Phytos : les arboriculteurs en première ligne
Efficaces pour lutter contre les insectes, les produits phytos présentent toutefois des risques pour leurs utilisateurs. Les agriculteurs le savent et agissent en conséquence pour éviter de s'exposer. Leurs précautions sont-elles toujours optimales ? La MSA, la chambre d'agriculture et le comité de territoire du Sud Grésivaudan proposent d'en discuter au cours d'une demi-journée de réflexion, avec ateliers participatifs et démonstrations, le 13 janvier à Saint-Bonnet-de-Chavagne.
Evaluation du risque
A l'origine de cette initiative, une volonté commune de s'appuyer sur les pratiques professionnelles pour susciter - chez les arboriculteurs surtout - une démarche de prévention. « L'idée de ces ateliers est de partir des pratiques, de les analyser et d'y intégrer les questions de santé, indique Sandrine Monteyremard, du service SST de la MSA. Nous ne sommes pas techniciens, ni prescripteurs. Nous avons une mission de conseil : notre rôle est de mettre en lumière les écarts éventuels entre ce que les agriculteurs pensent devoir faire et ce qui est réellement mis en place. » D'où le choix de quatre thématiques liées au risque et à son évaluation (décryptage des étiquettes), à sa prise en compte technique et à l'organisation du travail.
Après un rapide rappel de quelques fondamentaux sur les phytos, Jean-Marc Thibaudier, médecin du travail (service SST de la MSA), fera le point sur les impacts inhérents à l'exposition aux produits, qu'il s'agisse de problèmes allergiques et respiratoires, de toxicité chronique à long terme (effets neurologiques induisant des maladies dégénératives de type Parkinson) ou de problèmes de repro-toxicité (baisse de fertilité). « Il y a peu de produits cancérigènes sur le marché, mais il y a des produits repro-toxiques de première catégorie, explique le docteur Thibaudier. C'est pourquoi il est important de savoir lire les étiquettes et de comprendre le classement toxicologique des produits pour prendre les précautions nécessaires. »
Esprit critique
La première précaution, rappelle le médecin, c'est d'éviter de traiter... si l'on peut. Ghislain Bouvet (chambre d'agriculture de l'Isère) abordera la question des alternatives aux traitements systèmatiques au cours d'une séquence d'échanges, qui sera l'occasion de présenter la démarche engagée par les nuciculteurs du Sud Grésivaudan pour réduire leur utilisation de produits phytos. Un second atelier sera consacré au choix des produits. Co-animé par Jean-Marc Thibaudier et Mélanie Howan (chambre d'agriculture de l'Isère), il détaillera comment s'appuyer sur les informations délivrées par le fabricant pour privilégier une formule plutôt qu'une autre. « Au-delà de la question économique, celle de la toxicité des produits est centrale, insiste le médecin. Il faut exercer son esprit critique vis-à-vis de son prescripteur. Comprendre le classement des produits, identifier et évaluer leur danger, c'est acquérir la capacité de faire son choix en toute autonomie. »
Cette étape franchie, reste à déterminer les situations de travail qui présentent un risque d'exposition et à rappeler comment réagir en cas d'incident. C'est l'objet des deux derniers ateliers. L'un sera plus spécifiquement consacré au matériel, et notamment à la filtration des cabines, un point parfois négligé lors de l'achat d'un tracteur : « Les arboriculteurs se sentent protégés, alors qu'ils ne le sont pas forcément », prévient Sandrine Monteyremard. L'autre atelier sera axé sur l'organisation du travail, l'équipement et la manipulation des produits. Les participants se verront proposer une mise en situation avec le test Phytofluo, un dispositif qui met en évidence les projections de bouillie lors du débouchage d'une buse. Une démonstration bien plus efficace qu'un long discours.
Marianne Boilève
Prévention phyto, vendredi 13 janvier de 9 h 30 à 13 h à la salle des fêtes de Saint-Bonnet-de-Chavagne (buffet offert). Informations et inscription obligatoire avant le 9 janvier au 04 76 93 78 74 ou par mail : [email protected]