Pinder fait son cirque
Après la foire des Rameaux, place aux bestiaux. Mais pas n'importe lesquels. Elephants, lions blancs, lamas, zèbres, chameaux, ânes et chevaux prennent leurs quartiers aux portes de Grenoble. Du 10 au 18 mai, comme chaque année, le cirque Pinder, avec ses quatre km de convoi, s'installe à l'ombre des platanes, sur l'esplanade de la Porte de France. Cette fois-ci pourtant l'ambiance est un peu spéciale. Il y a toujours la ménagerie, le gigantesque chapiteau rouge et or (2 000 places), les remorques (pas moins de 33), les flonflons, les effluves de barbapapa et cet air de fête poudré de paillettes, mais avec un gros gâteau en prime, puisque Pinder célèbre cette année son 160e anniversaire. Pour l'occasion, Sophie Edelstein, directrice artistique et fille de Gilbert, l'homme qui racheta le cirque à Jean Richard en 1983, a « concocté un spectacle d'une qualité exceptionnelle », mêlant animaux, acrobates, numéros de voltiges, de jongleries et de clown, dans la grande tradition du cirque français.
Géant parmi les géants, le cirque Pinder relève du mythe national. Ses origines sont pourtant ancrées outre-Manche. Fondé en 1854 par les frères Pinder, deux Britanniques rôdés aux tournées de théâtre ambulant, le cirque est né de l'acquisition... d'un morceau de voilure de navire de guerre, le Britania. De ce bout de toile est sorti un modeste chapiteau, qui tentera de se faire un nom (et une place) dans le monde foisonnant du cirque équestre britannique. Mais la concurrence, rude, conduit les frères Pinder, spécialisés en voltige équestre, à s'expatrier sur le continent au printemps 1868. En Hollande d'abord, puis en France, où le spectacle prendra le nom de « grand cirque hippodrome des frères Pinder ». Il s'installe définitivement sur le sol français en 1904, sous la direction d'Arthur Pinder, fils de l'un des fondateurs.
Sur les routes de France
La famille Pinder restera propriétaire du cirque jusqu'en 1928. Le chapiteau et ses équipements seront alors vendu aux enchères à Charles Spiessert, un descendant de forain hongrois. Passionné de mécanique et de matériel autotracté, Spiessert modernise le matériel (véhicules à pneus gonflables, camions dernier cri, caravanes semi-remorque...) et le spectacle. S'inspirant de ce qui se fait de plus étonnant en Amérique, il associe cavalcades (les chevaux, toujours...), dressage de tigre funambule, parade d'éléphants, clowns, ballerines et « spectacles motocyclistes ». Après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle le cirque se met en veilleuse pour n'avoir pas à se produire devant les troupes d'occupation, Spiessert rachète des véhicules militaires américains et, dès 1946, relance sa troupe sur les routes de France, avec des chars carrossés en lion, en sirène, en dragon... Mais très vite, une compétition féroce s'installe entre les cirques Pinder, Bouglione et Amar. Spiessert trouve alors la parade. Aux côtés des crocodiles, éléphants, fauves, clowns et autres acrobates, « le plus grand chapiteau du monde » (il a alors trois pistes) invite des vedettes de music-hall, comme Luis Mariano ou Gloria Lasso. Au début des années 60, le « grand sympathique Roger Lanzac » fait son apparition sur la piste aux étoiles, dans le rôle inédit d'un M. Loyal... animateur de jeux radiophoniques pour la Radiodiffusion-télévision française (RTF). Une première. Le succès est tel que le cirque sera bientôt rebaptisé « Pinder ORTF ». En 1965, Lucien Jeunesse remplace Lanzac et endosse à son tour le costume de présentateur du désormais célébrissime « Jeu des 1000 francs », ancêtre du « Jeu des mille euros ». Cette grande époque s'achève en 1969, avec la rupture du contrat avec l'ORTF. Le cirque Pinder n'en maintient pas moins de son ancrage dans la culture populaire, grâce à son rachat par le comédien Jean Richard, qui le conservera jusqu'en 1983.
Les animaux, garants du succès
« Au cirque Pinder-Jean-Richard, les animaux sont rois », proclame une affiche de 1971. Et ils le sont toujours. Car pour l'actuel directeur, Gilbert Edelstein, fauves, éléphants, zèbres, lamas et chevaux sont les garants du succès du cirque traditionnel. Et ce n'est pas la récente décision du Parlement belge d'interdire tout animal sauvage lors d'une représentation de cirque, ni l'amendement adopté mi avril par les parlementaires français sur le statut des animaux les qualifiant « d'êtres vivants doués de sensibilité », qui le feront changer d'avis. Dans son sillage, Frédéric, son fils, lui-même dompteur de fauves, ne manque pas de promouvoir le nouveau spectacle en fustigeant ces cirques sans animaux qui sont tout sauf des cirques selon lui. Il est intarrissable sur son propre numéro qu'il présente comme « unique au monde » : enfermé dans une cage avec une douzaine de lionnes et lions blancs, le dompteur s'allonge au milieu de la piste et invite quatre fauves à venir se coucher sur lui. Rien de moins. « Il faut beaucoup de temps et de complicité avec les animaux pour parvenir à un tel résultat », confie-t-il. On le croit bien volontiers...
Marianne Boilève
Les séances à Grenoble
Samedi 10 mai : 17h30 et 20h30Dimanche 11 : 10h30, 14h30 et 17h30
Lundi 12 : relâche
Mardi 13 : 19h30
Mercredi 14 : 14h30 et 17h30
Jeudi 15 : 19h30
Vendredi 16 : 19h30
Samedi 17 : 14h30, 17h30 et 20h30
Dimanche 18 : 10h30, 14h30 et 17h30Prix des places : de 7 à 45 euros.Visite de la ménagerie de 10h à 19h (1 euro)Renseignements au 06 31 48 84 69 ou sur cirquepinder.com