Congrès des maires ruraux de France
Place aux jeunes
Emploi, logement, transports, télécommunications... Les difficultés que rencontre la jeunesse en milieu rural correspondent aux principaux défis que doivent relever les maires ruraux. Réunis en congrès samedi 9 octobre à Autrans, ils ont rendu compte des politiques déjà mises en œuvre et affirmé leur volonté d'aller plus loin.
Chargé de faire état de la situation de la jeunesse en milieu rural lors du congrès des maires ruraux de France organisé sur ce thème, samedi 9 octobre à Autrans, dans le Vercors, Jean-Claude Richez, responsable de la recherche, des études et de la formation au sein de l'institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep) a listé trois questions fondamentales : celles de l'accès à la qualification et à l'emploi, du logement et de la mobilité.
Sur le plan de l'emploi et de la formation d'abord, « le taux d'emploi des moins de vingt-cinq ans est très faible, a commencé par rappeler le haut fonctionnaire. Moins d'un jeune sur trois travaille, ce qui signifie que notre jeunesse est fortement scolarisée, mais aussi que cette classe d'âge est largement absente de nos campagnes », du fait de la concentration des centres de formation en ville. Parmi ceux qui travaillent, « le taux de chômage est élevé, a ensuite souligné Jean-Claude Richez. Et comme la jeunesse est la variable d'ajustement du marché du travail, ce taux a fortement augmenté avec la crise ». Enfin, « plus de la moitié des jeunes qui travaillent occupent un emploi précaire ».
Ne pas « enfermer » les jeunes
Outre le déficit de formations supérieures déjà mentionné, en zone rurale, ces difficultés d'insertion professionnelle communes à l'ensemble de la jeunesse se doublent de problèmes d'accès au logement et aux moyens de locomotion, les habitations à loyer modéré comme les transports en commun étant moins nombreux à la campagne. « Ce dernier point affecte la vie professionnelle comme sociale des jeunes ruraux, a souligné Jean-Claude Richez, puisque les équipements de loisirs sont également moins nombreux dans les communes rurales, qui ne peuvent en créer qu'en mutualisant leurs moyens ».
Pour Michel Mercier, le ministre de l'aménagement du territoire et de l'espace rural présent au congrès des maires ruraux de France, « il faut aussi que les jeunes ruraux puissent se connecter au monde, car le jeune agriculteur par exemple, écoute la même musique dans son tracteur que les jeunes de la ville. Même s'ils ont des modes de vie différents, les jeunes sont des jeunes du monde et il faut que les jeunes ruraux puissent se connecter à internet à haut débit et accéder à un réseau de téléphonie mobile de qualité ». Devant les quelques centaines d'élus réunis à Autrans, le ministre a témoigné de la volonté du gouvernement d'améliorer la couverture en réseaux de l'ensemble du territoire et a affirmé « attendre les projets des collectivités » en la matière.
Malgré l'ampleur des défis à relever, « la jeunesse urbaine est le standard et celle des campagnes fait très peu l'objet de débats publics », a regretté Jean-Claude Richez. Le responsable de la recherche, des études et de la formation de l'Injep a donc engagé les élus à s'interroger sur « la place laissée aux jeunes dans une société où l'écart de salaires entre jeunes actifs et professionnels plus expérimentés augmente et où la représentation politique vieillit ».
Des jeunes attachés à leurs campagnes
Mais les témoignages de toute la France qui ont suivi ont montré que les élus ruraux pouvaient montrer l'exemple. Président de la communauté de communes du val de Vôge, en Lorraine, Michel Fournier a ainsi présenté les nombreuses activités culturelles mises sur pied grâce à l'embauche de deux animateurs et à l'achat d'un minibus, tandis qu'un élu des Alpes-maritimes insistait sur la capacité des communes à créer de l'emploi pour leurs jeunes, en soutenant les associations d'insertion ou l'essor de filières de valorisation des ressources locales.
