des habitants en ont dans les cheveux, cela ne vient pas de nous ! ». « En effet, les analyses mesurent plus de 400 matières actives dont 20 utilisés en vergers et noyers et on les réalise depuis plus de 20 ans... Mais je ne sais pas si c'est à Sicanoix de communiquer dessus », explique l'animatrice.
Le nuciculteur a rappelé l'engagement de la quarantaine de maires de faire interdire les pesticides dans leurs communes et des inquiétudes ressenties face à ce type de démarche. Pour Yves Borel, président du CING, la communication va passer par la charte de bon voisinage qui a été signée à la foire de Beaucroissant vendredi 13 septembre. Même s'il comprend les craintes des producteurs. « Ils ont réussi à faire peur à tout le monde. Quand je sors avec le tonneau à traiter, j'ai peur des retours des voisins. Mais c'est pour ça que l'on a besoin d'être acteur du sujet car il faudra légiférer tôt ou tard et on doit être présent. ».

Bio ou pas bio

L'autre proposition avancée pour apaiser le débat serait de se diriger vers l'agriculture biologique selon le président de Coopénoix. « Ce serait un atout pour nous de dire que la plus ancienne filière AOP de France est tout en bio ». Pour Yves Renn, président de Coopénoix, derrière l'atout, il y aura surtout des problèmes de commercialisation même s'il ne souhaite pas empêcher des conversions individuelles.
Bio ou pas bio, pour certains nuciculteurs, le problème n'est pas là. « Il y a des impasses techniques. Rien qu'en supprimant un produit phytosanitaire, tout peut être fini. Ce fut le cas pour la filière cerise en France. Et s'il n'y a plus de noix aussi, tout le monde s'en fout. C'est à nous de défendre le produit ». A commencer par le récolter malgré les difficultés de l'année.

Virginie Montmartin

Le réseau Déphy noix y va pas à pas

Quelques producteurs adhérents de Sicanoix font partie du réseau Déphy noix depuis 2016.

« Le réseau n'est pas là pour révolutionner les pratiques mais montrer ce qu'il est possible de faire ». Ghislain Bouvet, conseiller production noix, suit 14 nuciculteurs au sein du réseau Déphy depuis 2016. Au départ tourné vers la lutte contre la mouche du brou, le groupe a élargi les thématiques et étudient désormais la lutte contre le carpocapse ou encore de la vie microbienne des sols. L'objectif initial du réseau est de réduire de 50% l'utilisation des produits phytosanitaires, en restant réaliste au niveau économique. Pourtant, à regarder les graphiques présentés, l'utilisation a tendance à légèrement augmenter. « On n'avance pas aussi vite que demandé pour plusieurs raisons. La première est que l'indice de fréquence de traitement (IFT) de plusieurs produits est déjà très faible, notamment sur le fameux glyphosate », explique Ghislain Bouvet. En effet, ce sont les fongicides, avec un IFT de 2 en 2018, et les produits de biocontrôle, avec un IFT de 3,6, qui arrivent en tête. Dernier de peloton, les herbicides avoisinent les 0,18. S'il est difficile de réduire le dernier, les deux premiers mobilisent le groupe. Mais les freins sont multiples, à commencer par l'absence d'alternatives... « Lors d'un passage en agriculture biologique, la plus grosse difficulté, c'est l'absence d'alternative pour les fongicides », confirme le technicien.
Coût par coût
Et lorsque la technique existe, il faut contrôler les paramètres économiques. « Je propose des solutions qui sont réalistes en temps de travaux et en coûts ». Dans le cas de la mouche du brou, les producteurs ont ainsi essayé le piège sphérique accroché dans les noyers qui attire le parasite grâce à des phéromones, et l'argile déposée au pulvérisateur crée une barrière protectrice face à la mouche et aux coups de soleil. Si l'efficacité est démontrée, les producteurs sont parfois refroidis par les temps de pause et le prix d'achat des produits comme les diffuseurs de phéromones. « L'environnement sans l'économie, ça ne marche pas, confirme Ghislain Bouvet. On ne doit pas décrédibiliser ce que l'on fait ».
VM