« Pour maintenir un tissu économique, social et culturel vivant, nous avons besoin de toutes les générations », a commenté Eliane Giraud, conseillère régionale déléguée à l'administration générale et présidente du parc naturel régional de Chartreuse. Pour ce faire, les territoires ruraux disposent d'un atout important : « 72 % des jeunes vivant à la campagne souhaitent y travailler et ils sont nombreux à penser qu'ils pourraient y créer leur entreprise », a signalé Jean-Claude Richez. « Permettre aux jeunes de s'engager est une force pour nous tous. Car si les jeunes s'engagent sur des périodes courtes, c'est avec une grande conviction », a par ailleurs estimé Vanik Berberian, le président de l'association des maires ruraux de France, en insistant sur le nécessaire soutien aux associations, « acteurs incontournables de nos territoires même si leurs activités sont difficilement monnayables ».
Cécile Fandos
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Quelles ressources pour les communes rurales ?
Techniques, les annonces du ministre de l'aménagement du territoire sur les dispositions du projet de loi de finances 2011 n'ont pas été de nature à rassurer les maires ruraux sur la pérennité de leurs ressources financières.
Face à des maires ruraux vindicatifs et relativement turbulents, le ministre de l'aménagement du territoire et de l'espace rural, Michel Mercier, s'est fait grave samedi 9 octobre à Autrans. « Du fait de la crise économique, les recettes fiscales de l'Etat ont diminué de 25 % l'an dernier, a-t-il déclaré aux nombreux élus rassemblés en congrès. Dans ce contexte extrêmement contraint, l'Etat devra emprunter plus l'année prochaine que cette année. Mais le gouvernement a néanmoins décidé de maintenir les recettes versées aux collectivités locales. Toutes formes confondues, ces différents concours représentent une dépense d'environ 87 milliards d'euros, soit à peu près le montant du déficit de la France.
Il faut avoir ces deux chiffres en tête, car ils montrent que l'Etat est dans une situation extrêmement difficile et qu'il n'y aura pas de miracle pour les communes rurales. Pour continuer à bénéficier de prêts à taux bas, la France doit faire preuve d'une bonne gestion. Je ne peux donc pas vous dire que vous allez crouler sous l'argent.
Efforts de péréquation
Le gouvernement est toutefois conscient que toutes les collectivités ne se trouvent pas dans la même situation. Il faut le prendre en compte, par exemple en permettant aux territoires ruraux de bénéficier des droits de mutation perçus dans les territoires qui en sont le plus bénéficiaires par le biais d'une péréquation entre départements. Cette mesure est difficile à mettre en place pour les communes, qui sont nombreuses.
Dans le cadre du budget 2011, nous avons toutefois créé une dotation d'équipement des territoires ruraux en fusionnant la dotation globale d'équipement des communes et la dotation de développement rural. Plus simple, plus claire, elle nous permettra aussi de financer les dépenses d'ingénierie comme le montage de projets et de mieux cibler les bénéficiaires, puisqu'elle ira aux établissements publics de coopération intercommunale de moins de 20 000 habitants et aux communes de moins de 2 000 habitants.
Par ailleurs, le premier ministre a annoncé le gel des dotations générales de fonctionnement des collectivités locales. On peut critiquer cette disposition, chercher des responsables des déficits cumulés... L'important est de sortir de la situation actuelle. Chaque Français doit prendre sa part. Et, alors que la presque totalité des budgets ministériels baissent, nous allons maintenir cette enveloppe de l'ordre de quarante milliards d'euros. A dotation constante, nous allons poursuivre nos efforts en faveur de la péréquation ou de la solidarité avec les territoires ruraux par exemple en écrêtant les aides versées aux 6 000 communes les plus peuplées.
« Le gouvernement n'oublie pas les communes rurales »
On peut trouver ces mesures insuffisantes. C'est vrai que le rééquilibrage des aides en faveur des territoires ruraux n'est pas terminé. Mais, dans une année très difficile, le gouvernement n'oublie pas les communes rurales. Il ne faut donc pas le soupçonner d'assécher les sources de financement des collectivités ».
En dépit de l'appel à la bienveillance du ministre, les réactions de la salle à son intervention ont montré que, dans le contexte de réforme des collectivités locales actuel, le discours de Michel Mercier n'avait pas suffi à lever le soupçon. Le président de l'association des maires de l'Isère, Daniel Vitte, a ainsi déclaré « craindre que le développement économique ne passe au second plan avec la dotation d'équipement des territoires ruraux nouvellement créée ». Quant à Vanik Berberian, le président de l'association des maires ruraux de France, il a demandé à l'Etat de « s'engager sur les compétences régaliennes qui sont les siennes. Quid de la gendarmerie, des hôpitaux ou des écoles », a-t-il interrogé au sujet de l'expérimentation de points d'accueil communs à différents opérateurs assumant des services publics comme EDF, Pôle emploi ou La Poste.
C.F.
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Sur le plan de l'emploi et de la formation d'abord, « le taux d'emploi des moins de vingt-cinq ans est très faible, a commencé par rappeler le haut fonctionnaire. Moins d'un jeune sur trois travaille, ce qui signifie que notre jeunesse est fortement scolarisée, mais aussi que cette classe d'âge est largement absente de nos campagnes », du fait de la concentration des centres de formation en ville. Parmi ceux qui travaillent, « le taux de chômage est élevé, a ensuite souligné Jean-Claude Richez. Et comme la jeunesse est la variable d'ajustement du marché du travail, ce taux a fortement augmenté avec la crise ». Enfin, « plus de la moitié des jeunes qui travaillent occupent un emploi précaire ».
Ne pas « enfermer » les jeunes
Outre le déficit de formations supérieures déjà mentionné, en zone rurale, ces difficultés d'insertion professionnelle communes à l'ensemble de la jeunesse se doublent de problèmes d'accès au logement et aux moyens de locomotion, les habitations à loyer modéré comme les transports en commun étant moins nombreux à la campagne. « Ce dernier point affecte la vie professionnelle comme sociale des jeunes ruraux, a souligné Jean-Claude Richez, puisque les équipements de loisirs sont également moins nombreux dans les communes rurales, qui ne peuvent en créer qu'en mutualisant leurs moyens ».
Pour Michel Mercier, le ministre de l'aménagement du territoire et de l'espace rural présent au congrès des maires ruraux de France, « il faut aussi que les jeunes ruraux puissent se connecter au monde, car le jeune agriculteur par exemple, écoute la même musique dans son tracteur que les jeunes de la ville. Même s'ils ont des modes de vie différents, les jeunes sont des jeunes du monde et il faut que les jeunes ruraux puissent se connecter à internet à haut débit et accéder à un réseau de téléphonie mobile de qualité ». Devant les quelques centaines d'élus réunis à Autrans, le ministre a témoigné de la volonté du gouvernement d'améliorer la couverture en réseaux de l'ensemble du territoire et a affirmé « attendre les projets des collectivités » en la matière.
Malgré l'ampleur des défis à relever, « la jeunesse urbaine est le standard et celle des campagnes fait très peu l'objet de débats publics », a regretté Jean-Claude Richez. Le responsable de la recherche, des études et de la formation de l'Injep a donc engagé les élus à s'interroger sur « la place laissée aux jeunes dans une société où l'écart de salaires entre jeunes actifs et professionnels plus expérimentés augmente et où la représentation politique vieillit ».
Des jeunes attachés à leurs campagnes
Mais les témoignages de toute la France qui ont suivi ont montré que les élus ruraux pouvaient montrer l'exemple. Président de la communauté de communes du val de Vôge, en Lorraine, Michel Fournier a ainsi présenté les nombreuses activités culturelles mises sur pied grâce à l'embauche de deux animateurs et à l'achat d'un minibus, tandis qu'un élu des Alpes-maritimes insistait sur la capacité des communes à créer de l'emploi pour leurs jeunes, en soutenant les associations d'insertion ou l'essor de filières de valorisation des ressources locales.
« Pour maintenir un tissu économique, social et culturel vivant, nous avons besoin de toutes les générations », a commenté Eliane Giraud, conseillère régionale déléguée à l'administration générale et présidente du parc naturel régional de Chartreuse. Pour ce faire, les territoires ruraux disposent d'un atout important : « 72 % des jeunes vivant à la campagne souhaitent y travailler et ils sont nombreux à penser qu'ils pourraient y créer leur entreprise », a signalé Jean-Claude Richez. « Permettre aux jeunes de s'engager est une force pour nous tous. Car si les jeunes s'engagent sur des périodes courtes, c'est avec une grande conviction », a par ailleurs estimé Vanik Berberian, le président de l'association des maires ruraux de France, en insistant sur le nécessaire soutien aux associations, « acteurs incontournables de nos territoires même si leurs activités sont difficilement monnayables ».
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Face à des maires ruraux vindicatifs et relativement turbulents, le ministre de l'aménagement du territoire et de l'espace rural, Michel Mercier, s'est fait grave samedi 9 octobre à Autrans. « Du fait de la crise économique, les recettes fiscales de l'Etat ont diminué de 25 % l'an dernier, a-t-il déclaré aux nombreux élus rassemblés en congrès. Dans ce contexte extrêmement contraint, l'Etat devra emprunter plus l'année prochaine que cette année. Mais le gouvernement a néanmoins décidé de maintenir les recettes versées aux collectivités locales. Toutes formes confondues, ces différents concours représentent une dépense d'environ 87 milliards d'euros, soit à peu près le montant du déficit de la France.
Il faut avoir ces deux chiffres en tête, car ils montrent que l'Etat est dans une situation extrêmement difficile et qu'il n'y aura pas de miracle pour les communes rurales. Pour continuer à bénéficier de prêts à taux bas, la France doit faire preuve d'une bonne gestion. Je ne peux donc pas vous dire que vous allez crouler sous l'argent.
Efforts de péréquation
Le gouvernement est toutefois conscient que toutes les collectivités ne se trouvent pas dans la même situation. Il faut le prendre en compte, par exemple en permettant aux territoires ruraux de bénéficier des droits de mutation perçus dans les territoires qui en sont le plus bénéficiaires par le biais d'une péréquation entre départements. Cette mesure est difficile à mettre en place pour les communes, qui sont nombreuses.
Dans le cadre du budget 2011, nous avons toutefois créé une dotation d'équipement des territoires ruraux en fusionnant la dotation globale d'équipement des communes et la dotation de développement rural. Plus simple, plus claire, elle nous permettra aussi de financer les dépenses d'ingénierie comme le montage de projets et de mieux cibler les bénéficiaires, puisqu'elle ira aux établissements publics de coopération intercommunale de moins de 20 000 habitants et aux communes de moins de 2 000 habitants.
Par ailleurs, le premier ministre a annoncé le gel des dotations générales de fonctionnement des collectivités locales. On peut critiquer cette disposition, chercher des responsables des déficits cumulés... L'important est de sortir de la situation actuelle. Chaque Français doit prendre sa part. Et, alors que la presque totalité des budgets ministériels baissent, nous allons maintenir cette enveloppe de l'ordre de quarante milliards d'euros. A dotation constante, nous allons poursuivre nos efforts en faveur de la péréquation ou de la solidarité avec les territoires ruraux par exemple en écrêtant les aides versées aux 6 000 communes les plus peuplées.
« Le gouvernement n'oublie pas les communes rurales »
On peut trouver ces mesures insuffisantes. C'est vrai que le rééquilibrage des aides en faveur des territoires ruraux n'est pas terminé. Mais, dans une année très difficile, le gouvernement n'oublie pas les communes rurales. Il ne faut donc pas le soupçonner d'assécher les sources de financement des collectivités ».
En dépit de l'appel à la bienveillance du ministre, les réactions de la salle à son intervention ont montré que, dans le contexte de réforme des collectivités locales actuel, le discours de Michel Mercier n'avait pas suffi à lever le soupçon. Le président de l'association des maires de l'Isère, Daniel Vitte, a ainsi déclaré « craindre que le développement économique ne passe au second plan avec la dotation d'équipement des territoires ruraux nouvellement créée ». Quant à Vanik Berberian, le président de l'association des maires ruraux de France, il a demandé à l'Etat de « s'engager sur les compétences régaliennes qui sont les siennes. Quid de la gendarmerie, des hôpitaux ou des écoles », a-t-il interrogé au sujet de l'expérimentation de points d'accueil communs à différents opérateurs assumant des services publics comme EDF, Pôle emploi ou La Poste.
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